Publié le 21/07/2023 https://www.jim.fr/medecin/actualites/pro_societe/e-docs/le_bapteme_du_feu_daurelien_rousseau_198212/document_actu_pro.phtml?autologin=Y5NQy38AAQEAABZ3tx8AAAAK
Le baptême du feu d’Aurélien Rousseau

Paris, le vendredi 21 juillet 2023 – Nommé ministre de la Santé, Aurélien Rousseau a pris son poste ce vendredi pour participer à son tout premier Conseil des ministres. Les réactions du monde de la santé à cette nomination sont pour le moment plutôt positives.
Les choses peuvent aller très vite en politique. Ce lundi, Aurélien Rousseau quittait son poste de chef du cabinet de la Première Ministre Elisabeth Borne et s’apprêtait à prendre des vacances bien méritées, dans l’optique de devenir directeur général adjoint de la Caisse des dépôts à la rentrée. A peine trois jours plus tard, le voilà propulsé ministre de la Santé, à la tête de l’un des portefeuilles les plus importants du gouvernement. Pour la petite histoire, si l’on en croit les journalistes de Libération, la nomination de cet énarque de 47 ans aurait été un choix de dernière minute du Président de la République. Alors que l’ancien directeur de la Fédération Hospitalière de France (FHF) Frédéric Valletoux tenait la corde pour occuper le poste, ce serait le président du Modem François Bayrou qui serait intervenu pour éviter qu’un trop proche de son rival Edouard Philippe n’intègre le gouvernement.
Déjà un début de polémique
Peu importe ces combines politiciennes pour Aurélien Rousseau, dont la journée de ce vendredi est, on s’en doute, particulièrement chargée. Première étape pour le nouveau ministre, la passation de pouvoir avenue de Ségur avec l’ancien titulaire du poste, le Dr François Braun. Celui qui n’aura jamais réellement réussi à trouver sa marque au sein du gouvernement au cours de ces douze mois au poste n’a pas caché une sorte de soulagement au moment de quitter ses fonctions.
« Je me suis souvent demandé et me demande encore ce qui a poussé un urgentiste de province, un membre de la société civile comme ils disent, à s’embarquer dans cette aventure » a confessé l’ancien ministre, avant de remercier comme il se doit le Président de la République et de souhaiter bonne chance à son successeur. « Je suis soulagé de laisser cette belle administration et cette rude tache à un homme que je connais, que j’apprécie depuis longtemps et qui connait parfaitement les enjeux à venir ». Pas le temps de s’émouvoir de ces belles paroles pour Aurélien Rousseau, qui a ensuite pris la direction de l’Elysée pour son tout premier Conseil des ministres.
A peine nommé, Aurélien Rousseau se retrouve déjà au cœur d’un début de polémique. Certains journalistes pointent en effet du doigt un risque de conflit d’intérêt pour le nouveau ministre, son épouse Marguerite Cazeneuve étant la directrice déléguée de l’Assurance Maladie (encore qu’on voit mal où réside le conflit d’intérêt, le ministère de la Santé et la CNAM poursuivant a priori des objectifs semblables). « C’est la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP), une autorité indépendante, qui devra statuer » s’est contenté de réagir Olivier Véran, porte-parole du gouvernement.
Une nomination plutôt bien accueillie (pour l’instant)
Les premières réactions de syndicats de médecins libéraux et hospitaliers à la nomination d’Aurélien Rousseau sont tombées ce jeudi après-midi, dont il ressort une sorte de neutralité bienveillante à l’égard de ce dernier. Le nouveau ministre a laissé plutôt un bon souvenir après son passage à la direction de l’Agence régionale de Santé (ARS) d’Ile-de-France, où sa gestion de l’épidémie de Covid-19 a été unanimement saluée, mais les syndicats attendent de voir les premières actions du nouveau ministre avant de donner un avis définitif.
« Lors de la crise du Covid, à la tête de l’ARS d’Ile-de-France, il a su sortir de la doxa » rappelle le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML. « C’est quelqu’un avec qui on peut discuter, il maitrise ses dossiers et connait le monde libéral » salue le Dr Agnès Giannotti, présidente de MG France, qui lui souhaite « bon courage pour construire un nouveau système de santé ». « Il est connu pour ses prises de position à la défense des hôpitaux publics » se félicite l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH). « Aurélien Rousseau a un profil technocratique pur, j’attends de voir sa feuille de route » commente, plus circonspecte, le Dr Sophie Bauer, présidente du SML. Seule voix discordante, celle du Dr Christian Prudhomme, porte-parole de l’association des médecins urgentistes de France (AMUF) qui se dit « très inquiet de la nomination d’Aurélien Rousseau », qu’il qualifie de « ultra-libéral », et craint une « accélération de la politique de destruction de l’hôpital public ».
