Difficultés financières pour les EHPAD – Un exemple de lutte contre la canicule dans le Tarn.

Publié le 22/08/2023

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Les Ehpad en grande difficulté financière

Paris, le mardi 22 août 2023 – 18 mois après le scandale Orpéa, un grand nombre d’établissements pour personnes âgées sont en difficulté financière et menacent de fermer leurs portes.

En janvier 2022, la publication du livre « Les Fossoyeurs » du journaliste Victor Castanet mettait en lumière les maltraitances et les possibles malversations financières à l’œuvre dans certains Ephad, notamment ceux gérés par le groupe privé Orpéa. Les professionnels du secteur avaient alors espéré que ce scandale permettrait de mettre en lumière les grandes difficultés des établissements pour personnes âgées, que ce soit financièrement ou en termes de personnel et pousserait les autorités à agir. 18 mois plus tard, peu d’actions concrètes ont été prises et les Ehpad s’enfoncent dans la crise.

Selon la Fédération Hospitalière de France (FHF), 85 % des établissements publics (qui représentent 48 % des 7 500 Ehpad que comptent notre pays) sont en déficit, soit deux fois plus qu’en 2019, avec un découvert moyen de 146 000 euros. « Sans réformes structurelles rapides, nous craignons pour la pérennité des établissements de notre secteur » alerte Marc Bourquin, conseiller stratégie de la FHF.

Des dépenses en forte hausse

Plusieurs éléments expliquent les difficultés financières croissantes des établissements pour personnes âgées. L’inflation et l’augmentation des coûts de l’énergie tout d’abord. Si les Ehpad ont pu bénéficier d’un bouclier tarifaire concernant les prix de l’énergie en 2022, il n’a pas été renouvelé en 2023. « La note d’électricité a été multipliée par sept ou huit en un an » note François Blanchon, maire de Charensat, une commune du Puy-de-Dôme qui gère l’Ehpad local.

Le gouvernement a par ailleurs fortement augmenté la rémunération du personnel ces trois dernières années (accords de Ségur, prime grand âge, hausse du SMIC et du point d’indice des fonctionnaires) sans que l’Etat ne vienne toujours compenser cette hausse des dépenses. Le manque de personnel contraint également les Ehpad à avoir recours à l’intérim, un véritable gouffre financier : à la Rochelle, les quatre établissements de la ville ont vu leurs charges salariales augmenter de 500 000 euros entre 2021 et 2022.

Mais les Ehpad sont également touchés par un désamour du public, lié au scandale Orpéa et également à la crise de la Covid-19, durant laquelle de très nombreux résidents de maisons de retraite ont été emportés par la maladie. Plus de 20 000 places sont ainsi actuellement vacantes dans les Ehpad français, soit 4 % du parc, du jamais vu.

Les établissements pour personnes âgées en difficulté financière sont obligés de faire avec les moyens du bord. A l’Ehpad de Beauzac en Haute-Loire, la direction fait désormais appel à la « solidarité des familles » pour l’approvisionnement en nourriture. Plusieurs établissements bretons ont tout simplement décidé de cesser de payer les factures d’énergie, jusqu’à ce que l’Agence Régionale de Santé (ARS) accepte de les aider financièrement. Un bras de fer payant : l’ARS a promis de débloquer en urgence 4,8 millions d’euros pour les Ehpad de la région.

Les établissements ruraux en grande difficulté

Mais ces solutions quelque peu artisanales ne suffisent pas toujours. Certains établissements sont obligés de fermer des lits, d’abandonner certains services spécifiques, notamment ceux destinés aux résidents atteints de troubles psychiatriques, voire tout simplement de fermer leurs portes. C’est le cas à Lanobre, dans le Cantal, où l’établissement qui accueillait trente résidents a fermé ses portes en avril ou encore à Brest, où deux établissements de 108 lits au total vont devoir cesser leur activité d’ici trois ans.

Les difficultés financières sont particulièrement lourdes pour les établissements ruraux, qui sont le plus souvent gérés par un centre communal d’action sociale (CCAS). Les municipalités ont l’obligation de voter des budgets en équilibre pour les Ehpad qu’ils gèrent et sont donc bien souvent obligés de mettre la main au portefeuille pour combler les déficits. Une situation de plus en plus intenable financièrement pour les petites communes.

