Le gouvernement a adouci le ton sur la mise en place des zones à faibles émissions (ZFE) dans les métropoles

Des ZFE aux DPE, l’écologie antisociale va dans le mur

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Par Louis Hausalter

Publié le 12/07/2023 à 12:30

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Le gouvernement a adouci le ton sur la mise en place des zones à faibles émissions (ZFE) dans les métropoles. Le début d’une prise de conscience sur les injustices qu’engendre ce type de coercition au nom de la transition écologique ?

Le changement de ton est notable. Lundi 10 juillet, le gouvernement a clairement adouci son discours sur les zones à faibles émissions (ZFE), ces restrictions de circulation pour les véhicules les plus polluants que les métropoles de plus de 150.000 habitants doivent obligatoirement mettre en place. Plus question de les imposer à marche forcée. Très soucieux de consensus, le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, a commandé un rapport à des élus locaux, qui ont rendu leurs conclusions ce lundi. Dans la foulée, il a indiqué que la pollution de l’air ayant baissé dans la plupart des agglomérations, seules cinq métropoles (Paris, Lyon, Marseille, Rouen et Strasbourg), qui dépassent encore les seuils réglementaires, devront renforcer leurs restrictions, en interdisant les véhicules Crit’Air 3 en 2025. Les autres n’auront aucune autre obligation que d’exclure les véhicules les plus anciens (immatriculés avant 1997).

En clair, s’il ne change pas les règles, le gouvernement recommande aux élus locaux de ne pas faire de zèle dans le déploiement des ZFE, alors que même Lyon, métropole présidée par un écologiste, a infléchi cet hiver son calendrier de mise en place des restrictions. « C’est juste un changement de vocabulaire », minimise en off un ministre au fait du dossier. De la souplesse, mais aussi du flou, car la Commission européenne planche sur une prochaine baisse des seuils autorisés, qui conduirait à un nouveau tour de vis.

« BOMBE SOCIALE »

Les ZFE illustrent à merveille le tiraillement que l’on caricature souvent en duel entre fin du monde et fin du mois. D’un côté, la pollution de l’air serait responsable de près de 40.000 morts par an, selon Santé publique France. De l’autre, les restrictions de circulation pénalisent d’abord les ménages les plus modestes, qui n’ont pas les moyens de s’offrir une voiture propre. Hanté par le spectre d’un retour des gilets jaunes, l’exécutif multiplie les signes d’apaisement.

Mais si le gouvernement donne un coup de frein sur les ZFE, en sera-t-il de même pour les DPE, ces diagnostics de performance énergétique qui mesurent l’isolation des logements ? Depuis janvier, les biens les plus énergivores sont interdits à la location. En 2025, ce sera le cas de tous les logements classés G, puis les F en 2028 et les E en 2034. De quoi tendre un peu plus le marché immobilier. Une future « bombe sociale », estime en privé Marine Le Pen, qui a flairé une brèche politique à exploiter, elle qui pourfendait une « écologie punitive » dans son discours du 1er mai, au Havre.

On pourrait citer un troisième sigle technocratique : ZAN, pour « zéro artificialisation nette ». Un autre dispositif issu, comme les contraintes liées aux ZFE et aux DPE, de la loi climat de 2021. Le ZAN poursuit l’objectif louable de limiter la bétonisation des sols pour préserver la biodiversité, mais comportait quelques absurdités : des maires de communes rurales cherchant à attirer des habitants et des activités se retrouvaient quasiment privés de permis de construire. Face à la bronca des élus locaux, le Parlement a adopté des assouplissements le 6 juillet. La confirmation que la mise en place de ce type de mesures, si elle est nécessaire face au défi climatique, réclame le plus grand discernement. Et si possible dès leur conception, histoire d’éviter les zigzags.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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