A noter deux autres nominations ce jeudi intéressant le monde de la santé, celle d’Aurore Bergé comme ministre des Solidarités et de Fadila Khattabi comme ministre déléguée aux Personnes handicapées.
Quentin
Les médecins saluent la nomination au ministère de la Santé d’Aurélien Rousseau… et le mettent en garde contre la technocratie
Par Aveline Marques le 21-07-2023 https://www.egora.fr/actus-pro/politique/81589-les-medecins-saluent-la-nomination-au-ministere-de-la-sante-d-aurelien

Sa nomination est une surprise, plutôt bien accueillie par les professionnels de santé. De l’UFML aux Libéraux de santé, en passant par les syndicats de praticiens hospitaliers et le mouvement Médecins pour demain, voici un florilège des réactions du monde de la santé à l’arrivée d’Aurélien Rousseau avenue de Ségur.
Les attentes sont fortes ce vendredi, au lendemain de la nomination d’Aurélien Rousseau, ancien directeur de cabinet de la Première ministre et ancien directeur général d’Ile-de-France, au poste de ministre de la Santé et de la Prévention. Contrairement à ses trois prédécesseurs, le nouveau locataire de l’avenue de Ségur n’est pas médecin, mais haut-fonctionnaire. Son arrivée a malgré tout été saluée par l’UFML comme par Les Libéraux de santé. Le Dr Jérôme Marty, président du syndicat de médecins libéraux, a loué sa « capacité de réaction de la crise du Covid », relevant une gestion « positive » (et « rare ») de l’ARS d’Ile-de-France.
Pour Les Libéraux de santé, qui représentent 10 syndicats de professionnels, Aurélien Rousseau « a l’expérience du monde de la santé et de ses difficultés »; « il connait très bien la réalité du système de santé et les défis auxquels les professionnels de santé libéraux sont confrontés au quotidien ». Interrogée par l’AFP, la Dre Agnès Gianotti, présidente de MG France, a estimé que le nouveau ministre était « quelqu’un avec qui on pourra échanger ».
Quant à l’Intersyndicat national des praticiens d’exercice hospitalier, il souligne qu’Aurélien Rousseau « est connu pour ses prises de position à la défense des hôpitaux publics, lesquels ont été laissés en grande souffrance jusqu’à aujourd’hui ». La Fédération hospitalière de France appelle d’ailleurs le ministre à s’atteler sans attendre à la tâche car les sujets sont « nombreux et urgents ». Et de citer l’élaboration du PLFSS 2024, « qui sera un moment de vérité pour financer à leur juste hauteur les établissements publics de santé et médico-sociaux », l’attractivité des carrières médicales et paramédicales et le Grand âge, « pour lequel une grande loi de programmation est plus que jamais urgente ».
L’UFML et le mouvement Médecins pour demain mettent toutefois en garde le ministre de la Santé contre la technocratie. « Monsieur le Ministre, il va vous falloir tourner le dos au logiciel habituel de ce ministère marqué par la trop grande prééminence de l’administration, une administration qui étouffe en quelques semaines les ministres les uns après les autres… », alerte le syndicat de médecins libéraux. « Nous attendons de vous que vous sortiez des bricolages et de la pensée magique. » « Notre système sanitaire est notre bien commun, vous avez montré pendant le Covid votre capacité à agir en terre inconnue et ce n’est pas ce qui caractérise habituellement notre haute administration. Face au drame d’un secteur sanitaire en effondrement, il nous faudra faire preuve d’inventivité, et nous sommes prêts à collaborer pour y parvenir. Les médecins n’ont plus le temps d’attendre », presse l’UFML.
Si Médecins pour demain ne cache pas ses « inquiétudes quant à une dérive volontaire du Gouvernement de technocratiser la politique, loin de la France de terrain », ils espèrent que le nouveau ministre sera « à l’écoute ». « Les médecins, loin d’être les corporatistes que l’on décrit ça et là, sont des hommes et des femmes dévoués à leur tâche, qui ne demandent, au fond, qu’une seule chose : être valorisés dans leur métier, se sentir à nouveau utiles au lieu d’être injustement décriés, en un mot retrouver l’humanisme qui nous habite tous en lieu et place du stakhanovisme prôné par nos institutions », résume le mouvement de libéraux.
Aurélien Rousseau nommé ministre de la Santé

Paris, le jeudi 20 juillet 2023 –
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Enarque et conseiller d’Elisabeth Borne à Matignon, l’ancien directeur de l’ARS d’Ile-de-France remplace François Braun avenue de Ségur.
