En trois décennies, le nombre de nouveaux cancers a doublé en France: l’augmentation et le vieillissement de la population « a bon dos ». Ne faut-il pas voir du coté de la malbouffe, de la pollution, des perturbateurs endocriniens, de taos les produits dits « phytosanitaires » ?

Publié le 04/07/2023

Le nombre de cancers a doublé depuis 1990

Paris, le mardi 4 juillet 2023

https://www.jim.fr/medecin/actualites/pro_societe/e-docs/le_nombre_de_cancers_a_double_depuis_1990_197998/document_actu_pro.phtml

– Les derniers chiffres publiés par Santé Publique France et l’Inca font état de l’augmentation de la prévalence des cancers, bien plus marquée chez les femmes que chez les hommes.

Le cancer du poumon va-t-il devenir une maladie de femmes ? Entre 1990 et 2023, le nombre de cancer du poumon diagnostiqué chez les femmes a augmenté chaque année de 5 %, pour atteindre une estimation de 19 000 nouveaux cas en 2023. C’est certes toujours moins que chez les hommes (33 000 en 2023), mais l’écart se réduit, d’autant plus que le nombre de cas a au contraire diminué de 0,2 % chaque année depuis 1990 pour les hommes.

Ce resserrement de l’écart hommes/femmes sur la prévalence du cancer du poumon, conséquence logique d’une évolution parallèle concernant le tabagisme, est l’un des nombreux enseignements de l’étude réalisée par l’Institut national du cancer (Inca) sur la prévalence des cancers depuis 1990, publiée dans le dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé Publique France ce mardi. Selon les estimations de l’Inca, le nombre de cas de cancer aurait doublé depuis 1990, pour passer à 433 000 cas en 2023, 57 % chez les hommes et 43 % chez les femmes. Le cancer reste également la première cause de mortalité chez les hommes et la deuxième chez les femmes, avec 157 000 décès en 2018. 

Une augmentation du nombre de cancers bien plus marquée chez les femmes

La hausse du nombre de cancers s’explique principalement (à 78 % chez les hommes et à 57 % chez les femmes) par des raisons démographiques, à savoir l’augmentation de la population et son vieillissement. Ainsi, l’âge médian au diagnostic est de 70 ans chez les hommes et 68 ans chez les femmes. Le reste de l’augmentation est donc sans doute lié pour partie aux modes de vie et à l’environnement. En effet, si le tabagisme et l’alcoolisme sont plutôt en baisse ces dernières années, ils restent à des niveaux élevés en France par rapport à nos voisins européens. Surtout, l’obésité et la sédentarité ont grandement augmenté au cours du dernier quart de siècle.

Que ce soit chez les hommes ou les femmes, les mélanomes et les cancers du pancréas et du rein sont ceux dont la prévalence a le plus fortement augmenté depuis 1990. « Chez l’homme, les évolutions sont plutôt favorables pour les autres types de cancer ; en revanche, chez la femme, les évolutions sont défavorables pour davantage de localisations et encore plus pour les cancers liés au tabac, comme ceux du poumon et du pancréas » note le Dr Florence Molinié, présidente du réseau français des registres de cancer (Francim).

La principale inquiétude des cancérologues concerne donc l’augmentation des cancers du poumon chez la femme. « D’ici un ou deux ans, le cancer du poumon aura dépassé celui du sein en matière de mortalité chez les femmes » avertit le Dr Sébastien Couraud, oncologue aux Hospices Civils de Lyon. « Longtemps ce cancer a été une maladie très masculine, elle est aujourd’hui une maladie des deux sexes » constate le cancérologue, qui rappelle que « pour différentes raisons, l’épithélium bronchique féminin est probablement plus à risque de développer un cancer que celui des hommes ». Cette évolution rend d’autant plus nécessaire la mise en place d’un dépistage généralisé chez les fumeurs de plus de 50 ans : après beaucoup d’atermoiements des autorités sanitaires, une expérimentation sur ce sujet va être lancée par l’Inca en 2024.

40 % des cancers sont évitables

Autre augmentation inquiétante, celle des cancers du pancréas, qui ont augmenté de 2,3 % chaque année chez les hommes depuis 1990 et de 3,3 % chez les femmes. Si la maladie reste encore relativement rare (16 000 cas par an), son pronostic est particulièrement mauvais avec seulement 12 % de survie à 5 ans.

Cette étude de Santé Publique France et de l’Inca contient tout de même quelques bonnes nouvelles : les tumeurs de l’estomac, de la vessie et du système nerveux central sont en diminution, tout comme les cancers de la bouche et du pharynx chez les hommes et de l’ovaire chez la femme. 

