Revalorisation des gardes et des astreintes : les internes et les externes oubliés

Paris, le jeudi 14 septembre 2023
– Les étudiants en médecine ne sont pas concernés par la pérennisation de la revalorisation des gardes de nuit et des astreintes récemment annoncée par le gouvernement. Les syndicats sont vent debout.
Le 31 août dernier, lors d’un déplacement au CHU de Rouen, la Première Ministre Elisabeth Borne annonçait la décision attendue par tout le personnel hospitalier : après un an de reconduction continuelle, les revalorisations « exceptionnelles » de la mission flash mise en place durant l’été 2022 allaient enfin être pérennisées. Médecins et infirmiers n’auront donc désormais plus à attendre que ces revalorisations (hausse de 50 % pour les gardes de nuit, augmentation de la rémunération des astreintes) soient reconduites par un nouveau décret tous les trois mois : à compter du 1er janvier, en application de la future loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS), ces revalorisations seront définitives.
Les externes victimes de l’inflation
Si cette décision du gouvernement a fait le bonheur des médecins, infirmiers et aides-soignants (encore que les réactions parmi les syndicats aient été plutôt mitigées), les étudiants en médecine, qu’ils soient internes ou externes, sont eux les grands oubliés de ce coup de pouce financier. Ces futurs médecins sont pénalisés à double titre : non seulement ils ne sont pas concernés par la pérennisation des revalorisations prévue à compter du 1er janvier, mais les revalorisations dont ils bénéficient depuis l’été dernier comme le reste du personnel hospitalier ne devraient pas être renouvelées l’an prochain, ce qui nuira considérablement à leur pouvoir d’achat. En effet, le décret de revalorisation temporaire expire le 31 décembre et le gouvernement exclut pour le moment d’en prendre un nouveau au bénéfice des seuls internes et externes.
Les externes sont les premiers à être montés au créneau pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une injustice. « Les étudiants hospitaliers, indispensables dans de nombreux hôpitaux, sont une fois de plus exclus de ces mesures et demeurent les grands oubliés de l’hôpital public » s’insurge l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) dans un communiqué publié ce mardi.
L’association rappelle la rémunération dérisoire dont bénéficient les externes : 2,76 euros net de l’heure en moyenne et 55,29 euros seulement pour une garde. « En plus d’être dérisoire, cette rémunération est profondément inadaptée aux regard des exigences et des conditions de travail difficiles auxquelles les externes sont confrontés au sein des établissements hospitaliers » s’insurge l’ANEMF, qui rappelle que le coût de la rentrée va augmenter de 8,15 % en 2023 en raison de l’inflation.
Des bacs+6 payés au SMIC
Leurs ainés internes sont également furieux de se voir bientôt privés des revalorisations dont ils bénéficient depuis l’été dernier. Dans un communiqué commun diffusé ce mercredi, l’Intersyndical nationale des internes (ISNI), l’ISNAR-IMG (internes de médecine générale) et la FNSIP-BM (internes en pharmacie et en biologie médicale) dénoncent un « recul inacceptable, alors que les internes en médecine et en pharmacie, professionnels indispensables de l’hôpital, sont régulièrement oubliés et méprisés par nos responsables administratifs ». Ils rappellent que la revalorisation des gardes, en place depuis l’été dernier, représente en moyenne pour un interne une hausse de rémunération mensuelle de 500 euros « ce qui n’est pas rien dans ce contexte d’inflation » commente Florie Sullerot, présidente de l’ISNAR.
Hors revalorisation, les gardes de nuit des internes sont rémunérées 11,18 euros brut par heure en semaine et 12,25 euros brut par heure les week-ends et les jours fériés, une rémunération proche du SMIC horaire (11,52 euros brut) alors même que les internes ont déjà six années d’études derrière eux et de fortes responsabilités.
Les syndicats d’internes exigent donc une revalorisation pérenne de leur rémunération de 50 % pour les gardes effectuées selon le service normal (soit une garde de nuit par semaine et un dimanche ou jour férié par mois) et de 100 % pour les gardes supplémentaires, ainsi qu’une meilleure rémunération des astreintes « oubliées de la revalorisation depuis plus d’un an ».
Les syndicats d’internes espèrent pouvoir faire part de leurs revendications lors de leur première rencontre avec le ministre de la Santé Aurélien Rousseau…rencontre pour laquelle aucune date n’a encore été fixée.
Quentin Haroche