*Plus de 130 pays affectés par la dengue, « dont l’expansion progressive semble ne connaître aucune limite »
Selon l’OMS, plus de quatre millions de cas pourraient être enregistrés en 2023. En France, 227 cas importés ont été signalés depuis mai, mais encore aucun cas autochtone.
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La moitié de la population mondiale est désormais exposée à la dengue. Plusieurs experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont rappelé cette estimation, mercredi 2 août, dans le cadre d’une réunion d’information en ligne sur la dengue, mettant en garde contre la progression de cette infection virale transmise aux humains par le biais de certaines espèces de moustiques.
« Plus de 130 pays sont affectés par la dengue, qui impacte désormais tous les continents, y compris l’Europe depuis les années 2010 », a relevé Raman Velayudhan, chef de l’unité Santé publique vétérinaire, lutte antivectorielle et environnement à l’organisation onusienne. « La dengue est une maladie qui pose un obstacle fort à la santé mondiale, dont l’expansion progressive semble ne connaître aucune limite », a ajouté Ibrahima Socé Fall, directeur du programme mondial de lutte contre les maladies tropicales négligées de l’OMS.
Avec 5,2 millions de cas dans 129 pays, l’année 2019 a été la plus meurtrière de ces vingt dernières années. Après un relatif répit en 2020-2021 pendant la période Covid-19, le monde est en passe d’enregistrer « plus de quatre millions »de cas en 2023, ce qui dépendra principalement de la saison de la mousson en Asie, a précisé Raman Velayudhan, l’association de la pluie et des températures élevées favorisant l’éclosion des œufs de moustiques.
Majorité de cas asymptomatiques
Sur le continent américain, plus de trois millions de cas ont déjà été enregistrés depuis le début de l’année. Si le Brésil concentre la plupart des cas, la maladie s’étend désormais aux Etats situés plus au sud, comme la Bolivie, le Paraguay et le Pérou, qui étaient auparavant trop froids pour l’Aedes aegypti, principal vecteur de la maladie dans cette région du monde.
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La progression de ce moustique – et de son cousin Aedes albopictus – est en effet portée en grande partie par le réchauffement climatique, par le biais de l’augmentation générale des températures et les changements intervenant dans les régimes de précipitations. Dans une étude parue en avril dans la revue Plos Neglected Tropical Diseases, des chercheurs américains ont estimé que dans la plupart des Etats brésiliens, le potentiel épidémique allait augmenter de 10 % à 20 % d’ici à 2040.
L’Asie, et plus particulièrement l’Asie du Sud-Est, est une des régions du monde les plus touchées et concentre 70 % du fardeau de la mortalité mondiale. Au Bangladesh, quelque 240 morts ont été comptabilisés depuis le début de l’année, et 234 aux Philippines. Si la grande majorité des cas sont asymptomatiques – ce qui complique le suivi épidémiologique de la maladie –, la dengue peut s’avérer mortelle. Les premiers symptômes de la maladie – forte fièvre, maux de tête sévères, douleurs musculaires, nausées – ne lui sont pas spécifiques et peuvent être confondus avec ceux d’autres pathologies. Seul un dépistage peut alors confirmer la présence du virus.
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Maladie endémique aux Antilles
En Europe, la maladie a fait son apparition avec l’arrivée de l’Aedes albopictus, un moustique aux capacités d’adaptation hors du commun. Depuis, l’Espagne, l’Italie et la France sont considérées comme des hot spots. En France, l’année 2022 a été marquée par une épidémie jugée « exceptionnelle » par Santé publique France, avec 378 cas importés et neuf épisodes de transmission autochtone totalisant 66 cas de contamination sur le sol français.
En 2023, aucun cas autochtone n’a encore été signalé, mais 227 cas importés ont déjà fait l’objet de signalements depuis le 1er mai, dont 77 en Ile-de-France, 35 en Nouvelle-Aquitaine, 24 en Occitanie, 22 en Auvergne-Rhône-Alpes et 22 en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Un tiers de ces voyageurs dépistés positifs au virus de la dengue revenaient des Antilles, où la maladie est endémique depuis plus de dix ans. Depuis le début de l’année, plus de 250 cas ont été notifiés à l’Agence régionale de santé de Martinique et 425 cas cliniquement évocateurs de dengue ont été enregistrés par celle de Guadeloupe.
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Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, où opère l’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen, 28 cas ont été signalés depuis le début de la saison et 20 traitements réalisés. « Mais le plus gros est devant nous et les choses s’accélèrent avec les retours de vacances », précise Grégory L’Ambert, responsable du pôle de lutte préventive contre l’Aedes albopictus.
Dans les régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, où la société Altopictus est chargée de démoustiquer autour des cas avérés de dengue, 106 enquêtes avaient été menées au 2 août, menant à 87 traitements de zones jugées potentiellement à risque, soit par la pulvérisation d’insecticide ou de larvicide, soit par la pose massive de pièges dans les endroits sensibles, par exemple aux abords de rivières. A titre de comparaison, à la même date l’année précédente, seuls 47 enquêtes et 34 traitements avaient été activés. « Le nombre de cas importés augmente le risque de cas autochtones mais ne préjuge pas du bilan de la fin de saison », avertit Charles Tizon, directeur d’Altopictus. En mai et juin, le réseau de surveillance de la société avait relevé deux à trois fois plus d’œufs de moustiques que l’année précédente, en raison des pluies régulières et des températures plus élevées que la normale.