Pour inverser cette tendance globale à la hausse des cancers chez la femme et accélérer cette diminution chez l’homme, l’Inca souhaite mettre l’accent sur la prévention. « On ne le dira jamais assez, près de la moitié des cancers, 40 %, pourraient être évités grâce à un changement de nos comportements et de nos modes de vie » rappelle le Pr Norbert Ifrah, président de l’Inca. Rappelons que le tabac (19,8 % des cancers), l’alcool (8 %) et le surpoids (5,4 %) sont les principaux facteurs de risque évitables du cancer.

Quentin Haroche

DECRYPTAGE. En France, le nombre de nouveaux cas cancers a doublé en 30 ans

En France, 57% de nouveaux cas de cancers détectés concernent les hommes.En France, 57% de nouveaux cas de cancers détectés concernent les hommes. DDM – VALENTINE CHAPUIS

Santé,  France – Monde,  Cancer

Publié le 04/07/2023 à 07:01

https://www.ladepeche.fr/2023/07/04/decryptage-en-france-le-nombre-de-nouveaux-cas-cancers-a-double-en-30-ans-11317469.php

Valentin Marcinkowski

l’essentiel

Pour l’année 2023, on estime à plus de 430 000 le nombre de nouveaux cas de cancers détectés. C’est deux fois plus qu’en 1990 et cela s’explique notamment par un accroissement et un vieillissement de la population.

Première cause de décès, en France, chez l’homme et deuxième chez la femme, le cancer fait l’objet d’une surveillance de tous les instants depuis plusieurs décennies déjà. Ce mardi, Santé publique France, en collaboration avec trois autres organismes (l’Institut national du cancer, le Réseau des registres des cancers et les Hospices civils de Lyon), publie les estimations de l’incidence des principaux cancers en métropole pour cette année 2023. Tout en les inscrivant dans une analyse des évolutions depuis 1990.

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Plus de 430 000 nouveaux cancers en 2023

Résultat : en trois décennies, le nombre de nouveaux cancers a doublé en France (+98% chez les hommes, 104% chez les femmes). « Ceci majoritairement lié à l’augmentation de la population, et à son vieillissement, indique Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer. Cette augmentation était attendue, elle est réelle et notable. » Dans le détail, on estime à 433 136 le nombre de nouveaux cancers détectés pour 2023, dont 57% concernent les hommes. C’était près de deux fois moins en 1990. L’âge médian du diagnostic, lui, se situe à 68 ans pour les femmes contre 70 ans pour la population masculine.

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« L’analyse des tendances montre une augmentation globale des taux d’incidence de tous les cancers de 1990 à 2023, renchérit le docteur Tania D’Almeidaco-coordinatrice de l’étude pour Francim, le Réseau français des registres de cancers. Chez la femme, l’augmentation est plutôt continue. Chez l’homme, on note une évolution en deux temps, avec une tendance à la stabilisation depuis 2010. » Parmi les principaux cancers, celui de la prostate est le plus répandu chez les hommes, le sein pour les femmes. Les cancers du poumon et du colon complètent le haut du classement chez les deux sexes.

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Contraste selon le sexe sur les cancers liés à l’alcool et au tabac

Si les tendances sont pour la plupart similaires à celles de la précédente étude datant de 2019, et alors que les écarts d’incidence ont tendance à se réduire de manière générale entre les deux sexes, on note néanmoins une hausse du nombre de cancers évitables chez la femme. « À cause de deux facteurs clairement identifiés : le tabac et l’alcool », relate Norbert Ifrah.

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Les chiffres sont assez éloquents en la matière : la variation annuelle moyenne (VAM) du taux d’incidence est à la baisse ou stable chez les hommes depuis 2010 pour les cancers alcoolo-tabagiques quand il est à la hausse au sein de la population féminine (+4,3% par an pour le poumon, 2,2% pour le foie). L’écart d’incidence est donc en train de se réduire entre les deux sexes alors que les auteurs de l’étude affirment que les perspectives semblent plus favorables au sein du public masculin. Et le président de l’Institut national du cancer de marteler : « la consommation de tabac en est l’explication principale. »

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Le spécialiste en profite au passage pour rappeler quelques chiffres : en France, 40% des cancers peuvent être évités et près d’un cancer sur cinq est lié au tabac, alors que l’alcool représente 8% des diagnostics contre un peu plus de 10% pour ceux liés à un ensemble surpoids-alimentation. 

