Urgences : moins de difficultés qu’en 2022, assure François Braun
Par F. Na. le 10-07-2023

Les difficultés rencontrées aux urgences cet été seront « moindres » que l’année dernière, a estimé François Braun ce lundi.
Les agences régionales de santé »m’indiquent plutôt que les difficultés sont moindres que l’an dernier, même si des points chauds sont identifiés dans certains territoires », a déclaré le ministre de la Santé, François Braun, ce lundi, dans une interview au Figaro. « Le système de santé est en tension, ce n’est pas nouveau et c’est toujours le cas plus fortement pendant la période estivale », ajoute le ministre.
La région Centre-Val de Loire, la Bretagne et la Dordogne font partie de ces « points chauds », ainsi que d’autres zones très touristiques.
Selon le Figaro, la régulation de l’accès aux urgences par le 15 a « permis globalement de baisser de 5% » leur fréquentation l’été dernier. Les appels au 15 ont augmenté de 10%, sans « détérioration des délais de réponse », assure François Braun.
[Avec AFP]
« « Tous les ans, c’est pire » : les urgences sous haute tension cet été »
Date de publication : 10 juillet 2023

C’est ce que titre Le Figaro, qui constate sur 3 pages qu’« alors que les vacances commencent, les fermetures partielles de services se multiplient. Les mesures inaugurées l’été dernier et reconduites ne suffisent plus ».
Soline Roy et Marie-Cécile Renault notent ainsi que « partout en France à l’orée de l’été, les urgences peinent à boucler leurs plannings et se voient contraintes de moduler leurs conditions d’accueil ».
Le Dr Marc Noizet, président de Samu Urgences de France et chef des urgences du groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud-Alsace (GHRMSA) et du Samu du Haut-Rhin, déclare : « Je n’ai jamais connu ça. L’an dernier, les “mesures flash” ont un peu aidé, mais depuis, la situation s’est clairement dégradée et tous les ans, c’est pire que l’année précédente ».
Le ministère de la Santé souligne pour sa part : « On entend que les urgences sont fermées, mais c’est l’entrée qui est régulée ».
Les journalistes expliquent que « l’accès est conditionné à un appel au «15» ou au service d’accès aux soins (SAS, qui implique les médecins libéraux), chargés d’orienter les patients et de leur trouver un rendez-vous s’ils ont besoin d’une consultation rapide en ville, mais pas d’un passage aux urgences ».
Elles relèvent en effet que « 30 à 40% des gens se présentant aux urgences pourraient être soignés dans un cabinet de ville et, selon la Fédération des observatoires régionaux des urgences (Fedoru), 17% des patients venus aux urgences en 2022 n’ont bénéficié que d’un examen clinique, sans acte complémentaire immédiat ».
François Braun, ministre de la Santé, indique que « l’été dernier, nous avons diminué de 5% la fréquentation de nos services d’urgence ».
Soline Roy et Marie-Cécile Renault remarquent toutefois que «cela ne suffit pas. (…) Le succès du SAS suppose aussi que la médecine de ville prenne sa part à la permanence des soins, or le système «a montré ses limites», a estimé la Cour des comptes dans une note publiée début juillet qui cible notamment «la suppression en 2003 de l’obligation réglementaire et déontologique de participation des médecins libéraux aux gardes et astreintes» ».
Les journalistes notent que « la situation est particulièrement chaude dans les zones touristiques, qui voient bondir leur population… mais pas leurs effectifs soignants ».
Le Dr Philippe Garitaine, chef des urgences au Centre hospitalier de Saint-Tropez, observe : « Dans les 15 derniers jours, nous avons dû revoir notre offre de soins à la baisse à trois reprises. Cela fait 30 ans que je suis là et je n’ai jamais vu ça ! (…) Mon équipe n’a plus que 8 médecins sur 12 nécessaires, et la moitié a plus de 60 ans… ».
Soline Roy et Marie-Cécile Renault continuent : « En Île-de-France aussi la situation est compliquée, mais elle se présente mieux que l’été dernier avec moins de lits fermés et, à l’AP-HP, une réelle amélioration sur le nombre de patients qui, faute de lit, restent sur des brancards ».
Amélie Verdier, directrice de l’ARS Île-de-France, fait savoir : «On estime que 80% des lits sont ouverts en région francilienne, et on devrait être à 75% du 7 au 20 août. Il y a des difficultés, mais nous avons un plan pour y répondre, à travers 10 mesures clés pour fluidifier les parcours de soins ».
Les journalistes expliquent notamment que « l’ARS a mis en place un numéro à destination des médecins de ville pour améliorer l’admission directe dans les services hospitaliers, et créé une astreinte téléphonique pour obtenir l’avis d’un gériatre afin d’éviter les hospitalisations inutiles ».
« Des solutions sont aussi élaborées pour fluidifier l’aval, les urgences se retrouvant embolisées par des patients stabilisés mais attendant une place d’hospitalisation ou une prise en charge chez eux ou en soins de suite. Là encore, le ministère veut voir le privé prendre sa part », poursuivent-elles.
Soline Roy et Marie-Cécile Renault notent toutefois que « la psychiatrie reste un point noir », et expliquent qu’« il faudra, enfin, travailler à l’attractivité de l’hôpital. Après les années Covid et malgré les mesures prises par le gouvernement, l’activité des urgences reste très soutenue et ce tout au long de l’année. En 2022, elle a même retrouvé voire dépassé les niveaux de 2019 ».
« Immersion au Samu : 48 heures démentes avec les stakhanovistes de l’urgence »
Date de publication : 10 juillet 2023

