Médecins libéraux et hospitaliers attendent toujours des propositions du nouveau ministre

Bientôt la faute à Rousseau ? 

Paris, le mardi 29 août 2023 – A l’approche de la rentrée, les syndicats de médecins (libéraux comme hospitaliers) demandent au nouveau ministre de la Santé des annonces fortes et une reprise des négociations.

Après la faute à Braun, la faute à Rousseau ? Les syndicats, libéraux comme hospitaliers, avaient plutôt bien accueillis la nomination d’Aurélien Rousseau comme ministre de la Santé le 20 juillet dernier, se souvenant notamment de son action unanimement saluée comme directeur de l’agence régionale de Santé (ARS) d’Ile-de-France durant l’épidémie de Covid-19 (et sans doute étaient-ils également soulagés d’avoir échappé à d’autres ministrables moins appréciés par eux, comme Frédéric Valletoux ou Stéphanie Rist). Mais un mois après ce remaniement, les syndicats commencent à s’impatienter : alors que l’hôpital public et la médecine de ville sont en crise, le nouveau ministre n’a toujours fait aucune annonce précise à destination des médecins. Les syndicats attendent un geste, notamment en vue de l’ouverture, ou plutôt de la réouverture, de négociations.

« Cela fait plus d’un mois qu’Aurélien Rousseau a été nommé et nous n’avons eu aucun contact, pas même un coup de fil » s’impatiente ainsi auprès du Quotidien du médecin le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML. « Nous continuons de la solliciter sur les réseaux sociaux mais nous n’avons toujours pas eu de réponse ; je n’ai pas l’habitude de taper sur les gens tant qu’ils n’ont pas commencé mais pour l’instant je dirais qu’il met du temps à ne pas commencer » commente le généraliste de Fronton avec son style habituel.

Les syndicats libéraux veulent de nouvelles négociations…

Les syndicats de médecins libéraux espèrent notamment une reprise rapide des négociations conventionnelles, six mois après l’échec des précédentes et l’adoption d’un règlement arbitral qui les a fortement déçus. Les organisations représentatives s’impatientent afin d’obtenir une date précise pour la reprise de ces discussions. « Nous sommes pour l’instant dans le flou, nous n’avons aucune nouvelle concernant la reprise des négociations et nous sommes évidemment inquiets parce que nous voyons bien que Bercy, une fois de plus, est en mode économie plutôt qu’en mode investissement » s’inquiète le Dr Sophie Bauer présidente du SML.

Premier syndicat chez les libéraux, MG France se montre un peu plus optimiste, « sans être naïfs non plus » précise le Dr Jean-Christophe Nogrette, secrétaire général du syndicat. « Le ministère de la Santé a déclaré qu’il fallait reprendre les négociations rapidement, de son côté Thomas Fatôme a dit qu’il était nécessaire de réduire le différentiel de revenu entre les généralistes et les spécialistes nous prenons donc acte et nous verrons ce que cela donnera en réalité » commente l’omnipraticien. Tous les syndicats fixent la même ligne rouge : les négociations ne pourront pas aboutir si la CNAM ne consent pas à une hausse substantielle du tarif de la consultation, qui doit être fixée à au moins 30 euros.

Les syndicats hospitaliers attendent également des actes. Si Aurélien Rousseau a récemment annoncé qu’il allait pérenniser la revalorisation des gardes de nuit « dans les prochaines semaines », cela ne suffit pas à combler l’impatience des syndicats de praticiens hospitaliers (PH) qui attendent des mesures fortes pour sauver l’hôpital public depuis plus d’un an et la fameuse « mission flash » de François Braun dont les mesures, censées être provisoires, sont régulièrement renouvelées.

…et les syndicats hospitaliers aussi

La revalorisation des gardes et astreintes doit ainsi prendre fin jeudi prochain, sauf si un nouvel arrêté la reconduit in extremis. Dans un communiqué paru ce lundi, le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARE) demande non seulement la reconduction de ces mesures « provisoires » qui durent depuis plus d’un an, mais surtout la reprise des négociations entre le ministère et les syndicats de PH. Interrompus en mai dernier « en raison de l’incapacité du gouvernement à harmoniser les annonces du Président de la République avec le déblocage d’un budget ad hoc » selon le SNPHARE, ces négociations n’ont également toujours pas reprises.

Le SNPHARE demande donc que ces discussions reprennent le plus vite possible, en prenant pour base le récent rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur la permanence des soins. « Le SNPHARE demande que le chantier de la permanence des soins ne soit pas balayé d’un revers de la main mais que de vraies concertations sur ce sujet puissent aboutir à des avancées concernant le temps de travail et son décompte, la durée du travail, la reconnaissance de la pénibilité, la reconnaissance financière et la valorisation pour la retraite » écrit le syndicat.

On le voit, les sujets de discussion et de discorde entre les syndicats de médecins et le nouveau ministre de la Santé ne manquent pas. Pour ne rien arranger, Aurélien Rousseau doit faire avec Bercy, qui a clairement affiché sa volonté de faire des économies sur le budget de la santé. Signe de la situation de grande tension qui règne dans le monde médical, le nouveau ministre n’aura donc même pas eu le droit à un court état de grâce.

Quentin Haroche

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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