Cancers : leur incidence a doublé en France depuis 1990

Selon les chiffres publiés le 4 juillet par Santé publique France et l’Institut national du cancer, la hausse s’explique d’abord par l’évolution démographique. Les autres causes sont liées aux modes de vie (alcool, tabac, surpoids, etc.) et à l’environnement. 

Par Nathalie BrafmanFlorence Rosier et Pascale SantiPublié hier à 00h01, modifié hier à 11h23

Temps de Lecture 8 min. 

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2023/07/04/cancers-leur-incidence-a-double-en-france-depuis-1990_6180390_1650684.html

Scanner couleur de la partie supérieure du thorax montrant une tumeur au niveau du poumon.
Scanner couleur de la partie supérieure du thorax montrant une tumeur au niveau du poumon.  VOISIN / PHANIE VIA AFP

Pas moins de 433 136 nouveaux cas de cancer devraient être déclarés en 2023, en France, dont 57 % chez l’homme et 43 % chez la femme. Depuis 1990, ce chiffre a doublé pour les hommes et les femmes, toutes localisations de cancer confondues. Par rapport à 2018, ces données étant calculées tous les cinq ans, on parle de 51 000 cas supplémentaires.

Ces estimations d’incidence (nouveaux cas) ont été réalisées par l’Institut national du cancer (INCa), l’agence Santé publique France (SPF), le Réseau français des registres des cancers (Francim) et les Hospices civils de Lyon. Elles sont publiées dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) du mardi 4 juillet, le même jour que le « Panorama des cancers en France », le rapport de l’INCa.

En France, le cancer reste la première cause de mortalité prématurée chez les hommes, et la deuxième chez les femmes, avec 157 400 décès au total en 2018. Ces chiffres sont « préoccupants », selon les autorités sanitaires, et justifient un « appel à la mobilisation ». La hausse s’explique, pour 78 % chez l’homme et 57 % chez la femme, par l’accroissement et le vieillissement de la population. Le reste est lié aux modes de vie et à l’environnement. L’âge médian au diagnostic est de 70 ans chez l’homme et de 68 ans chez la femme.

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Hors effets démographiques, les nouveaux cas de cancer ont augmenté de 42 686 cas chez la femme et de 25 499 chez l’homme, de 1990 à 2023, selon ces projections. Les plus fréquents restent ceux du sein, de la prostate, du poumon, du côlon et du rectum.

Pour les deux sexes, les mélanomes de la peau, les cancers du pancréas et du rein ont augmenté de 1990 à 2023. « Chez l’homme, les évolutions sont plutôt favorables pour les autres types de cancer », a noté la docteure Florence Molinié, présidente du réseau Francim. En revanche, « chez la femme, les évolutions sont défavorables pour davantage de localisations et encore plus pour les cancers liés au tabac, comme ceux du poumon et du pancréas ».

Les tumeurs avec les meilleurs taux de survie, d’environ 90 %, sont celles de la prostate, du mélanome cutané, du sein, suivies par le cancer colorectal et le col de l’utérus (63 % chacun). En revanche, certains cancers ont de mauvais pronostics avec un taux de survie à cinq ans de moins de 30 % : le système nerveux central, le poumon, le foie, le pancréas.

Poumon, la nécessité d’un dépistage

Ce cancer est le deuxième le plus fréquent chez l’homme, et le troisième chez la femme, chez qui son incidence explose : + 5 % par an depuis 1990, alors qu’elle baisse légèrement chez l’homme. « D’ici un ou deux ans, le cancer du poumon aura dépassé celui du sein en matière de mortalité chez les femmes », avertit Sébastien Couraud, pneumologue et oncologue aux Hospices civils de Lyon. En 2018, 10 300 décès ont été comptabilisés pour le premier, et 12 100 pour le second. Selon M. Couraud, « il n’y a aucune raison d’imaginer que le nombre de cas féminins ne rejoigne pas celui des hommes. Longtemps, ce cancer a été une maladie très masculine, elle est aujourd’hui une maladie des deux sexes ».

Et ce d’autant qu’à consommation égale de tabac les femmes sont plus exposées à ce cancer que les hommes. « Pour différentes raisons, l’épithélium bronchique féminin est probablement plus à risque de développer un cancer du poumon que celui des hommes. La piste est sans doute hormonale », précise le pneumologue.

Sa fréquence renforce la nécessité d’organiser un dépistage systématique des gros fumeurs de plus de 50 ans. « Aujourd’hui, 80 % des cancers sont détectés à un stade avancé. Les 20 % restants le sont de façon purement fortuite. Or, on sait que le dépistage est un moyen efficace pour réduire la mortalité de ce cancer », insiste le praticien. Une expérimentation pilotée par l’INCa doit être lancée en 2024.

