Publié le 24/08/2023
Près de la moitié des infirmières quittent l’hôpital après dix ans

Paris, le jeudi 24 août 2023
– Selon une étude de la Drees, seulement 54 % des infirmières exercent encore à l’hôpital dix ans après le début de leur carrière.
Le manque d’infirmières est sans doute le point central de la crise que traverse l’hôpital public depuis plusieurs années. Ce manque de personnel provoque des fermetures de lits, une surcharge de travail et une dégradation des conditions d’exercice pour les infirmières restantes, ce qui les pousse également à la démission dans un cercle vicieux bien connu. Si la résolution de ce problème passe par une augmentation du nombre d’infirmières formées, il est également primordial de tout faire pour retenir celles déjà formées à l’hôpital. Or, elles sont de plus en plus nombreuses à quitter le navire.
11 % des infirmières sont sans emploi dix ans après le début de carrière
En effet, une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée ce mercredi a suivi le parcours professionnel des infirmières ayant débuté leur carrière à l’hôpital entre 1989 et 2019. Selon cette enquête, plus les années avancent, plus les infirmières quittent le salariat et l’hôpital.
Ainsi, cinq ans après leur entrée à l’hôpital, seulement 87 % des infirmières sont encore salariées, dont 67 % qui sont infirmières hospitalières, les autres étant soit infirmières salariées hors hôpital (9 %), soit sont salariées mais n’exercent plus comme infirmière (11 %). Dix ans après le début de la carrière, la proportion d’infirmières qui exerce toujours à l’hôpital n’est plus que de 54 % et on compte 11 % d’infirmières salariées hors hôpital (en Ehpad par exemple) et 14 % de salariées qui ne sont plus infirmières.
En parallèle, le nombre d’infirmières qui se tournent vers l’exercice libéral augmente logiquement avec les années, même s’il tend à stagner douze ans après le début de la carrière (à noter que l’exercice libéral est conditionné à une expérience minimale de deux ans comme infirmière salariée). Cinq ans après l’entrée dans la carrière, 9,4 % des infirmières exercent en libéral, dont 5 % en libéral exclusif et 4,4 % en exercice mixte. Après dix ans d’exercice, on compte 12,6 % d’infirmières libérales (10,5 % en exclusif et 2,1 % en exercice mixte). A noter que dix ans après l’arrivée à l’hôpital, on compte 11,4 % d’infirmières sans emploi.
Par ailleurs, l’étude montre que le désamour pour l’exercice hospitalier est plus fort chez les jeunes générations. Ainsi, 60 % des infirmières hospitalières qui ont commencé leur carrière au début des années 1990 l’étaient encore dix ans après, alors que ce taux n’est que de 50 % chez les infirmières ayant débuté leur carrière à la fin des années 2000.
Le SNPI demande un « plan Marshall » pour les infirmières
La Drees ne se penche pas sur les causes de cette grande démission et sur les raisons qui poussent les infirmières à fuir l’exercice hospitalier. Tout juste évacue-t-elle une hypothèse : ce n’est pas le fait d’être mère qui pousse les infirmières à changer leur mode de carrière. Ainsi, si le premier enfant survient généralement dans les dix premières années de carrière (26 % des infirmières sont mères en début de carrière, 79 % dix ans plus tard), cela n’a pas d’incidence sur leur mode d’exercice. En revanche, la naissance du premier enfant conduit à une baisse du nombre d’heures travaillées, lié à un passage en travail à temps partiel.
Le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI) a immédiatement réagi à cette étude. « Comment s’étonner que des infirmières sous-payées, en sous-effectif, agressées par des patients et leurs familles et souvent victimes institutionnelles ne restent pas à l’hôpital ? » s’insurge le syndicat. Pour mettre fin à l’hémorragie et rendre à nouveau l’exercice hospitalier attractif, le SNPI demande la mise en place d’un « plan Marshall en trois points ».
Le syndicat demande ainsi aux autorités d’augmenter les salaires, d’instaurer un ratio de six à huit patients par infirmière et de travailler à l’amélioration des conditions de travail. « Alors qu’il y a déjà 60 000 postes infirmiers vacants et que 10 % des soignants sont en arrêt maladie, épuisement, dépression, burnout, il y a urgence à agir » tonne le syndicat.
Quentin Haroche