Lorsqu’il a quitté le gouvernement le 20 juillet dernier, l’ancien ministre des Solidarités Jean-Christophe Combe avait reconnu qu’il « n’avait pas réussi à convaincre de la nécessité d’aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort dans l’adaptation de la société au vieillissement ». La loi sur le grand âge, promise par Emmanuel Macron en 2017, n’a jamais vu le jour. En lieu et place, des députés de la majorité ont élaboré une loi à minima pour le « bien vieillir » dont l’examen au Parlement, prévu en juillet, a finalement été repoussé. La nouvelle ministre des Solidarités Aurore Bergé assure que son adoption est « une priorité » et aura lieu d’ici la fin de l’année. Mais cette proposition de loi ne prévoit rien pour réformer le financement insuffisant des Ehpad.

Quentin Haroche

De plus en plus d’Ehpad au bord de l’asphyxie financière, entre crise de confiance et hausse des coûts

Partout en France, des établissements accueillant des personnes âgées ne parviennent plus à boucler leur budget, et certains sont contraints de fermer, comme à Lanobre, dans le Cantal. Les maires déplorent le manque de soutien de l’Etat. 

Par Béatrice Jérôme

Publié hier à 05h30, modifié hier à 12h00 https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/08/21/de-plus-en-plus-d-ehpad-au-bord-de-l-asphyxie-entre-crise-de-confiance-et-hausse-des-couts_6186028_3224.html

Temps de Lecture 6 min. 

Une infirmière et une patiente dans un Ehpad Korian, à Paris, en janvier 2021.
Une infirmière et une patiente dans un Ehpad Korian, à Paris, en janvier 2021.  LUC NOBOUT/IP3

Des mirabelles et des courgettes du jardin : « On est preneur ! », s’exclame Pierre Di Crescenzo. En ce mois d’août, le directeur de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de Beauzac (Haute-Loire) fait appel à la « solidarité des familles ». En retour, des kilos de fruits et de légumes lui sont offerts pour les quiches et les desserts de ses pensionnaires. Autant de dons qui allègent ses dépenses. Cuisiner avec des produits locaux lui vaut déjà 20 000 euros de surcoût en 2023, à cause de l’inflation. Soit 12 % de hausse pour son budget « repas ». « On servait aux résidents du filet de bœuf au moins une fois par mois, dit-il. Maintenant, à cause du prix, ce sera tous les deux mois. »

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A l’image de son établissement, les 7 500 Ehpad de France subissent une crise économique qui menace la qualité d’accompagnement de leurs 600 000 résidents. Leurs recettes chutent. Le nombre de lits inoccupés atteint un niveau record : 20 000 places sont vacantes, soit 4 % du parc. Une désaffection qui découle de la perte de confiance des familles depuis les révélations sur les pratiques du groupe privé d’Ehpad Orpea – maltraitances, irrégularités financières, etc. –, en 2022, et la pandémie de Covid-19, responsable du décès de 29 300 résidents entre 2020 et 2021.

Leurs dépenses, elles, sont décuplées par l’envolée des coûts de l’énergie, des denrées alimentaires, des produits d’hygiène. Mais aussi par l’insuffisante compensation par l’Etat des fortes revalorisations salariales depuis deux ans – accords du Ségur de la santé de juillet 2020, prime « grand âge », hausse du smic et du point d’indice pour les fonctionnaires. Enfin, le recours à l’intérim, pour pallier les difficultés de recrutement, fait exploser les charges salariales.

« La pandémie de Covid a provoqué une vague d’absences professionnelles qui a précédé de peu les démissions », observe le sociologue Philippe Bataille, dans Faire avec l’âge (Ed. de la Maison des sciences de l’homme, 240 pages, 12 euros). « Les Ehpad vivent une agonie silencieuse parce que les vieux, ça meurt sans faire de bruit », se désole Jean-Paul Laval, à la tête d’une fondation qui gère deux Ehpad en Haute-Loire.