Dans Le Parisien, Elsa Mari, envoyée spéciale à Toulouse, explique en effet : « Durant 2 jours et 2 nuits, nous avons pu suivre de manière ininterrompue le quotidien éreintant des médecins et assistants de régulation au Samu de Toulouse. Appels, tris, interventions à toute heure, alors que les urgences ferment et que tout manque : ils tiennent quand «tout s’écroule». Mais à quel prix ? ».
La journaliste souligne : « Manque de bras, vacances, alerte orange sur les émeutes… On prédit «le pire» des étés. Pour l’instant, dieu merci, pas encore de canicule. Mais déjà deux noyades dans des piscines : un enfant de 3 ans et un de 17 mois. Le bébé, lui, a été sauvé. Faute de personnels, les urgences des cliniques et hôpitaux alentour ferment tour à tour le soir. Le responsable adjoint du Samu, François Concina, n’en peut plus : «On est la dernière lumière allumée» ».
Elsa Mari remarque entre autres que « les régulateurs essuient des tirs nourris. «Il est tombé dans un puits ? Il fait 100 kg ? Ah… une chute de deux mètres… Il n’est pas blessé.» Thibault, l’un des assistants, a eu un coup de chaud. Les pompiers y vont, OK. Ça sonne à nouveau. «J’ai 30 secondes pour répondre et, en cinq secondes, j’arrive à savoir si c’est grave.» De «l’abattage», avoue-t-on ».
La journaliste note qu’« une annonce tombe : à 17 heures, les urgences de Joseph-Ducuing ne prennent plus de malades. Encore une porte qui se ferme dans l’indifférence. Sur l’écran, les autres de la ville sont déjà en rouge. Depuis midi, celles de Rangueil, gros hôpital, affiche 165% de taux d’occupation. Les urgentistes ont un pied dans le gouffre ».
Un régulateur observe : « Au téléphone, ils nous disent : arrêtez de m’envoyer des patients sinon je me fous en l’air ».
Elsa Mari poursuit : « La nuit commence à tomber. Et, avec elle, les désespérés du soir. Les coups de fil de femmes battues explosent. La détresse prend aux tripes. Hurlement de pleurs derrière le combiné. (…) D’une infinie douceur, les soignantes se transforment en mère, en sœur, en amie ».