Encore des alertes à propos de la psychiatrie et on ne voit toujours rien venir

Alerte en psychiatrie : « Ce n’est pas du soin, c’est de la maltraitance »

Date de publication : 21 juillet 2023

https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=76052c23f0f7448d0420268f8ae8ca68&id_newsletter=18629&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=18629&from=newsletter

Le Parisien

Elsa Mari livre dans Le Parisien le témoignage de Laurène qui, « comme près de 1,5 million de personnes en France, est atteinte de troubles bipolaires. La trentenaire raconte comment la maladie a déferlé avec fracas dans sa vie : perte de discernement, euphorie, dépression. En même temps, elle découvre l’hôpital, le manque de temps et les méthodes «traumatisantes» des soignants ».
La journaliste relève ainsi : « La scène lui paraît toujours irréelle. Elle, faisant des salutations au soleil, pieds nus dans le tramway. Puis en train d’errer dans la banlieue de Strasbourg croyant s’y être téléportée. Ce soir-là, une bande de jeunes appelle la police. Le rêve éveillé prend fin à la vue du panneau « hôpital psychiatrique ». Laurène sera internée trois semaines ».
« Cette nuit de 2016, l’étudiante brillante de Sciences-po verse dans la folie. Personne ne comprend cette «bouffée délirante». Ni elle, ni ses parents, il n’y avait aucun signe. Excepté, peut-être, ce stress des examens qui l’a tenue debout trois nuits d’affilée »,
note Elsa Mari.
Elle explique que « le diagnostic sera posé 4 ans plus tard. Les médecins parlent d’un coup de tonnerre dans un ciel serein : la bipolarité, responsable de ses troubles de l’humeur, va-et-vient émotionnel épuisant. À partir de cette première crise, Laurène se fait envahir par ce double étrange, tantôt ivre de bonheur, tantôt désespéré. Il oblitère son jugement, décuple son activité cérébrale. Comme l’impression d’être hors de soi. Entre les deux, la phase de rémission lui laisse peu de répit ».
Elsa Mari relève que « ces traumatismes répétés l’ont abîmée. Mais un autre l’a détruit : la «brutalité» des soignants ». Laurène déclare : « Progressivement, je reconstruis mon identité que la psychiatrie m’a volée ».
La journaliste indique notamment : « Fin juin 2016, le moulin infernal des idées noires reprend. Nouvelle rechute. Cette fois, elle est internée. Les soignants jugent le risque de suicide élevé, ils la mettent à l’isolement plusieurs jours. Sans lui expliquer, ce qui est contraire à la réglementation. Tout va très vite, à peine le temps de comprendre ».
Laurène observe : « La porte se referme. Je me retourne : il y a un matelas par terre, un pot, un filet de lumière. Ce n’est pas un soin, c’est de la maltraitance. Je crie, je frappe à la porte. Six soignants débarquent, m’attrapent par le cou et les jambes, baissent mon pantalon et me piquent au valium ».
Elsa Mari souligne que « jamais Laurène ne s’est montrée agressive. «Pourquoi violente-t-on les malades ?», répète-t-elle, sidérée. La faute, selon elle, au manque d’effectifs. «Ils ne sont pas assez, alors ils paniquent vite et préfèrent enfermer.» Alors qu’elle est internée, le médecin n’a d’ailleurs qu’un quart d’heure de consultation par semaine à lui accorder ».
Laurène poursuit : « Dans les autres hôpitaux, c’est pareil. À partir de là, j’ai développé une colère immense envers l’institution. La psychiatrie ne guérit pas. Elle ajoute du trauma au trauma ».
Elsa Mari ajoute qu’« au fil du temps, Laurène est parvenue à apprivoiser son «handicap psychique», à trouver un «ancrage» grâce à un long travail et le soutien invétéré de sa famille. Si elle rechute, elle fera tout pour éviter l’hôpital. Car longtemps les images des sangles et de cette porte qui se referme l’ont hantée. Il lui a fallu des années pour se réconcilier avec son corps ».
La jeune femme déclare : « J’ai l’impression d’avoir vécu un viol médical ».

