EXCLUSIF. Fonction publique : ces dix départements qui mériteraient un petit régime
L’Ifrap a dressé la carte des sureffectifs dans l’administration de l’Etat et des territoires, à l’échelle départementale. De quoi mieux cibler les efforts de réduction des dépenses.
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afp.com/FRANCK FIFE
Par Muriel Breiman
Publié le 30/06/2023 à 11:25
La barre des 3 000 milliards d’euros de dette publique est officiellement franchie, chiffres de l’Insee à l’appui. Un seuil symbolique en forme de nouvelle alerte, un mois après que la France a échappé de peu à une dégradation de sa note de crédit par S & P. L’agence de notation américaine avait maintenu une perspective « négative », reflet du risque qui pèse sur ses prévisions budgétaires que les derniers messages de Bercy n’ont pas suffi à lever. Mi-juin, dans la foulée d’une revue des dépenses publiques, le ministère a annoncé un coup de rabot d’environ 10 milliards d’euros, avec dans le viseur la dérive des indemnités journalières remboursées par la Sécu en cas d’arrêt maladie, la refonte du prêt à taux zéro ou encore la suppression du dispositif Pinel.
Dans sa quête d’économies, le gouvernement n’a pas exploré toutes les pistes. S’il manque d’idées, la fondation Ifrap est toujours volontaire pour lui en souffler. Dans son dernier rapport, ce think tank dédié aux administrations et aux politiques publiques jette un pavé dans la mare des effectifs pléthoriques des agents de l’Etat et des collectivités territoriales.
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« Il y a des marges de manœuvre pour réduire la masse salariale, deuxième poste de dépenses publiques en France après les retraites, soit plus de 300 milliards d’euros sur 1 500 milliards », pointe Agnès Verdier-Molinié, directrice de l’Ifrap. Les dépenses de personnel des administrations pèsent 12,4 % du PIB dans notre pays, contre 10,1 % en moyenne en Europe. Pour « identifier les fuites, les surdépenses, le gaspillage », la fondation a demandé l’accès à une base de données spécialisée de l’Insee. Non sans mal, elle a obtenu des données relatives aux effectifs de fonctionnaires par département, en distinguant les agents de l’Etat et ceux des collectivités territoriales. Dans l’idéal, elle espérait même affiner son analyse à l’échelle des communes, en vain. Mais les éléments fournis lui permettent tout de même de désigner les bons et les mauvais élèves selon les géographies.
Excédents dans le personnel non-enseignant
Au rayon des plus « suradministrés », les bataillons des Bouches-du-Rhône, du Nord, de la Seine-Saint-Denis et de la Haute-Garonne débordent, avec un excédent d’agents de l’ordre de 30 000 chacun. Suivent le Rhône, la Gironde, l’Hérault, le Val-de-Marne, l’Essonne et l’Ille-et-Vilaine. Ce surplus de fonctionnaires est mesuré par rapport à la moyenne des dix territoires les plus disciplinés, et au regard du nombre d’habitants. Paris, où la concentration des ministères biaiserait la vision, ne figure pas dans le palmarès publié, l’outre-mer non plus. Au total, on compterait plus de 500 000 postes en trop en France dans le public, chiffre l’Ifrap, qui a exclu de son périmètre d’analyse les hôpitaux, les universités et les ministères régaliens « étant donné les tensions et les besoins de recrutement propres à ces secteurs ». Les sphères les plus voraces sont l’Education nationale – à cause du poids excessif du personnel non-enseignant -, les comptes publics et la transition écologique.
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Difficile d’établir un portrait-robot des départements dispendieux : la couleur politique des élus aux manettes n’est pas un élément déterminant de la gestion des dépenses publiques, constate Agnès Verdier-Molinié. La directrice de l’Ifrap évoque surtout « des habitudes locales », du « clientélisme », des « territoires en désindustrialisation où, au lieu de favoriser la création d’emplois marchands, on embauche dans le public ». Elle dénonce aussi les doublons administratifs Etat/collectivités et établit une corrélation entre absentéisme des agents dans les territoires – sujet sur lequel la fondation prépare une prochaine étude – et sureffectifs. « Le gouvernement souhaite faire des économies sur les indemnités journalières versées aux salariés du privé par la Sécurité sociale en cas d’arrêt maladie, qui ont représenté 15 milliards d’euros en 2022, et évoque même 7 jours de carence dans le privé (contre un jour dans le public…). L’absentéisme des agents publics a coûté 12 milliards en 2021 alors qu’en proportion du nombre de salariés concernés, ce montant devrait être de 5 milliards maximum ! Il faut être équitable entre public et privé dans la recherche d’économies ».
En miroir des mauvais élèves, dix départements montrent qu’une gestion rigoureuse est possible : la Drôme, le Lot-et-Garonne, l’Eure-et-Loir, l’Ain, le Haut-Rhin, l’Orne, la Haute-Saône, l’Oise, la Haute-Loire et l’Yonne. « Dans le débat public, il y a toujours l’idée que de meilleurs services publics supposent plus d’agents. Mais ces territoires fonctionnent bien, avec moins d’effectifs ! », salue Agnès Verdier-Molinié. L’administration peut se montrer efficace quand elle le veut. Tout espoir n’est donc pas perdu.