Eponger les déficits

Selon la Fédération hospitalière de France (FHF), le secteur public – 48 % des établissements en France – comptait, en décembre 2022, 85 % d’Ehpad en déficit. Deux fois plus qu’en 2019. Avec un découvert moyen de 146 000 euros. « Sans réformes structurelles rapides, nous craignons pour la pérennité des établissements de notre secteur », alerte Marc Bourquin, conseiller stratégie de la FHF.

« La survie à court terme de certains établissements est en jeu », s’alarme la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées.  « La situation est pire qu’avant le scandale Orpea,renchérit Jean-François Vitoux, directeur général du groupe associatif Arpavie, filiale de la Caisse des dépôts et consignations. Les groupes privés lucratifs vivent moins bien. Les Ehpad au statut privé non commercial ou public – qui pratiquent des prix modérés – sont au bord d’une forme d’asphyxie progressive. »

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Dans ce contexte, certains Ehpad ferment. A Lanobre (Cantal), l’établissement de 30 lits a mis la clé sous la porte en avril. Il n’avait plus ni directeur ni infirmière ni médecin coordonnateur. Des plaintes de familles (toilettes bâclées, manque de soins) étaient parvenues à l’agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes, cotutelle de l’Ehpad avec le département. L’ARS a préféré prendre un arrêté de fermeture. « L’histoire de l’Ehpad de campagne de Lanobre restera celle d’une solution qu’on n’a pas voulu trouver », déplore le maire, Pascal Lorenzo (sans étiquette), qui alerte depuis deux ans sur le déficit qui s’élevait à 300 000 euros.

Comme celle de Lanobre, 700 maisons de retraite – 8 % des lits en France – sont gérées par un centre communal, ou intercommunal, d’action sociale (CCAS ou CIAS). Les municipalités doivent voter leurs budgets à l’équilibre. Mais les ressources des Ehpad dépendent des ARS et des conseils départementaux. Ces derniers fixent aussi le prix de journée pour les résidents. Dans la pratique, les CCAS sont de plus en plus nombreux à devoir voter des subventions pour éponger les déficits.

A Charensat, commune rurale du Puy-de-Dôme, le conseil municipal a dû voter en 2023 une avance de trésorerie de 150 000 euros pour payer – par le biais du CCAS – les factures de l’Ehpad. La note d’électricité a été multipliée « par sept ou huit » en un an, calcule le maire, François Blanchon (sans étiquette). Le gouvernement a instauré un « bouclier tarifaire » pour atténuer la hausse du prix de l’énergie dans les Ehpad. « Il a fonctionné en 2022. En revanche, nous n’avons rien obtenu de l’Etat en 2023 », déplore l’édile, qui doit combler les hausses de salaire du personnel « mal compensées par l’ARS malgré les promesses du gouvernement de les rembourser à l’euro près ».

Mesures sporadiques

Certains élus ont choisi de se rebeller. Dans les Côtes-d’Armor, le Finistère et le Morbihan, plus d’une soixantaine de maires présidents d’un CCAS gestionnaire d’un Ehpad ne règlent plus les factures d’énergie depuis juin. « On veut que les dotations de l’ARS et du département compensent la totalité des hausses. Sinon on ne votera pas le budget de l’établissement à la fin de l’année, prévient Jean-Louis Even (divers gauche), maire de La Roche-Jaudy (Côtes-d’Armor). L’Etat sera obligé de mettre les Ehpad sous tutelle. »

En Bretagne, 36 % des maisons de retraite dépendent d’un CCAS. L’ARS a promis de débloquer en urgence 4,8 millions d’euros. Les versements devaient commencer le 20 août pour 80 Ehpad en difficulté, dont certains sont gérés par des hôpitaux. Un « dépannage bienvenu », saluent les maires, mais des mesures sporadiques ne suffiront pas à sauver durablement les Ehpad, ajoutent-ils. Ils ont demandé à être reçus par Aurore Bergé, la nouvelle ministre des solidarités et des familles.

