Eviter la moitié des maladies cardiovasculaires mondiales en contrôlant 5 facteurs

Les pathologies cardiovasculaires sont les maladies non transmissibles les plus courantes au niveau mondial et causent environ un tiers de tous les décès. Les facteurs de risque modifiables tels que l’indice de masse corporelle (IMC), la pression artérielle systolique (PAs), le taux de cholestérol des lipoprotéines de basse densité (LDLc), le tabagisme et le diabète sont associés aux maladies cardiovasculaires et aux décès, quelle qu’en soit la cause. Ces facteurs de risque sont utilisés dans des scores de risque de survenue de maladie cardiovasculaire sur 10 ans, bien qu’ils reçoivent des pondérations différentes. Il manque des études utilisant des données individuelles pour évaluer la prévalence régionale et spécifique des facteurs de risque, et leur effet.
Des données au niveau mondial
Les données individuelles de 112 études de cohorte menées dans 34 pays et 8 régions géographiques (Amérique du Nord, Amérique latine, Europe occidentale, Europe orientale et Russie, Afrique du Nord et Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, Asie et Australie) participant auGlobal Cardiovascular Risk Consortium ont été regroupées et harmonisées.
Les associations entre les facteurs de risque (IMC, PAs, LDLc, tabagisme actuel et diabète) et les cas de maladies cardiovasculaires et de décès de toutes causes, ont été explorées à l’aide d’analyses de régression de Cox, stratifiées selon la zone géographique, l’âge et le sexe. Les fractions attribuables à la population ont été estimées pour l’incidence des maladies cardiovasculaires sur 10 ans et la mortalité toutes causes confondues sur 10 ans.
Parmi 1 518 028 participants (âge médian 54,4 ans, femmes 54,1 %) des variations régionales dans la prévalence des cinq facteurs de risque modifiables ont été notées. Globalement, l’IMC médian était de 26,4 (IQ 23,7 à 29,7), la PAs médiane de 130 mmHg (IQ 118 à 144), et le taux médian de LDLc 156,9 mg/dL (4,06 mmol/L) ; 21,6 % étaient des fumeurs actuels et 8,3 % souffraient de diabète.
Une maladie cardiovasculaire incidente est survenue chez 80 596 participants au cours d’un suivi médian de 7,3 ans (IQ 5,9 à 11,8 ; maximum 47,3) et 177 369 participants sont décédés au cours d’un suivi médian de 8,7 ans (IQ 7,0 à 15,9 ; maximum 47,6). L’incidence des maladies cardiovasculaires et de la mortalité toutes causes confondues variait selon les régions, et les femmes présentaient des taux d’événements systématiquement inférieurs à ceux des hommes.
Pour les cinq facteurs de risque combinés, la fraction globale attribuable à la population mondiale de l’incidence des maladies cardiovasculaires sur 10 ans était de 57,2 % (intervalle de confiance IC à 95 %, 52,4 à 62,1) chez les femmes et de 52,6 % (IC à 95 %, 49,0 à 56,1) chez les hommes, et les valeurs correspondantes pour la mortalité toutes causes sur 10 ans étaient de 22,2 % (IC à 95 %, 16,8 à 27,5) et 19,1 % (IC à 95 %, 14,6 à 23,6). Ces fractions attribuables à la population variaient également selon la zone géographique.
Un poids variable des facteurs de risque
La fraction attribuable à la population de l’incidence sur 10 ans des maladies cardiovasculaires associées à la PAs était de 29,3 % (IC à 95 %, 25,4 à 33,2) chez les femmes et de 21,6 % (IC à 95 %, 18,7 à 24,5) chez les hommes ; de 15,4 % (IC à 95 %, 10,9 à 19,8) et 16,6 % (IC à 95 %, 12,6 à 20,6) pour le taux de cholestérol non HDL ; de 5,2 % (IC à 95 %, 13,3 à 17,1) et 10,2 % (IC à 95 %, 9,2 à 11,2) pour le diabète ; de 6,7 % (IC à 95 %, 5,8 à 7,6) et 10,7 % (IC à 95 % : 9,6 à 11,7) pour le tabagisme actuel ; de 7,6 % (IC à 95 %, 5,1 à 10,1) et de 7,6 % (IC à 95 %, 5,6 à 9,7) pour l’IMC.
Chez les femmes, la fraction attribuable à la population de la mortalité toutes causes confondues sur 10 ans associée au diabète était de 12,2 % (IC à 95 %, 11,1 à 13,3), tandis que chez les hommes, la fraction attribuable à la population de la mortalité toutes causes confondues sur 10 ans associée au tabagisme actuel était de 14,4 % (IC à 95 % : 13,3 à 15,4).
Une PAs élevée semble être le principal contributeur à la fraction attribuable à la population de la survenue de maladie cardiovasculaire dans toutes les régions ; elle est associée jusqu’à 13,5 % de tous les décès annuels dans le monde. Ces données corroborent l’observation qu’un contrôle strict de la pression artérielle jusqu’à une PAs inférieure à 120 mm Hg est associé à des taux plus faibles d’événements cardiovasculaires et de mortalité toutes causes confondues.
Une association en forme de J inversé entre le taux de LDLc et la mortalité toutes causes confondues a été observée, comme cela l’avait été précédemment. En revanche, contrairement à ce qui a été rapporté, l’IMC et le tabagisme actuel (au moins dans certaines régions du monde) ont été associés à des fractions relativement modestes d’événements de maladies cardiovasculaires attribuables dans les populations participant au Global Cardiovascular Risk Consortium. Ceci pourrait être lié à des différences sous-jacentes dans les caractéristiques de la population, à la définition et à la prévalence des facteurs de risque, ou aux méthodes utilisées pour estimer les fractions attribuables à la population.
Même si ce type de travail comporte immanquablement des limites, on retiendra qu’un strict contrôle de ces 5 facteurs de risque modifiable pourrait prévenir la survenue de plus de la moitié des pathologies cardiovasculaires dans le monde.
Dr Isabelle Méresse
RÉFÉRENCE
Global Cardiovascular Risk Consortium; Magnussen C, Ojeda FM, Leong DP, et al. Global Effect of Modifiable Risk Factors on Cardiovascular Disease and Mortality. N Engl J Med. 2023 Aug 26. doi: 10.1056/NEJMoa2206916.
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