Sein, une augmentation aux causes imparfaitement comprises

En 2023, le cancer du sein reste le plus fréquent (un tiers des cancers féminins) et le plus meurtrier chez la femme en France. « Les causes de son accroissement ne sont pas pleinement élucidées, relève Suzette Delaloge, oncologue spécialiste de ce cancer à l’Institut Gustave-Roussy, à Villejuif (Val-de-Marne). Il augmente dans toutes les tranches d’âge, donc le vieillissement n’est pas le seul responsable. »

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Plusieurs facteurs de risque ont été clairement identifiés : les femmes font moins d’enfants, ont des enfants plus tard, allaitent moins, et leur exposition à l’alcool est, en France, une des plus élevées d’Europe (même si elle tend à diminuer). Le tabac, le surpoids et la sédentarité, qui ne cessent d’augmenter, sont d’autres facteurs reconnus. « Mais il y en a d’autres : l’alimentation ultratransformée et l’exposition à des polluants (particules fines, perturbateurs endocriniens…), en particulier », souligne l’oncologue.

Le nombre de décès par cancer du sein (12 100 en 2018), lui, a baissé de 1,6 % par an entre 2010 et 2018. De fait, 60 % des cancers du sein sont détectés à un stade précoce : ils sont alors de bon pronostic. Un tiers pourraient être évités chaque année – soit 20 000 cas par an – par des actions de prévention sur les modes de vie.

Mélanomes cutanés : une hausse liée à l’exposition aux UV

Entre 1990 et 2023, l’incidence des mélanomes a augmenté de 2,6 % par an chez la femme et de 3,5 % par an chez l’homme, en moyenne. Depuis 2010, cette hausse a ralenti (+ 2 % par an pour les deux sexes). Une hausse clairement liée à l’exposition croissante aux rayonnements ultraviolets (UV). Ces cancers ont tué 1 980 personnes en 2018.

Outre l’exposition aux UV, les facteurs de risque sont des antécédents de coups de soleil (surtout pendant l’enfance), un phototype sensible (peaux claires), un nombre élevé de grains de beauté (supérieur à cinquante), des antécédents personnels ou familiaux et une immunodépression.

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Ces cancers à fort potentiel métastatique, détectés assez tôt, sont de bon pronostic. Pour les personnes diagnostiquées entre 2010 et 2015, le taux de survie à cinq ans était de 93 %. Le dépistage repose sur un examen visuel destiné à repérer les taches ou grains de beauté suspects. Pour les personnes à risque, un autoexamen de la peau tous les trois mois et un examen par un dermatologue une fois par an sont recommandés.

Pancréas, une inquiétante progression

C’est encore un cancer relativement rare, mais dont l’incidence est galopante, en majorité chez les plus de 50 ans. Il représente la cinquième cause des décès par cancer chez les hommes (juste derrière le cancer du foie) et la quatrième chez les femmes (derrière le cancer colorectal), ce qui place la France parmi les pays avec un taux de mortalité le plus élevé. Les médecins alertent sur cette inquiétante progression.

Les causes de ce cancer restent encore mal connues. Cependant, le tabagisme, le diabète, l’obésité, le vieillissement de la population et certains facteurs alimentaires (alimentation ultratransformée), ainsi que l’exposition à la pollution, seraient associés à un risque accru de la maladie. Particularité de ce cancer : lorsqu’il est détecté, la maladie est généralement bien avancée – ainsi 50 % des cancers du pancréas sont métastatiques au diagnostic et ne sont pas opérables.

Côlon et rectum, le mode de vie largement en cause

Touchant plus de 47 000 nouvelles personnes par an, le cancer du côlon et du rectum est le deuxième cancer le plus fréquent chez la femme et le troisième chez l’homme en France. Son incidence, entre 1990 et 2023, a augmenté de 0,2 % par an chez la femme, mais a baissé de 0,3 % chez l’homme. Bonne nouvelle, entre 2010 et 2018, la mortalité par ce cancer (environ 17 000 décès par an) a baissé de 1,8 % par an chez l’homme, et de 1,6 % par an chez la femme.

Détecté tôt, il guérit dans neuf cas sur dix. Le dépistage, désormais plus facile grâce à un test immunologique qui recherche du sang caché dans les selles, s’adresse aux femmes et aux hommes âgés de 50 à 74 ans, tous les deux ans.

Plusieurs facteurs de risque évitables ont été identifiés : consommation d’alcool et de tabac, sédentarité, inactivité physique, surpoids et obésité, alimentation pauvre en fibres mais riche en viande rouge et charcuterie. Un cancer du côlon sur cinq, chez les plus de 30 ans, est directement lié à la consommation d’alcool.

