Publié le 24/07/2023
Hydrocarbures aromatiques polycycliques, un facteur environnemental de risque de PR

Par rapport aux témoins, les personnes qui présentent des taux élevés d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans l’urine ont un risque doublé de polyarthrite rhumatoïde (PR), selon les résultats d’une étude transversale américaine publiée dans BMJ Open.
Entre 1990 et 2017, la prévalence de la polyarthrite rhumatoïde (PR) a augmenté de 19 % en Amérique du Nord. Dans ce contexte, l’identification précoce des facteurs de risque pourrait devenir cruciale. Reste à préciser ces facteurs de risque. La polyarthrite rhumatoïde est considérée comme une maladie d’origine multifactorielle résultant à la fois de facteurs génétiques et de facteurs environnementaux, notamment le tabagisme, l’amiante et la poussière dans l’industrie textile. Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) – qui sont libérés lors de la combustion du tabac, du charbon, du pétrole, du bois, du gaz, ainsi que lors des grillades de viande – sont associés à des phénomènes inflammatoires et auto-immunitaires. C’est aussi le cas des phtalates, des plastifiants et des composés organiques volatils (COV).
D’où l’idée de Michelle Beidelschies et coll. (Cleveland, États-Unis) d’étudier un éventuel lien entre HAP (issus du tabac ou non), COV, phtalates et polyarthrite rhumatoïde. Dans cette étude transversale, les chercheurs ont évalué l’association entre l’exposition à ces substances toxiques environnementales et la PR chez des adultes en population générale, grâce aux données de la cohorte américaine NHANES (National Health and Nutritional Examination Survey).
L’étude, menée entre 2007 et 2016, a inclus au total 21 987 adultes dont 1 418 chez qui un diagnostic de polyarthrite rhumatoïde avait été posé. Chez 7 000 patients environ, les taux de HAP et de phtalates ont été mesurés dans l’urine et les COV dosés dans le sang. Après ajustement sur les co-variables (sexe, âge, indice de masse corporelle, tabagisme, activité physique…), les chercheurs ont constaté que les participants qui présentaient le quatrième quartile supérieur (le plus élevé) de divers HAP présentaient un risque significativement accru de PR par rapport au premier quartile (taux le plus faible), avec un odds ratio de 2,2.
En analysant ces résultats composé par composé, le risque de polyarthrite rhumatoïde était significativement accru de 80 % chez les participants du quartile ayant le taux le plus élevé en 1-hydroxynaphtalène, par rapport au premier quartile. Il n’y avait pas d’association significative pour les autres HAP en analyse multivariée. Aucune association significative entre polyarthrite rhumatoïde et taux urinaire de phtalates et plastifiants ou taux sanguin de composés organiques volatils n’a été retrouvée.
Les auteurs proposent une conclusion en trois points. Premièrement, les HAP sont significativement associés à la PR. Deuxièmement, les HAP interviennent largement dans la relation entre le tabagisme et la PR. Une analyse du lien de médiation causale leur a permis de déterminer que 90 % de l’effet du tabagisme sur le risque de polyarthrite rhumatoïde était dû au taux de HAP. Troisièmement, les HAP sont présents chez les non-fumeurs et sont significativement associés à la PR. La lutte contre le tabagisme devra donc être aussi associée à une lutte contre la pollution environnementale pour être dotée d’un impact sur les cas induits de PR.
Cet article a d’abord été publié sur MediQuality le 04/07/2023
Dr Isabelle Catala
RÉFÉRENCE
Beidelschies M, Lopez R, Pizzorno J, et al. Polycyclic aromatic hydrocarbons and risk of rheumatoid arthritis: a cross-sectional analysis of the National Health and Nutrition Examination Survey, 2007-2016. BMJ Open. 2023 May 9;13(5):e071514. doi: 10.1136/bmjopen-2022-071514.