Le nouveau ministre Aurélien Rousseau opposé à la régulation à l’installation des médecins : « La coercition n’est pas la solution »
Par L. C. le 31-07-2023 https://www.egora.fr/actus-pro/politique-de-sante/81717-le-nouveau-ministre-aurelien-rousseau-oppose-a-la-regulation-a-l#xtor=EPR-3-1%5BNews_En_Bref%5D-20230731-%5B_1%5D

Dans un entretien accordé au Monde, le nouveau ministre de la Santé s’est montré favorable au partage de tâches et à la coopération entre soignants pour faire face à la désertification médicale.
« Je fais partie de ceux qui pensent que la coercition n’est pas la solution, parce qu’elle ne fonctionne pas quand il n’y a pas assez de médecins, a déclaré Aurélien Rousseau ce lundi 31 juillet dans un entretien accordé au Monde. Elle provoque, au contraire, un phénomène de fuite. » Nommé il y a précisément onze jours au poste de ministre de la Santé, l’ex-directeur de cabinet de la Première ministre s’est exprimé officiellement sur l’épineux sujet de la désertification médicale.
Alors que les propositions de régulation à l’installation des médecins fusent de toute part, Aurélien Rousseau s’y est montré fermement opposé, à l’instar de son prédécesseur. L’ancien directeur général de l’ARS Ile-de-France a dit vouloir privilégier « le collectif » et « le dialogue » plutôt que la contrainte. « La coopération entre professionnels est un puissant levier de changement, de même que le partage de tâches, ou encore le recours à des assistants médicaux pour soulager le travail des médecins libéraux », a-t-il estimé.
Un défi de taille qui consiste à « libérer du temps médical », en attendant que « la levée du numerus clausus » ne produire « ses effets ».
Comme sa collègue Agnès Firmin Le Bodo, Aurélien Rousseau a dit ne pas croire « à la ‘cathédrale’ législative » : « pour avancer, il faut convaincre et partir du terrain« , a-t-il martelé. « Nous avons rarement vécu un tel alignement des planètes, une telle conscience de tous les acteurs qu’il faut faire bouger les lignes. Quand bien même c’est sous la pression. »
« Aux urgences, la situation est extrêmement tendue »
Le nouveau locataire de l’avenue de Ségur s’est également exprimé sur la crise de l’hôpital, et notamment des urgences. Selon lui, « la situation est extrêmement tendue ». « On ne s’en sortira qu’en étant extrêmement transparent sur ce que l’on traverse », a-t-il estimé. Si « la crise estivale a été mieux anticipée » notamment grâce à la boîte à outils déployées par le précédent Gouvernement (régulation par le 15, déploiement des SAS « qui avancent rapidement et couvrent d’ores et déjà plus de la moitié de la moitié de la population »), « il est certain que c’est parfois un fonctionnement dégradé ».
« On ne peut se satisfaire, dans notre pays, d’avoir des endroits où les urgences restent portes closes la nuit, il n’est pas possible d’en faire durablement une solution », a jugé le nouveau ministre de la Santé. Selon lui, ce sont surtout les établissements « où il y avait le plus d’intérimaires » qui souffrent aujourd’hui. « La carte extrêmement fine sur laquelle a travaillé mon prédécesseur, François Braun, qui a mené cette réforme indispensable et courageuse de l’intérim médical, nous sert aujourd’hui à piloter et identifier les risques de l’été. »
Aurélien Rousseau a détaillé certaines de ses priorités pour sortir de cette crise. Estimant que « le travail de nuit est un sujet majeur », il présentera « dans les prochaines semaines », « un plan de mesures pérennes sur ce sujet et celui de la permanence des soins », a-t-il annoncé. En outre, il a estimé que, « bien que fondamentales », « les revalorisations massives du Ségur de la santé de l’été 2020 n’ont pas, à elles seules, suffi à rétablir l’attractivité ». « Le curseur financier ne peut être le seul pour changer radicalement la donne : il y a un sujet managérial, sur l’encadrement des équipes, l’organisation des plannings, l’autonomie laissée à l’échelle des services… »
L’ancien directeur de l’ARS Ile-de-France, en poste durant l’épidémie de Covid-19, a ajouté que les soignants, après avoir fait face à la crise sanitaire, sont « fatigués des discours héroïques sur leur métier, ils veulent des actes, des perspectives, de la reconnaissance et, surtout, pouvoir faire leur travail : soigner ».
[avec Le Monde]