Jean-Louis Borloo, Fadela Amara, Manuel Valls… la valse des plans banlieue
Pour répondre à la flambée de violence entraînée par la mort du jeune Nahel M., les élus locaux réclament des mesures fortes en faveur des quartiers dits sensibles. Depuis 1973, la France a déjà connu quinze programmes censés aider les cités.
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2023 : Elisabeth Borne sans plan B

Le 30 juin, le comité interministériel des villes que devait animer à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) la première ministre, Elisabeth Borne, en présence des maires de banlieue, a été rapatrié à Matignon, en raison des émeutes provoquées par la mort, mardi 27 juin, de Nahel M., 17 ans. Depuis, des voix réclament que soit réactivé le plan proposé par Jean-Louis Borloo en 2018. Son rapport, commandé par Emmanuel Macron, prônait « la réconciliation nationale » face « au repli identitaire et communautaire ». Mais, le 22 mai, à l’Elysée, devant un Borloo dépité, le chef de l’Etat enterrait le projet. « Je ne vais pas vous annoncer un plan villes, un plan banlieue ou je ne sais quoi, parce que cette stratégie est aussi âgée que moi… On est au bout de ce que cette méthode a pu produire », affirmait-il alors.
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2015 : Manuel Valls contre l’apartheid

Manuel Valls, alors premier ministre, au cours d’un déplacement aux Mureaux (Yvelines), le 26 octobre 2015. LIONEL BONAVENTURE/AFP
Quelques mois après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, Manuel Valls, premier ministre de François Hollande, critique l’« apartheid territorial, social, ethnique » dans les banlieues. A l’occasion d’un comité interministériel organisé aux Mureaux (Yvelines), plusieurs annonces sont faites pour y remédier, sous le vocable « Egalité et citoyenneté : la République en actes ». Développement de la mixité sociale, lutte contre la discrimination à l’embauche sont promus, de même que la prévention de la radicalisation. A titre expérimental, il est également envisagé de doter les policiers de caméras embarquées pour filmer leurs interventions.
2008 : Fadela Amara fait écoles

Sous la présidence de Nicolas Sarzozy, Fadela Amara, secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville du gouvernement Fillon, lance le plan « Espoir banlieues ». Il intervient trois ans après les émeutes qui, en 2005, ont suivi la mort de Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). L’ancienne présidente de l’association Ni putes ni soumises entend combattre le chômage dans les quartiers difficiles, notamment en créant des « écoles de la deuxième chance » et des « internats d’excellence ». L’accent est également mis sur le désenclavement des cités, mais aussi sur la sécurité. Quatre mille policiers sont affectés en banlieue. En revanche, la police de proximité, ultérieurement promue par la gauche, est supprimée.
2003 : Jean-Louis Borloo se met en quatre

Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la ville du président Jacques Chirac, réélu l’année précédente face à Jean-Marie Le Pen, après une campagne marquée par le thème de l’insécurité et de l’immigration, lance un programme national pour la rénovation urbaine. Il prévoit, en cinq ans, la démolition de 200 000 logements vétustes et la construction de 200 000 logements sociaux. Une Agence nationale pour la rénovation urbaine, chargée du pilotage de ces projets, est créée. Des zones urbaines sensibles sont répertoriées. Un Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, un Observatoire national des zones urbaines sensibles puis une Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité voient également le jour.
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1977 : Jacques Barrot place la barre haut

Secrétaire d’Etat au logement du président Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Barrot lance le programme Habitat et vie sociale. Il s’agit de rénover les grands ensembles érigés en banlieue depuis les années 1950 et qui ont trop vite vieilli. Ce programme prolonge la circulaire « tours et barres » de 1973, par laquelle Olivier Guichard, ministre de l’équipement du président Georges Pompidou, voulait mettre fin à la politique des cités HLM dont les dérives, et notamment le sentiment de relégation, commençaient à apparaître. En 1979, Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, connaissait ce qui est considéré comme les premières émeutes urbaines en France.