« Drames de Reims, Annecy, Bordeaux, Paris… Le naufrage de la psychiatrie en question »

Date de publication : 21 juillet 2023 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=eafdb5c742056a72320417f7d9d35b39&id_newsletter=18629&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=18629&from=newsletter

Le Parisien

C’est ce que titre Le Parisien, qui observe qu’« une série de faits divers récents ravive le débat sur l’abandon en psychiatrie. Si c’est à la justice de se prononcer, une cinquantaine de médecins, psy, infirmiers, patients alertent sur la dégradation des soins en France. Selon eux, ces tragédies sont possibles parce que les malades sont négligés ».
Elsa Mari relève ainsi : « Bien qu’exceptionnelle, cette série de faits divers ravive le débat sur le naufrage de la psychiatrie, qualifiée depuis bien longtemps de «parent pauvre de la médecine». Après l’attaque d’Annecy, le président Emmanuel Macron ne l’a-t-il pas dit lui-même ? «Cette horreur est un symptôme de la violence de la société. Mais ne nous y trompons pas, il y a un enjeu de santé mentale. C’est un continent qui reste à conquérir.» Quand ? ».
La journaliste fait savoir que « dans une tribune […], 53 professionnels de santé, militants et patients appellent d’urgence à un sursaut : «Quand la folie n’est pas accompagnée dignement, elle peut, dans certains cas, se transformer en furie», préviennent-ils. Bien loin de stigmatiser les malades psychiques, ils dénoncent une prise en charge trop souvent défaillante ».
Elsa Mari constate : « Consultations pleines à craquer, manque de places à l’hôpital, soins dégradés… Ces drames […] obligent à réfléchir, par-delà les cas individuels «aux causes profondes et systémiques favorisant de tels passages à l’acte» ».
La journaliste souligne que « contrairement aux idées reçues, les malades mentaux sont bien plus souvent victimes de violence qu’auteurs : ils représentent moins de 2% des actes pénalement répréhensibles en France. Mais leur «abandon» constitue une véritable bombe à retardement ».
Mathieu Bellahsen, psychiatre, déclare ainsi : « Continuons à mal les soigner et il y aura de plus en plus de violence, de suicides et de drames ».
Elsa Mari relève que « la crise sanitaire a provoqué une explosion des dépressions et de l’anxiété, surtout chez les jeunes. En France, 1 personne sur 5 souffre d’un trouble psychique soit 13 millions. Or, le nombre de lits a diminué de 60% entre 1976 et 2016 selon l’inspection générale des affaires sociales et 20% des postes ne sont pas pourvus ».
Romain Sicot, responsable de l’unité de santé mentale à l’hôpital Lariboisière (Paris), souligne : « On y arrive de moins en moins. Résultat, on est parfois amené à prendre des risques, à faire sortir un patient délirant, suicidaire, en lui donnant un traitement. Chose qu’on n’aurait pas faite, il y a 2 ans. On serre les dents, en espérant que la situation s’améliore ».
Elsa Mari remarque que les signataires « dénoncent un soin expéditif et «la banalisation à toute vitesse de pratiques en principes exceptionnels : contention, chambre d’isolement, hospitalisation sans consentement» par peur des malades, épuisement, manque de patience. Des mesures strictement encadrées et normalement utilisées en dernier recours, en cas de violence.
La journaliste relève que « Mathieu Bellahsen met en garde contre ces abus qui nourrissent une «haine et une rancune grandissante à l’égard des blouses blanches et entraîne un renoncement à se soigner.» Il faut un plan d’urgence. […] La situation est si critique «que certains soignants eux-mêmes dissuadent leurs patients de se faire hospitaliser et déconseillent les urgences» ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire