L’aspartame, édulcorant utilisé couramment depuis une quarantaine d’années dans des milliers de produits de consommation quotidienne dans le monde entier, a été déclaré « cancérogène possible »

L’aspartame classé cancérogène possible par le CIRC

Le Centre international de recherche sur le cancer s’appuie sur 1 300 études scientifiques parues ces dernières années. Si certaines données alertent sur un lien entre cet édulcorant et le cancer, le seuil de consommation quotidien recommandé n’est pas abaissé. 

Par Delphine RoucautePublié aujourd’hui à 00h30, modifié à 05h46

https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/07/14/l-aspartame-classe-cancerogene-possible-par-le-circ_6181890_3244.html?xtor=EPR-32280629-%5Ba-la-une%5D-20230714-%5Bzone_edito_1_titre_2%5D&M_BT=53496897516380L’aspartame%20classé%20cancérogène%20possible%20par%20le%20CIRC

L’aspartame classé cancérogène possible par le CIRC

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L’aspartame, édulcorant utilisé couramment depuis une quarantaine d’années dans des milliers de produits de consommation quotidienne dans le monde entier, a été déclaré « cancérogène possible ». Cette annonce, vendredi 14 juillet, du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’inventorier les causes de cancer, vient nourrir d’une manière décisive la controverse qui entoure ce produit chimique depuis plusieurs dizaines d’années.

L’aspartame, aussi identifiable sous le code « E951 » au dos des produits, rejoint ainsi le groupe « 2B » dans la classification établie par le CIRC, au côté de 322 autres agents aux effets et origines aussi disparates que les contraceptifs progestatifs, l’essence, le chlordécone ou l’aloe vera. Il s’agit du troisième niveau de gravité, derrière les cancérogènes « probables », que sont par exemple la viande rouge ou le glyphosate, et les substances classées cancérogènes pour les humains, comme l’alcool ou le tabac.

Concrètement, cela signifie que le niveau de preuves scientifiques n’est, pour le moment, pas suffisant pour qualifier définitivement l’aspartame d’agent cancérogène, mais que des signaux sérieux existent. Vingt-cinq experts indépendants ont examiné un corpus de 1 300 études scientifiques parues ces dernières années sur l’aspartame. Celles s’intéressant aux mécanismes d’action de la substance sur l’organisme ont identifié des preuves de stress oxydatif, d’inflammation chronique, ou de l’apport en nutriments, mais n’ont pas été jugées concluantes concernant sa génotoxicité, c’est-à-dire sa capacité à générer des lésions irréversibles du génome.

Surrisque de cancer du foie établi

Concernant les expériences menées sur les animaux, plusieurs études issues notamment de l’Institut Ramazzini, en Italie, ont démontré une présence accrue de tumeurs chez la souris et le rat ayant consommé de l’aspartame à forte dose. Des preuves considérées comme « limitées » par les experts en raison de certains biais présents, selon eux, dans ces travaux.

Enfin, trois études épidémiologiques menées sur de grandes cohortes en Europe et aux Etats-Unis ont établi un lien avec un surrisque de cancer du foie, plus spécifiquement le carcinome hépatocellulaire chez les consommateurs réguliers de boissons artificiellement sucrées. Là encore, le niveau de preuve a été jugé « limité » – en raison d’un nombre insuffisant d’études. « Il faut interpréter ces conclusions comme un appel à la communauté des chercheurs pour essayer de clarifier et comprendre le risque cancérogène que peut ou ne peut pas présenter la consommation d’aspartame », a commenté Mary Schubauer-Berigan, cheffe intérimaire du programme des monographies du CIRC.

Quelles sont les conséquences concrètes pour les consommateurs ? Doivent-ils arrêter par précaution de consommer des sodas de type Coca-Cola Zéro ? Le comité d’experts des additifs alimentaires (JECFA), administré conjointement par l’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) et l’OMS, a mené des travaux en parallèle du CIRC pour tenter de répondre à cette question. Leur réponse reste toutefois ambiguë.

Lire aussi :  L’OMS met en garde contre les édulcorants artificiels

D’une part, les 26 experts ont estimé que le seuil jusque-là recommandé ne nécessitait pas d’être révisé. Ils continuent donc de préconiser de ne pas dépasser la consommation quotidienne de 40 mg d’aspartame par kilogramme de poids corporel. Pour une personne de 70 kg, il ne faudrait donc pas consommer plus de 2 800 mg de cet édulcorant par jour. « Si l’on considère la teneur en aspartame des sodas courants, qui est d’environ 200 à 300 milligrammes par canette, cela signifie que l’on peut consommer entre 9 et 14 canettes par jour. Vous voyez que c’est une quantité assez importante. Le JECFA ne recommande donc pas aux industriels de retirer leurs produits du marché, ni aux autorités de le faire », a déclaré Francesco Branca, directeur du département de nutrition de l’OMS, mercredi 12 juillet.

« Réduire la consommation d’aspartame »

D’un autre côté, le même Francesco Branca a estimé qu’« il n’y a qu’une recommandation très évidente à donner : réduire la consommation d’aspartame ». Ce produit « n’apporte aucun bénéfice si vous voulez réduire votre apport énergétique à long terme et un risque existe pour la santé si vous approchez de la dose journalière admissible actuelle. Alors pourquoi prendre ce risque ? Nous recommandons donc aux grands consommateurs de reconsidérer leur mode de consommation », a-t-il ajouté.