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Les Ehpad de campagne ne sont pas les seuls « dans le rouge ». A Brest (Finistère), deux Ehpad de 108 lits au total, gérés par le CCAS, vont devoir cesser leur activité. Leur fermeture est programmée d’ici trois ans. « Nos financeurs, le département et l’agence régionale de santé ont refusé nos demandes de subventions. Et juridiquement, les règles européennes sur la concurrence interdisent à la ville de Brest de compenser le déficit des Ehpad » au-delà d’un certain seuil, expliquait en juin le maire socialiste François Cuillandre dans le quotidien Le Télégramme.

A La Rochelle, le déficit des quatre Ehpad – et de la résidence autonomie – gérés par le CCAS s’est élevé à plus de 880 537 euros en 2021. Un trou creusé, en grande partie, par le recours à l’intérim – pour pallier les difficultés de recrutement – qui a renchéri les charges salariales du CCAS de 500 000 euros entre 2021 et 2022.

Les Ehpad associatifs (24 % du secteur) sont aussi lourdement touchés. « La crise frappe notre secteur au moment où les exigences de qualité et de sécurité de la société n’ont jamais été aussi fortes envers les Ehpad », remarque Jean-François Vitoux.

« Vous nous maltraitez ! »

Si tous les directeurs d’Ehpad cherchent les parades pour que la crise financière n’affecte pas la vie quotidienne des résidents, ils restent, malgré le recours à l’intérim, impuissants à combler le manque d’aides-soignants et le turnover des équipes nuit à la qualité de leur accompagnement. Faute de personnel suffisant, l’Ehpad de Mimizan (Landes) a fermé huit lits cette année. Les effectifs ont été redéployés pour « concentrer tous nos efforts sur l’accompagnement des repas », explique Thierry Caule, vice-président du CCAS gestionnaire de l’Ehpad communal. « Malgré tout, faute de soignants, il arrive qu’on ne lève pas certains pensionnaires pendant vingt-quatre à quarante-huit heures, ou le week-end, confie-t-il. On fait des toilettes au lit donc pas complètes. »

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En Haute-Loire, Jean-Paul Laval, se demande s’il ne va pas devoir fermer le centre d’activités naturelles tirées d’occupations utiles (Cantou), l’unité protégée qui accueille les personnes ayant des troubles psychiques, dans les deux Ehpad qu’il gère. Le Cantou nécessite davantage de personnels par résident et il en manque. « Si je le ferme, s’inquiète-t-il, les personnes avec des troubles cognitifs devront aller en hôpital psychiatrique. »

Guy Pennec, maire socialiste de Plourin-lès-Morlaix (Finistère) avait supprimé le financement de personnels au chevet des résidents et un poste d’animateur en 2020 dans l’Ehpad communal, afin de réduire le déficit. Résultat : « On n’arrivait plus à doucher les gens une fois par semaine et les résidents s’ennuyaient dans leur fauteuil. » L’édile a préféré rétablir les animations et embaucher des agents…  « Vous n’avez pas honte, monsieur le maire ? Une douche tous les quinze jours… Mais vous nous maltraitez ! », l’avait apostrophé Rolande P., 101 ans, une pensionnaire de l’établissement.

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Lors du remaniement du gouvernement, le 20 juillet, Jean-Christophe Combe, ministre sortant des solidarités, avait confié son impuissance : « Je n’ai pas réussi à convaincre de la nécessité d’aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort dans l’adaptation de la société au vieillissement. » La proposition de loi « Bien vieillir » – dont l’examen prévu en juillet a été reporté – est « une priorité » de la nouvelle ministre Aurore Bergé. « Je souhaite que ce texte soit adopté par l’Assemblée nationale avant la fin de l’année », s’est-elle engagée dans Ouest-France, le 26 juillet. La proposition de loi du groupe Renaissance n’apporte toutefois pas de mesures structurelles pour prévenir une dégradation du fonctionnement des Ehpad. La crise qui les frappe met au défi Emmanuel Macron de ne plus tergiverser sur une réforme de leurs financements.

Béatrice Jérôme

Face au marasme financier des Ehpad, une réponse de l’Etat jugée non structurante

Alors que l’équation est devenue insoluble pour de nombreux établissements, principalement publics et associatifs, le gouvernement annonce plusieurs centaines de millions d’euros d’aides. Le secteur, lui, réclame une réforme du financement. 