Deux cas autochtones de dengue repérés dans les Bouches-du-Rhône
Depuis le 1er mai, plus de 227 cas importés de l’étranger ont déjà fait l’objet de signalements au niveau national.
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Il s’agit des premiers cas autochtones de la saison estivale. Deux personnes résidant ensemble à Gardanne, près de Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, ont été identifiées comme porteuses du virus de la dengue alors qu’elles n’avaient pas voyagé en zone contaminée avant l’apparition de leurs symptômes. Cela signifie qu’elles ont attrapé la maladie sur le territoire français, par l’intermédiaire d’un moustique-tigre – Aedes albopictus de son vrai nom. Un premier signal pris au sérieux par l’Agence régionale de santé (ARS) de Provence-Alpes-Côte d’Azur, alors que le nombre de moustiques-tigres ne fait qu’augmenter sur le territoire métropolitain depuis son arrivée en 2004 à Menton.
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« Pour éviter la propagation de la maladie, une démoustication a été réalisée [vendredi matin] dans un rayon de 200 mètres dans le quartier de lieu de résidence des cas (voie publique, jardins privés) », précise l’ARS dans un communiqué vendredi 4 août. Il s’agit de la procédure standard dans les cas de transmission autochtone, complétée par une enquête en porte-à-porte dans le quartier concerné pour identifier d’éventuelles autres personnes présentant des symptômes évoquant la maladie. « Un second passage sera réalisé la semaine prochaine pour être certain que tout risque est éliminé », précise Grégory L’Ambert, responsable du pôle de lutte préventive contre l’Aedes albopictus à l’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen (EID-Med), acteur historique de la lutte contre les moustiques dans le pourtour méditerranéen.
La démoustication consiste à pulvériser de la deltaméthrine, un pesticide de la famille des pyréthrinoïdes, autour des cas autochtones ou importés par des voyageurs contaminés. Pourquoi dans un rayon de 200 mètres ? Le moustique-tigre est connu pour se déplacer de manière limitée autour de son point d’éclosion, une distance estimée à environ 150 mètres par les entomologistes.
Pose massive de pièges
La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui comporte le plus grand nombre de communes colonisées par Aedes albopictus, fait l’objet d’une surveillance particulière. En 2022, cinquante-deux cas autochtones y ont été documentés sur les soixante-six repérés en France, lors d’une épidémie jugée « exceptionnelle » par Santé publique France. Depuis le début de la saison 2023, seuls vingt-neuf cas importés y ont jusque-là été signalés et vingt traitements réalisés. « Mais le plus gros est devant nous et les choses s’accélèrent avec les retours de vacances », précise M. L’Ambert.
En l’occurrence, le cas index, à partir duquel le couple de Gardanne a probablement été contaminé, a bien été identifié ; il revenait de Martinique. Ce dernier « a été traité correctement mais ces deux cas sont apparus juste à l’extérieur de la zone traitée, ce qui est plutôt rare », relève M. L’Ambert.
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Depuis le 1er mai, au moins 227 cas importés ont déjà fait l’objet de signalements au niveau national. Un tiers d’entre eux revenaient des Antilles, où la maladie est endémique depuis plus de dix ans. Cette année, 89 cas ont été confirmés en Martinique et 61 en Guadeloupe, mais de très nombreuses personnes ont des symptômes évocateurs de la pathologie sans avoir été formellement dépistées. Les deux collectivités d’outre-mer ont été placées en phase de risque épidémique, selon un bulletin publié vendredi.
Dans les régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, où la société Altopictus est chargée de démoustiquer autour des cas avérés de dengue, aucun cas autochtone n’a encore été identifié, mais 107 enquêtes avaient été menées au 4 août, menant à 88 traitements. Dans les endroits sensibles, une alternative à la pulvérisation d’insecticide toxique pour les humains et la faune consiste à déposer des larvicides dans les gîtes larvaires, où les femelles moustiques déposent leurs œufs. Aux abords des rivières, les experts proposent également la pose massive de pièges.
Plus de 130 pays sont affectés
A titre de comparaison, à la même date l’année précédente, seuls 47 enquêtes et 34 traitements avaient été activés dans ces deux régions. « Le nombre de cas importés augmente le risque de cas autochtones mais ne préjuge pas du bilan de la fin de saison », avertit Charles Tizon, directeur d’Altopictus, qui note que le taux de traitement par enquête a augmenté de près de 80 % depuis 2019. Un indice de la plus grande vigilance des autorités sanitaires.
Malgré tout, le début de la saison, en mai et juin, a été marqué par une présence inhabituellement forte de moustiques. Le réseau de surveillance de la société a en effet relevé deux à trois fois plus d’œufs de moustiques que l’année précédente, en raison des pluies régulières et des températures plus élevées que la normale.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, la moitié de la population mondiale est désormais exposée à la dengue, plus de 130 pays étant affectés, sur tous les continents. Le monde est en passe d’enregistrer « plus de quatre millions » de cas en 2023, a précisé Raman Velayudhan, chef de l’unité Santé publique vétérinaire, lutte antivectorielle et environnement à l’organisation onusienne, dans le cadre d’une réunion d’information en ligne sur la maladie, mercredi. La plupart des cas sont actuellement concentrés dans la région des Amériques, où plus de trois millions de cas ont déjà été enregistrés depuis le début de l’année, particulièrement au Brésil.
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