Il n’aura pas quitté le gouvernement bien longtemps. Ce lundi, Aurélien Rousseau quittait son poste de directeur de cabinet de la Première Ministre Elisabeth Borne, après 14 mois passé rue de Varenne. Officiellement, il devait devenir directeur général adjoint de la Caisse des dépôts à la rentrée. Officieusement, on le disait gêné par le tournant droitier de la politique gouvernementale, lui l’ancien militant communiste. Mais à peine trois jours après ce départ, l’énarque revient au gouvernement par la grande porte : il a été nommé ce jeudi ministre de la Santé, dans le cadre d’un remaniement ministériel qui doit redonner un nouvel élan au second mandat d’Emmanuel Macron.
Né en 1976 dans le Gard, historien de formation, Aurélien Rousseau a rejoint la haute administration sur le tard après une courte carrière de professeur de lycée, en réussissant le concours de l’ENA à 31 ans. Sortie « dans la botte » (dans les premières places du classement), il a ensuite alterné entre haute administration et cabinets ministériels (il a notamment travaillé pour Manuel Valls et Bernard Cazeneuve) avant d’être nommé directeur de l’Agence Régionale de Santé (ARS) d’Ile-de-France.
En première ligne pendant la crise sanitaire
A ce poste, il développera une forte connaissance des arcanes de l’administration hospitalière, mais surtout de la gestion de crise. C’est en effet lui qui a dû gérer les 15 premiers mois de l’épidémie de Covid-19 dans la région, entre gestion des lits de réanimation et organisation de la campagne de vaccination. Lorsqu’il quittera ses fonctions en juillet 2021, il reconnaitra être au bord du burn-out. « Toutes les nuits je me réveille en pensant à l’allocation des doses de vaccins » avait-il déclaré.
Son expérience du monde médical et hospitalier remontait en réalité à bien plus loin. En 2008, sa scolarité à l’ENA avait été brutalement interrompue par un syndrome de Guillain-Barré, qui l’avait conduit pendant plusieurs mois en réanimation. De cette expérience il avait tiré un livre, « Boucle d’or », paru en 2016, ainsi qu’un amour étrange pour l’odeur du Rivotril, un sédatif utilisé en réanimation, sa « madeleine de Proust ».
Aurélien Rousseau remplace avenue de Ségur le Dr François Braun qui, comme cela était pressenti depuis plusieurs jours, fait donc partie des ministres qui quittent le gouvernement. Il y a un an en juillet 2022, la nomination au poste de ministre de la Santé de ce médecin de terrain, chef du service des urgences de l’hôpital de Metz-Thionville et président du syndicat SAMU-Urgences de France, avait été plutôt bien accueilli et avait suscité l’espoir chez les médecins.
Pendant un an, François Braun sera resté un « invisible »
Mais en douze mois, François Braun n’aura pas réussi à relever les défis qui lui avaient été confiés par Emmanuel Macron. Les mesures de sa mission flash et sa politique de régulation à l’accès aux urgences n’ont pas réussi à résoudre la crise systémique de l’hôpital public français, loin de là et les ponts entre lui et les médecins hospitaliers français se sont définitivement coupés ces dernières semaines avec la grève des PH. Si ses relations avec les médecins libéraux étaient au départ plutôt bonnes, elles se sont par la suite fortement dégradées, avec l’échec des négociations conventionnelles durant lesquelles il s’est montré intraitable et l’adoption de la loi Rist.
Jugé « pas assez politique » dans un contexte très tendu, François Braun aura laissé l’image au sein des cercles politiques d’un ministre trop soumis à son administration. « Il se démène beaucoup, mais les résultats ne sont pas là, il est débordé, il n’imprime pas » expliquait il y a peu un conseiller du gouvernement au journal Le Parisien. Lui-même avait en quelque sorte constaté son échec à se faire une place au sein de l’exécutif en créant en avril dernier avec le ministre de l’Education Nationale Pap Ndiaye (lui aussi remercié du gouvernement) et le ministre de la Transition Ecologique Christophe Béchu le « club des invisibles », le groupe des ministres qui ne parviennent pas à se faire connaitre des Français malgré un portefeuille important. A ce titre, on peut se demander si le départ de l’avenue de Ségur ne sera pas une forme de soulagement pour le Dr Braun.
C’est donc un technocrate qui remplace un médecin, signe que le recours à la « société civile » appelé de ses vœux par Emmanuel Macron il y a un an aura vécu. Aurélien Rousseau va devoir faire face à de nombreux défis : reprise des négociations conventionnelles, pénurie de médecins et désertification médicale, crise des urgences etc. Vaut-il mieux avoir fait l’ENA ou dix ans d’étude de médecine pour résoudre les problèmes des médecins ? Aurélien Rousseau va tenter d’apporter sa réponse à cette question.
Quentin Haroche