Par Béatrice JérômePublié hier à 11h58 https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/08/21/face-au-marasme-financier-des-ehpad-une-reponse-de-l-etat-jugee-non-structurante_6186064_3224.html

Temps de Lecture 3 min. 

Cent millions d’euros : c’est le montant du fonds d’urgence annoncé par la première ministre, Elisabeth Borne, le 26 juillet, pour apporter des « aides ponctuelles » aux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) confrontés à des difficultés de trésorerie. Une enveloppe, destinée aussi aux services d’aide à domicile en déficit, qui n’est pas à la hauteur des besoins, selon les professionnels. « Non seulement la somme est insuffisante, mais il ne faudrait pas qu’elle dispense le gouvernement d’engager des réformes structurelles », prévient ainsi Marc Bourquin, conseiller en stratégie à la Fédération hospitalière de France (FHF).

Le cabinet d’Aurore Bergé, nouvelle ministre des solidarités et des familles, affirme au Monde que 553 millions d’euros sont d’ores et déjà prévus dans le budget de l’Etat pour combler les effets, en 2022 et en 2023, de l’inflation à travers la mise en place d’un « bouclier énergétique » et compenser les revalorisations salariales. La somme est destinée aux établissements médico-sociaux qui accueillent des personnes âgées mais aussi handicapées. Une aide utile au secteur là encore. Mais leur permettra-t-elle de vraiment souffler ?

« L’Etat n’a pas failli, car il y a eu des enveloppes pour boucher les trous, mais il n’y a pas eu de réflexion d’ensemble sur le modèle économique », déplore, elle aussi, Laure de La Bretèche, présidente du groupe d’Ehpad Arpavie et directrice déléguée des politiques sociales à la Caisse des dépôts et consignations. Or, pour de nombreux établissements – certains modèles plus que d’autres –, la situation est alarmante, à l’heure où tous les Ehpad sont confrontés à la hausse de l’énergie, des denrées alimentaires et à l’augmentation des coûts salariaux. Les charges explosent et les recettes sont en berne du fait d’une sous-occupation des lits.

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Si les groupes privés lucratifs voient leur marge financière décroître, les plus fragilisés sont les établissements dont le statut est public ou associatif. Soit près de 80 % du parc des 7 500 Ehpad en France. Pour ces maisons de retraite non commerciales, l’équation est devenue quasi insoluble. Les tarifs que paient les résidents sont plus faibles que dans le secteur privé lucratif. Le prix médian dans les Ehpad publics est de 66 euros par jour contre 78 euros dans les établissements privés commerciaux, où le coût mensuel du séjour est en moyenne supérieur de 1 000 euros.

« Bon vouloir » des conseils départementaux

Les Ehpad lucratifs ont obtenu que Bercy les autorise à augmenter leurs tarifs de 5,14 % en 2023. Les maisons de retraite publiques et associatives sont, elles, soumises « au bon vouloir » des conseils départementaux pour l’augmentation des leurs. Les départements apportent en contrepartie de cet encadrement des prix une prise en charge des résidents aux revenus modestes.

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La hausse moyenne des tarifs autorisée par les départements est de 4 % depuis 2022, alors que l’inflation cumulée sur deux ans frôle les 10 %. « Le différentiel entre recettes et dépenses équivaut à un manque à gagner de 1 milliard d’euros sur la période » pour les Ehpad publics, calcule M. Bourquin à la FHF. « Cela nous a beaucoup contrariés de voir que l’Etat a autorisé le secteur lucratif à augmenter ses tarifs à un niveau exceptionnel en 2023, alors que la plupart des départements n’ont pas ou peu réévalué leur barème pour les Ehpad publics », tonne Isabel Madrid, adjointe au maire de Talence (Gironde). « En même temps, on veut maintenir une qualité de service qui, le plus souvent est supérieure aux Ehpad privés », poursuit cette administratrice de l’Union nationale des centres communaux d’action sociale.

