Publié le 03/08/2023 https://www.jim.fr/medecin/actualites/medicale/e-docs/glaucome_la_pollution_dans_lil_du_cyclone_198382/document_actu_med.phtml?autologin=Y5NQy38AAQEAABZ3tx8AAAAK
Glaucome : la pollution dans l’œil du cyclone

Le glaucome, neuropathie optique dégénérative progressive, est la seconde cause de cécité dans le monde. La tomographie en cohérence optique (OCT), qui permet d’analyser les différentes couches de la rétine et particulièrement le tissu nerveux rétinien, permet de suivre l’amincissement progressif de la couche des fibres nerveuses de la rétine, caractéristique du glaucome.
Plusieurs études épidémiologiques, menées au Canada, en Chine, à Taïwan ou au Royaume-Uni, ont suggéré un lien entre l’exposition à la pollution de l’air et le risque de glaucome. Une équipe française vient de publier les résultats de la première étude prospective sur le sujet, incluant 683 personnes âgées de plus de 75 ans, habitant Bordeaux.
L’épaisseur de la couche des fibres nerveuses rétiniennes péri papillaires a été mesurée par OCT tous les 2 ans, de 2009 à 2020. Parallèlement, l’exposition à la pollution de l’air (particules PM2,5, carbone suie et dioxyde d’azote) était estimée en fonction de l’adresse de résidence, à l’aide de données détaillées intégrant les relevés de contrôle de la qualité de l’air, les conditions météorologiques et géographiques autour des domiciles, pendant les 10 années précédant la première mesure d’épaisseur des couches rétiniennes.
Atteinte rétinienne plus marquée pour les plus exposés
A l’entrée dans l’étude, l’épaisseur moyenne de la couche des fibres nerveuses rétiniennes péri papillaires était de 90 μm pour chaque œil. Les données de suivi confirment le lien entre l’exposition à la pollution de l’air et l’amincissement de la couche des fibres nerveuses de la rétine. Il apparaît en effet que les participants exposés aux concentrations les plus élevées de PM2,5 et de carbone suie, au cours des années précédant la première mesure par OCT, présentent un amincissement plus rapide de cette couche rétinienne pendant le suivi. Les expositions les plus élevées sont associées à une perte d’épaisseur de 0,28 μm/an par augmentation interquartile pour les PM2,5, et de 0,26 μm/an par augmentation interquartile pour le carbone suie. Cette association n’est pas retrouvée avec le dioxyde d’azote.
Les auteurs précisent que cette association est observée pour des expositions aux PM2,5 se situant entre 16 et 25 μg/m3, c’est-à-dire inférieures aux seuils de pollution fixés par l’Union européenne, mais supérieures à celles recommandées par l’OMS en 2021, qui sont de 5 μg/m3pour les particules PM2,5, aucun seuil n’étant encore fixé pour le carbone suie. Il s’agit pour eux d’un argument supplémentaire pour modifier les normes et les rendre conformes aux recommandations de l’OMS.
Dr Roseline Péluchon
RÉFÉRENCE
Gayraud L et coll. : Association of long-term exposure to ambient air pollution with retinal neurodegeneration: the prospective Alienor study. Environ Res. 2023 Sep 1;232:116364.