Le président de l’université de Stanford contraint de démissionner après les révélations d’un étudiant sur ses recherches
Par M.G. le 24-07-2023 https://www.egora.fr/actus-pro/international/81606-le-president-de-l-universite-de-stanford-contraint-de-demissionner#xtor=EPR-3-1%5BNews_En_Bref%5D-20230726-%5B_1%5D

A seulement 18 ans, Théo Baker, étudiant à l’université de Stanford (Etats-Unis) a publié un article dans le journal de l’école, qui a engendré la démission de son président.
L’histoire commence à l’automne 2022, Théo Baker, 18 ans, vient tout juste de faire sa première rentrée à l’Université de Stanford (Etats-Unis). Il intègre la rédaction du journal de l’université, le Stanford Daily, et commence à écrire des articles. A l’automne 2022, il publie son premier article d’investigation, où il remet en cause l’intégrité du Pr Marc Tessier-Lavigne, le président de l’établissement, en fonction depuis 7 ans. Ce dernier, chercheur en neurobiologie aurait, d’après l’article, dissimulé des erreurs et falsifié des données lors de travaux de recherche qu’il a dirigés. En cause notamment, une étude réalisée en 2009 sur la maladie d’Alzheimer.
L’étudiant ne s’arrête pas là : en février 2023, il écrit et publie un nouvel article dans le Stanford Daily, s’accompagnant cette fois-ci de témoignages, le plus souvent anonymes. Plusieurs d’entre eux indiquent qu’un chercheur dirigé par le Pr Marc Tessier-Lavigne aurait été surpris en train de modifier des données.
Les deux papiers provoquent un tel raz-de-marée au sein de l’établissement qu’une commission d’enquête indépendante est chargée d’étudier les travaux dirigés par le Pr Marc Tessier-Lavigne. Cette commission est composée de scientifiques extérieurs à l’université. Mais une fois que les recherches ont débuté, Théo Baker publie un nouvel article révélant qu’un des membres avait investi 18 millions de dollars dans une société de biotechnologiescofondée par le président de l’université de Stanford, engendrant un possible conflit d’intérêts.
En juillet, après cinq mois d’enquête, la commission a publié un document d’une centaine de pages, concluant qu’aucune preuve de falsification de données ni de fraude n’avait été observée, mais que “de nombreux problèmes” ont été identifiés dans plusieurs recherches dirigées par le Pr Marc Tessier-Lavigne, et qu’elles “n’étaient pas à la hauteur des normes habituelles de rigueur et de processus scientifique”. La commission alerte en particulier sur cinq articles, qui devraient faire l’objet de modifications ou de dépublications.
Le président de l’université a été contraint de démissionner de son poste. Il reste pour autant professeur de biologie au sein de l’école. Son successeur par intérim, le Pr Richard Saller, prendra ses fonctions à partir du 1er septembre 2023.
[Avec etudiant.lefigaro.fr]
La recherche scientifique américaine dans la tourmente

San Francisco, le jeudi 27 juillet 2023
– Le président de la prestigieuse université de Stanford a été contraint à la démission à la suite de la découverte de falsifications dans des études scientifiques qu’il avait supervisées.
C’est la chute de l’un des scientifiques les plus respectés des Etats-Unis. Le Pr Marc Tessier-Lavigne, considéré comme l’un des plus éminents spécialistes de la maladie d’Alzheimer et un expert mondial des neurosciences, a annoncé ce 19 juillet qu’il démissionnait de ses fonctions de président de l’université de Stanford en Californie, l’une des universités les plus prestigieuses de la planète, qui a connu une vingtaine de Prix Nobel comme professeurs. Une commission de six experts indépendants réunis par l’université a en effet conclu que quatre articles sur la maladie d’Alzheimer qu’il a publié entre 2001 et 2008 sont entachés de diverses falsifications, tels des retouches photos ou des copier-coller d’autres articles scientifiques.
C’est l’aboutissement de huit mois d’un scandale scientifique d’abord interne à l’université de Stanford mais qui a fini par ébranler toute la recherche scientifique américaine. Les falsifications présentes dans les articles signés par le Pr Lavigne ont été révélés en novembre dernier par Théo Baker, un étudiant de 18 ans, fils de journalistes new-yorkais, qui écrit dans le journal de l’université, le Stanford Daily.
« Publish or perish »
Au-delà du cas personnel du Pr Lavigne, qui a par ailleurs été autorisé à continuer à enseigner à Stanford, cette affaire révèle tout d’abord l’importante pression qui pèse sur les laboratoires et équipes scientifiques pour publier le plus d’articles possible (l’idéologie du « publish or perish » publier ou mourir « Le milieu académique se concentre de plus en plus sur des indicateurs tels que le nombre d’articles et le décompte de leur reprises par d’autres équipes ; plus l’accent est mis sur les chiffres plus les gens sont tentés de doper leur résultats » explique Elisabeth Bik, une biologiste américaine devenue experte dans la recherche de falsifications dans les articles scientifiques. Cette course aux chiffres peut ainsi pousser certains scientifiques à multiplier les articles inutiles voire à falsifier leurs résultats.
Si l’enquête de l’Université de Stanford a permis de démontrer que le Pr Lavigne n’était pas l’auteur des falsifications en question, cette culture du chiffre et l’organisation du monde scientifique rendait impossible pour lui d’empêcher ces manquements. Le Pr Lavigne a ainsi co-signé environ un article scientifique tous les deux mois pendant 32 ans, alors qu’il devait par ailleurs donner des cours, exercer des fonctions administratives et qu’il a dirigé plusieurs entreprises de biotechnologie. Une hyperactivité valorisée dans le monde scientifique mais pas forcément gage d’un travail de qualité et d’un contrôle efficace de l’activité de ses subordonnés.
Les revues scientifiques font leur auto-critique
Le scandale survenu à Stanford n’a pas seulement éclaboussé le Pr Lavigne et la course aux chiffres des laboratoires, mais a également remis en cause l’intégrité des grandes revues scientifiques anglosaxonnes. En effet, si l’affaire a été révélée en novembre dernier par le Stanford Daily, les falsifications présentes dans les articles signés par le Pr Lavigne avaient en réalité déjà été mises en lumière sur internet depuis une dizaine d’années, notamment sur le site PubPeer, où les scientifiques sont invités à commenter les publications.
Les revues Nature, Science et Cell, parmi les plus prestigieuses dans le monde, ont ainsi toutes reconnues avoir eu vent de ces falsifications en 2015, sans avoir agi pour retirer les articles, signe de la difficulté de ces grandes revues à s’autocorriger. « Nous regrettons cette erreur, nous nous excusons auprès de la communauté scientifique et avons depuis signifié à nos lecteurs l’existence de ces éléments » a reconnu la revue Science.
Fort heureusement, face à l’explosion des publications scientifiques (plus de 6,4 millions d’articles publiés en 2022), le monde de la recherche commence à s’auto-réguler. De plus en plus de chercheurs se sont en effet donné pour mission de traquer ces falsifications et de faire retirer les articles mensongers, notamment en utilisant des logiciels spécialisés. L’informaticien français Guillaume Cabanac a ainsi créé un algorithme détectant les plagiats et est à l’origine de la rétractation de plus de 1 000 articles. En 2021, il a été nommé parmi les dix scientifiques les plus influents du monde…par la revue Nature.
Quentin Haroche