La solution qui consisterait à augmenter le prix des séjours en Ehpad public ou associatif est envisagée par les acteurs du secteur. Mais 76 % des résidents ont des revenus inférieurs au tarif moyen des établissements, selon un rapport remis le 26 juillet à Elisabeth Borne par la députée socialiste du Puy-de-Dôme, Christine Pirès Beaune. Plutôt qu’une hausse des prix, le rapport propose la création d’une « allocation universelle » qui serait versée à chaque personne qui entre dans un Ehpad. Cette aide serait en partie financée par une contribution obligatoire de sa famille, qui participerait selon ses moyens. Une révolution.

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A court terme, Mme Pirès Beaune soutient l’idée de moduler le prix des séjours en fonction des revenus des résidents. « Une solution que nous devons mettre à l’étude », salue Olivier Richefou, président (UDI) du conseil départemental de la Mayenne, vice-président de l’Assemblée des départements de France, chargé des politiques en faveur des personnes âgées.

Taxe sur les salaires, « une iniquité supplémentaire »

En attendant, la FHF réclame en urgence à Bercy la suppression de la taxe sur les salaires qui s’applique uniquement aux Ehpad publics et associatifs. « Taxer les établissements pour les personnels qu’ils recrutent est une iniquité supplémentaire par rapport au secteur privé, qui n’y est pas soumis », insiste Marc Bourquin. Selon la FHF, cette taxe renchérit de 18 % le coût de la masse salariale des établissements non commerciaux.

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Il reste pour le gouvernement à trouver une façon de combler le fossé qui se creuse d’année en année entre les ressources des Ehpad en général et un besoin de financement qui va croissant avec la nécessaire médicalisation liée à une perte d’autonomie de plus en plus accentuée des résidents.

Prédécesseur de Mme Bergé, l’ex-ministre des solidarités, de l’autonomie et des personnes handicapées Jean-Christophe Combe a mis en place en mai un groupe de travail sur « l’avenir du modèle économique des Ehpad ». Ses conclusions doivent être rendues à la fin de 2023.

Béatrice Jérôme

Grand âge : « Il faut mettre l’héritage au service d’une politique publique ambitieuse »

Tribune

Lucie CastetsProfesseure associée à Paris-DauphineAntoine GuillouAdjoint (PS) à la maire de Paris

Face à l’augmentation drastique du nombre de personnes dépendantes et des besoins de financement afférents, une solution solidaire et équitable consisterait à créer un prélèvement additionnel sur les plus gros patrimoines, proposent la professeure Lucie Castets et l’adjoint à la maire de Paris Antoine Guillou dans une tribune au « Monde ».

Publié hier à 06h00  Temps de Lecture 3 min.  https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/08/21/grand-age-il-faut-mettre-l-heritage-au-service-d-une-politique-publique-ambitieuse_6186031_3232.html

Le gouvernement a annoncé en juillet le report sine die de la proposition de loi sur le « bien-vieillir » portée par les députés de la majorité présidentielle, et aux ambitions pourtant modestes. La nécessité de préparer nos services publics et la société tout entière au vieillissement de la population, en particulier aux risques liés à la dépendance, est pourtant plus criante que jamais.

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Selon le rapport remis au gouvernement en 2019 par le président du Haut Conseil du financement de la protection sociale, Dominique Libault, le nombre de personnes âgées dépendantes en France pourrait passer de 1,265 million en 2015 à 2,2 millions en 2050, et le besoin de financement supplémentaire d’ici à 2030 s’élèverait à 9,2 milliards d’euros par an.

Les besoins de financement du système de santé, de soin et d’accompagnement au sens large sont donc immenses. Il s’agit non seulement de prendre soin de plus de personnes, mais aussi des plus dépendantes, comme l’a cruellement mis en évidence le scandale des maisons de retraite Orpea.

Outre le besoin de financement global à l’échelle du pays, les inégalités d’accès au « bien-vieillir » sont aujourd’hui flagrantes. Les écarts entre territoires en matière de moyens et de capacités de planification sont majeurs. Si certaines familles peuvent avoir accès – sous réserve de disponibilité et en fonction de leurs revenus – à des Ehpad publics par le biais des départements, de nombreuses autres se retrouvent en grande difficulté lorsqu’elles sont confrontées à la dépendance, compte tenu du nombre limité de places et du reste à charge très élevé des établissements. L’accès à des solutions d’hébergement et d’accompagnement dépend alors directement du patrimoine dont disposent la personne concernée ou ses proches.