Plusieurs éléments interrogent. Tout d’abord, quelle quantité d’aspartame contiennent en moyenne les sodas ? Cette donnée semble varier selon les produits et les pays. Si certaines sources pointent la présence de 85 mg dans une canette de Coca Zéro, d’autres la situent plutôt à environ 40 mg. Dans tous les cas, au niveau européen, les doses maximales d’aspartame autorisées sont de 1 000 mg/kg pour les préparations à base de lait et produits dérivés et de 600 mg/L pour les boissons – c’est-à-dire environ 200 mg par canette. « Il faudrait plus de transparence de la part des industriels pour aider les consommateurs à faire des choix éclairés », souligne Ghislain Grodard-Humbert, président de l’Association française des diététiciens nutritionnistes.

Par ailleurs, des données solides issues de la cohorte française NutriNet-Santé, qui suit les habitudes alimentaires et la santé de près de 103 000 adultes français depuis 2009, et a révélé un lien entre aspartame et cancer, pointent des résultats discordants. « Les doses d’exposition problématiques que nous avons pu mesurer dans NutriNet-Santé sont nettement plus basses que la recommandation du JECFA, entre une demi-canette et une canette par jour. C’est également le cas dans les trois études qui ont permis de mettre en évidence le lien entre aspartame et cancer du foie », souligne Mathilde Touvier, directrice de recherche Inserm CRESS/EREN qui coordonne la cohorte. La moyenne d’exposition chez les plus forts consommateurs d’aspartame, chez qui a été observée une association significative avec un risque de cancer, est autour de 55 à 60 mg/jour. C’est-à-dire un seuil quarante fois moins important que celui du JECFA.

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Les cancers ne sont pas les seuls sujets d’inquiétudes. « Dans le cadre de la cohorte NutriNet-Santé, nous avons observé dans les deux études déjà publiées des liens entre différents édulcorants, dont l’aspartame, et des cancers, notamment du sein ou liés à l’obésité, mais aussi avec des maladies cardiovasculaires, notamment cérébrovasculaires. Dans une troisième étude qui vient d’être acceptée pour publication, on voit aussi un lien entre l’aspartame et d’autres édulcorants avec le risque de diabète », précise la chercheuse.

« Interroger notre rapport au sucre »

Par ailleurs, « il y a déjà des signaux, qui ne sont pas encore des preuves, qui posent des questions sur la sécurité d’autres édulcorants », ajoute Mathilde Touvier. Si la majorité des édulcorants consommés en France sont bien de l’aspartame, l’acésulfame-K (E950) et le sucralose (E955) font aussi partie du cocktail habituel des Français, majoritairement dans les boissons indiquant les mentions « light »« allégé » ou « 0 % », mais aussi dans les sucrettes, produits laitiers et préparations à base de fruits. Compter simplement en canettes ne suffit donc pas à rendre compte de la consommation réelle de ces produits.

Lire aussi (2017) :    Le sucre, ce poison si désirable

« Le principe de précaution imposerait de réduire la consommation d’édulcorants et d’interroger notre rapport plus global au sucre », insiste le diététicien Ghislain Grodard-Humbert. Les recommandations standards concernant le sucre simple suggèrent de ne pas dépasser 50 grammes par jour – une canette de Coca-Cola en contient 30.

Signe que le temps du tout-édulcorant est révolu, dans sa nouvelle révision, le Nutriscore prendra désormais en compte la présence d’édulcorants dans les produits, qui verront leur note abaissée. Par ailleurs, l’OMS a publié en mai une directive alertant sur « l’utilisation des édulcorants sans sucre, [qui] ne confère aucun avantage à long terme dans la réduction de la graisse corporelle chez les adultes ou les enfants ». L’organisation a recommandé de réduire complètement la douceur du régime alimentaire, et ce dès le plus jeune âge.

Delphine Roucaute

«Pas de lien avec l’apparition de cancers» : l’aspartame dédouané par deux nouveaux rapports

Par Cécile Thibert

Publié il y a 15 heures

https://www.lefigaro.fr/sciences/pas-de-lien-avec-l-apparition-de-cancers-l-aspartame-dedouane-par-deux-nouveaux-rapports-20230714?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=20230714_NL_ACTUALITES&een=8aa4833201a408e8a5d776ac0b844bbc&seen=2&m_i=8UY83K43i0vs7sP0G0dMVsCdnV%2BUdVNSZovupc5SaNOucPRRoLDpsOEpPVacBkNbDH6d3KGcoC1n6UgzyghA3K2wSlqf6XDO8G

La dose journalière admissible (sans risque pour la santé) est fixée à 40 milligrammes par kilogramme de poids corporel. Soit l’équivalent d’une dizaine de canettes de soda «light» pour un adulte de 70 kg.
La dose journalière admissible (sans risque pour la santé) est fixée à 40 milligrammes par kilogramme de poids corporel. Soit l’équivalent d’une dizaine de canettes de soda «light» pour un adulte de 70 kg.  Tom Eversley – stock.adobe.com

Des experts de l’OMS et du Centre international de recherche sur le cancer ont évalué les éventuels risques liés à cet édulcorant controversé. Bien que globalement rassurants, ils ont décidé de classer la substance comme «possiblement cancérigène». On vous explique pourquoi.

On en retrouve dans les sodas, les desserts, les bonbons, les produits laitiers, les produits amaigrissants et même dans certains médicaments… L’aspartame, cet édulcorant artificiel qui donne un goût sucré sans calorie ou presque, est-il oui ou non mauvais pour la santé ? Après des années d’une controverse qui ne semble jamais finir, deux organisations de référence en matière d’évaluation des risques – le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et le comité d’experts sur les additifs alimentaires commun à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) – ont chacune rendu publiques le 14 juillet les conclusions de leurs travaux complémentaires, menés en parallèle.

Selon les experts mandatés par ces organisations – exempts de conflits d’intérêts -, il n’existe pas de preuves scientifiques solides et indiscutables indiquant que l’aspartame, mentionné sur les étiquettes par le code «E 951», serait…

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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