Publié le 04/09/2023
Infirmiers et aides-soignants : les services de 12 heures nuisent (gravement ?) à la santé

Paris, le lundi 4 septembre 2023
— Travailler 10 à 12 heures : c’est le quotidien de nombreux infirmiers et infirmières français. Une nouvelle étude semble prouver que d’aussi longues plages horaires sont associées à des troubles psychologiques, davantage de stress et des comportements nocifs.
Le troisième volet de l’étude AMADEUS (« AMéliorer l’ADaptation à l’Emploi pour limiter la soUffrance des Soignants »), menée par le Dr Guillaume Fond (médecin psychiatre à l’AP-HM) et Guillaume Lucas (docteur en santé publique), s’est attaché à comprendre les effets des services de 12 heures sur la santé mentale et physique des infirmiers et des aides-soignants.
Plus de risque de développer des troubles psychologiques
Les infirmiers et aides-soignants ont le choix entre travailler 7 heures 5 jours par semaine ou travailler 10 à 12 heures, 3 jours par semaine. Si la durée hebdomadaire est in finesimilaire, l’étude tend à montrer que l’impact sur la santé est bien différent. Les chercheurs ont ainsi interrogé 3133 infirmiers et infirmières pour en savoir plus, notamment, sur leur état psychologique et leur santé mentale en fonction des plages horaires travaillées. 42,2 % d’entre eux avaient adopté pour des horaires de travail longs.
Selon les résultats de l’enquête, ces derniers étaient ainsi beaucoup plus susceptibles de faire état d’une « grande demande psychologique, d’un épuisement professionnel plus fréquent, d’un plus grand nombre de cigarettes fumées quotidiennement et d’une plus grande consommation de café », expliquent les chercheurs. Ainsi, même si ces infirmiers disposent de plus de jours de congés, ils subissent aussi et surtout une plus grande charge de travail concentrée sur une période plus courte.
Des mécanismes d’adaptation qui entraînent des comportements nocifs
Les infirmiers et aides-soignants en question seraient ainsi susceptibles, selon les chercheurs, d’adopter « des comportements plus nocifs pour la santé en tant que mécanisme d’adaptation ». Parmi ces mécanismes en question, les auteurs y incluent la consommation accrue de café et de tabac « pour faire face à l’épuisement professionnel et à une demande psychologique élevée ».
De plus, travailler sur de longues plages horaires amène les personnels à prendre plus de pauses, ce qui augmente davantage leur consommation de café et de cigarettes (pour les fumeurs) « afin d’accroître leur vigilance et leur concentration et de réduire le stress ».
Les auteurs de l’étude estiment donc nécessaire la création de programmes de prévention donnant des informations sur les «risques à long terme de ces comportements», notamment en ce qui concerne la santé mentale. Ils proposent aussi de mettre en avant la sieste au travail ainsi que la méditation pendant les pauses pour «aider les infirmiers à gérer le stress lié au travail sans avoir recours à la consommation de café ou de tabac».
Des résultats confirmés des études internationales
Le Dr Guillaume Fond et Guillaume Lucas font remarquer que les résultats de leur étude sont confirmés par de nombreuses études internationales portant sur le même sujet.
Ainsi, qu’ils s’agissent d’infirmiers et aides-soignants chinois, malaisiens, nigérians, singapouriens ou néerlandais, de nombreux travaux récents tendent à montrer que travailler sur de longues plages horaires augmente le stress et le risque d’épuisement professionnel, et peut éventuellement mener à une plus grande détresse psychologique. Des données qui fournissent des résultats essentiels « pour orienter les politiques de santé et de prévention », expliquent les chercheurs.
Raphaël Lichten