Entre les générations

Le vieillissement et l’accroissement de la dépendance viennent ainsi jeter une lumière nouvelle sur les inégalités dans notre pays. Comment assurer un accompagnement digne à celles et ceux dont le patrimoine est insuffisant sans faire peser une charge disproportionnée sur les familles ? Autrement dit, comment assurer l’équité du financement de la politique du grand âge, à la fois entre les générations et au sein de chacune d’entre elles ?

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Il n’est pas anormal de considérer que, à l’approche de la fin de leur vie, les besoins de soins et d’accompagnement des personnes âgées puissent être financés par la cession d’une partie du patrimoine qu’elles ont accumulé. De ce point de vue, le principe d’équité entre les générations serait plutôt respecté, a fortiori si l’on prend en compte le fait que celles nées dans les décennies 1940 à 1960 ont plutôt bénéficié d’une situation économique favorable par rapport aux personnes qui intègrent aujourd’hui le marché du travail.

Cette logique est aujourd’hui en vigueur pour l’attribution de l’aide sociale à l’hébergement, allocation versée par les départements aux personnes âgées dont les ressources sont inférieures aux frais d’hébergement. Après le décès du bénéficiaire, la collectivité qui a financé son accueil peut effectuer un prélèvement sur son héritage correspondant à la somme avancée.

Réforme des droits de succession

Mais cette logique ne permet pas de dégager des moyens suffisants pour le financement d’une véritable politique en faveur du grand âge et de la prise en charge de la dépendance. Surtout, elle ne permet pas d’assurer le principe d’équité au sein de chaque génération.

Face à ce constat et dans ce contexte de besoins, il serait légitime d’adopter une approche de financement collective reposant sur une réforme des droits de succession, qui prévoirait notamment un prélèvement additionnel sur les plus gros héritages. Cela permettrait de dégager des montants significatifs sans augmenter la fiscalité sur l’immense majorité des successions.

Lire aussi la tribune :    Bien-vieillir : « Une loi sur l’autonomie donnerait une direction stratégique claire 

Dans une note publiée en décembre 2021, le Conseil d’analyse économique esquissait plusieurs scénarios de réforme de la fiscalité des successions. Il démontrait qu’il serait possible de dégager au moins 10 milliards d’euros supplémentaires par an, tout en ayant un impact nul – voire permettant une réduction fiscale – pour 99 % des ménages. Il s’agirait, en somme, de mettre l’héritage au service du grand âge.

Il est possible de financer une politique publique ambitieuse sans en faire peser la charge sur les générations futures, tout en réduisant les inégalités. Le diagnostic est connu et les solutions existent : au gouvernement, désormais, de faire preuve de volonté.

Lucie Castets est professeure associée à l’université Paris-Dauphine et conseillère au cabinet de la Mairie de Paris ; Antoine Guillou est adjoint (PS) à la maire de Paris, Anne Hidalgo, chargé des ressources humaines, du dialogue social et de la qualité du service public.

Lucie Castets(Professeure associée à Paris-Dauphine) et  Antoine Guillou(Adjoint (PS) à la maire de Paris)

REPORTAGE. Comment les Ehpad font face à la canicule dans le Tarn

ABONNÉS

A Saint-Sulpice, l'Ehpad a embauché 4 jeunes dont la mission est de donner à boire à chacun des 82 résidents.A Saint-Sulpice, l’Ehpad a embauché 4 jeunes dont la mission est de donner à boire à chacun des 82 résidents. DDM – EMILIE CAYRE

Canicule et fortes chaleurs,  Séniors,  Santé

Publié le 21/08/2023 à 16:46

https://www.ladepeche.fr/2023/08/21/reportage-comment-les-ehpad-font-face-a-la-canicule-dans-le-tarn-11406868.php

Richard Bornia et Jean-Claude Clerc

l’essentiel

Le thermomètre s’affole, la chaleur de jour comme de nuit menace les plus fragiles. Dans les maisons de retraite, c’est la mobilisation générale pour éviter que la canicule dégrade la vie des résidents. Reportage, dans le Tarn, à Serviès et à Saint Sulpice La Pointe.

