Publié le 29/08/2023
Officines cherchent pharmaciens désespérément

Paris, le mardi 29 août 2023
– De plus en plus d’officines peinent à trouver des pharmaciens, l’officine attirant de moins en moins les jeunes pharmaciens.
« Cela va faire six ans que je publie des offres pour un poste de pharmacien assistant, sans succès » témoigne auprès du Figaro un pharmacien propriétaire d’une officine au Mans. Comme lui, nombreux sont les officinaux qui peinent à trouver du personnel pour venir les épauler, notamment dans les villes moyennes ou en zone rurale.
Malgré un salaire proposé de 3 500 euros net par mois et un logement de fonction, Alexis Griffon, propriétaire d’une pharmacie à Aubenas, ne parvient pas à trouver de collaborateurs. « Les jeunes pharmaciens veulent essentiellement des contrats courts, pour pouvoir bouger pas mal et être plutôt libres aussi de leur temps » explique le professionnel. Un manque de personnel qui finit par porter préjudice aux patients : faute de pharmaciens disponibles, ces officines sont en effet obligées de fermer temporairement, le samedi après-midi notamment.
L’officine victime du nouveau rapport au travail
Les chiffres confirment cette impression issue du terrain. Depuis 2012, le nombre de nouveaux pharmaciens titulaires d’officine a diminué de 9,7 %. A l’inverse, les autres débouchés des études de pharmacie ont le vent en poupe : le nombre de pharmaciens hospitaliers a augmenté de 24,3 %, tandis que l’industrie a vu ses effectifs augmenter de 15,7 %.
Comment expliquer ce manque de bras dans les officines de France et de Navarre ? La démographie ne semble pas en être la cause, le nombre de pharmaciens étant relativement stable autour des 74 000 inscrits à l’Ordre. Certes leur nombre a diminué de 0,3 % entre 2021 et 2022 et même de 1 % depuis 2016, mais sur les dix dernières années il a augmenté de 1,4 %. Il semble plutôt que comme bien d’autres professions, de santé ou non, la pharmacie d’officine soit victime du nouveau rapport au travail des générations montantes, un changement de mentalité qui a été exacerbé par l’épidémie de Covid-19. Gérer une officine est un véritable sacerdoce qui demande une forte charge de travail et la carrière n’attire plus les jeunes générations.
« Les jeunes pharmaciens veulent des rythmes de travail plus faibles, la mentalité n’est plus d’avoir une grosse pharmacie où on sera très riche le jour où on vendra, pour se tuer au travail, mais au contraire de travailler dans des pharmacies plus petites qui autorisent à moins venir et à se recentrer sur le cœur de métier » analyse Aurélien Filoche, cofondateur de OuiPharma, plateforme référençant les offres de pharmacies à vendre. Une explication un peu nuancée par Nicolas Savic, porte-parole de l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (ANEPF). « On entend que les jeunes pharmaciens ne veulent plus travailler : au contraire, les étudiants ont besoin de travailler, surtout avec l’inflation du coût des études. Mais cette génération qui a été en première ligne pendant la Covid ne veut plus enchainer les tests et les vaccinations » explique le futur pharmacien.
Des études qui ne font plus le plein
La situation risque de s’aggraver ces prochaines années. Le nombre d’étudiants en pharmacie est en baisse régulière : en 2022, 1 027 places étaient vacantes en deuxième année de pharmacie. L’ANEPF réclame donc un statut spécifique pour les étudiants en sixième année, afin d’attirer davantage de candidats. De l’autre côté du spectre générationnel, 19 % des inscrits sont âgés de plus de 60 ans et partiront donc prochainement à la retraite. Une situation de crise en partie due à l’immobilisme des autorités selon Aurélien Filoche. « Il y a eu un manque de vision des décideurs politiques sur les besoins de santé et les transformations du métier de pharmacien, comme la féminisation (NDLR : 68 % des pharmaciens sont des femmes) qui a augmenté la fréquence des interruptions de carrière » explique l’entrepreneur, qui pointe notamment du doigt la faiblesse des aides publiques à l’installation.
Une lueur d’espoir existe cependant. Les nouvelles compétences « accordées » ces dernières années aux pharmaciens d’officine (vaccination, conseil, prescription…) vont peut-être permettre de dépoussiérer la profession et de la rendre plus attractive auprès des jeunes. « Ces nouvelles missions sont une victoire pour la profession, elles vont permettre de visibiliser le métier de pharmacien et d’alimenter l’intérêt pour l’officine » espère Nicolas Savic.
Quentin Haroche