Maison de retraite le Pré fleuri à Servies, le soleil est à son zénith. Alors que « ça cogne » dehors, chacun est à sa place : certains sont dans le hall profitant d’une animation, d’autres sont assis dans les parties communes regardant la télé ou jouant, alors que d’autres ont préféré faire une petite sieste. 

Avec les bibliothèques ou la chapelle qui peut servir pour différents cultes, les 68 résidents ne manquent pas d’espace même si en ce jour de canicule les abords arborés du bâtiment ne sont pas fréquentés. « Toutes les pièces communes et les couloirs sont climatisés permettant aussi de rafraîchir les chambres. Avec le plan bleu il y a un processus pour aérer le matin, si la température le permet. La température des pièces communes est contrôlée deux fois par jour et il y a plusieurs tournées d’hydratation chaque jour », explique Laurie Guilhot, directrice de l’établissement. 

Perfusions en cas de déshydratation

Le plan bleu est déclenché lors des fortes chaleurs pour venir en aide aux populations les plus fragiles et notamment les plus âgés. En cas d’urgence, à Serviès, la structure médicalisée est parée pour réaliser des perfusions en cas de déshydratation. Aides-soignants, infirmières, médecin, psychologue, responsable qualité, ergothérapeute, agents de service hôtelier, d’entretien et administratifs et les trois cuisiniers qui travaillent en « fait maison », tous redoublent de vigilance ces jours-ci. 

À Saint Sulpice, à la résidence « Chez Nous », des dispositions identiques ont été prises pour le confort des résidents. « Le matin est consacré aux toilettes. C’est un travail épuisant pour nous. Le plus souvent on ressort des salles de bains, trempées de sueur », raconte Sandra, 47 ans, aide-soignante. 

Les consignes sont empreintes de bon sens : des résidents pas trop vêtus et une surveillance de tous les instants de l’hydratation.
Les consignes sont empreintes de bon sens : des résidents pas trop vêtus et une surveillance de tous les instants de l’hydratation. DDM – EMILIE CAYRE

Les équipes de nuit passent plusieurs fois dans les chambres pour vérifier la qualité de sommeil des résidents. « On aère pour faire circuler l’air, mais il est difficile de laisser les fenêtres grandes ouvertes avec ces maudits moustiques », ajoute une de ses collègues Marie-Pierre, 57 ans. 

Les consignes sont empreintes de bon sens : des résidents pas trop vêtus et une surveillance de tous les instants de l’hydratation. « La sensation de soif diminue avec l’âge. Nous avons embauché 4 jeunes dont l’unique mission est de donner à boire à chacun des 82 résidents dont la moyenne d’âge est de 89 ans. C’est essentiel », souligne Audrey Growas, la directrice. 

Ici, le temps a pris une autre importance

Dans la salle commune, la grande majorité des personnes âgées tue le temps. Certaines somnolent, d’autres lisent ou font un brin de causette. Des familles sont venues pour partager avec leur mère ou leur père un moment de tendresse. 

Jacques habite Mézens. Jeanne, sa maman de 96 ans, ne pouvait plus vivre chez elle. « Le maintien à domicile était impossible. Les infirmières ne pouvaient plus assumer. C’est elle qui a décidé de venir vivre ici. » Paradoxalement, malgré la chaleur, Jeanne est frileuse. Vêtue d’un gilet, elle demande qu’on lui pose un châle sur les épaules. « Le temps change vite », sourit-elle. 

Ce soir, ce sera à nouveau une grande négociation avec le personnel de nuit. « Elle tient en plus de la chemise de nuit à mettre une robe de chambre », rapporte une aide-soignante en lui portant un regard affectueux. Dans cette salle commune, on n’entend pas de plainte, aucune colère contre cette foutue fournaise, ici le temps a pris une autre importance qui n’a rien à voir avec les conditions météorologiques.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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