Prostate, le casse-tête du dépistage

C’est le plus fréquent (24 %) des cancers masculins, et la troisième cause de décès par cancer chez les hommes. En 2018, il a provoqué 8 100 morts, un nombre en baisse de 3,7 % par an depuis 2010. L’âge médian au diagnostic est de 69 ans.

C’est un cancer de bon, voire de très bon pronostic quand il est diagnostiqué à un stade précoce. Quid du dépistage de ce cancer, toujours en débat ? Le dosage du PSA (antigène spécifique de la prostate) n’est « pas assez fiable pour diagnostiquer un cancer », juge l’INCa. De fait, la Haute Autorité de santé ne le recommande plus en population générale depuis 2012.

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« L’incidence de ce cancer avait grimpé à plus de 66 000 cas en 2005, une hausse en grande partie due au surdiagnostic lié au dépistage par le test PSA », indique la docteure Delaloge. Après l’arrêt de ce dépistage, le nombre de nouveaux cas a nettement chuté. Mais, depuis 2014, il est reparti à la hausse. « Une hausse en partie liée au vieillissement, mais pas seulement, note l’oncologue. Là aussi, des facteurs de risque environnementaux sont suspectés, en lien avec la baisse de la fonction reproductive masculine. »

Pour ajouter à la confusion, la Commission européenne préconise de nouveau, depuis septembre 2022, un dépistage organisé par dosage du PSA chez les hommes jusqu’à 70 ans.

Des tumeurs en diminution

Certains types de cancer sont stables ou en recul dans les deux sexes. Ainsi, des tumeurs de l’estomac, de la vessie – plutôt stable chez la femme – et du système nerveux central, qui se stabilise depuis 2010. Les cancers des voies aéro-digestives supérieures (lèvres, bouche, pharynx) sont en recul chez l’homme.

Bonne nouvelle, « les cancers génitaux féminins évoluent favorablement », notent les auteurs du BEH. Celui de l’ovaire baisse depuis 1990. « Il pourrait être lié à l’augmentation de la contraception hormonale qui serait protectrice vis-à-vis du cancer de l’ovaire et de l’endomètre, contrairement à l’effet sur le cancer du sein », explique la docteure Molinié. Quant au cancer du col de l’utérus, son incidence, qui était en recul, se stabilise ces dernières années. Il cause la mort de 1 100 femmes, tandis que le cancer de l’ovaire entraîne 3 500 décès.

La prévention, un enjeu crucial

« On ne le dira jamais assez, près de la moitié des cancers (40 %) pourraient être évités grâce aux changements de nos comportements et de nos modes de vie », alerte le professeur Ifrah. L’objectif des autorités sanitaires est de réduire de 60 000 cas par an le nombre de cancers évitables à l’horizon 2040.

Le premier facteur de risque est le tabac (19,8 %), suivi par l’alcool (8 %), l’alimentation déséquilibrée (5,4 %) et le surpoids (5,4 %), selon un rapport du Centre international de recherche sur le cancer, de 2016. Autre élément néfaste à l’impact difficile à chiffrer : la sédentarité et la baisse d’activité physique. Au total, 68 888 cancers seraient attribuables au tabac, et 28 000 à l’alcool, en 2015 – la France étant l’un des plus mauvais élèves d’Europe.

Autre facteur de risque, les expositions environnementales (pollution de l’air, pesticides, perturbateurs endocriniens…) jouent aussi un rôle et peuvent être modifiées.

Le dépistage est aussi une clé. Proposé tous les deux ans aux femmes de 50 à 74 ans, le dépistage organisé du cancer du sein ne bénéficie pourtant qu’à la moitié d’entre elles (47,7 % en 2021-2022), auquel il convient d’ajouter les 11 % de dépistages individuels.

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Le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus, fondé sur le frottis du col détectant la présence de cellules précancéreuses ou du papillomavirus humain (HPV), vise les femmes de 25 à 65 ans. La participation, de 58,8 %, jugée « de bon niveau », diminue cependant chez les femmes de 60 à 65 ans. La vaccination contre le HPV des filles et des garçons de 11 ans à 14 ans, avec rattrapage possible jusqu’à 19 ans, a concerné 37 % des filles de 16 ans en 2021. Pour l’Organisation mondiale de la santé, le cancer du col de l’utérus serait totalement éliminable par le dépistage et la vaccination.

Quant au dépistage du cancer colorectal, il reste stable par rapport à 2018, à 34 % – un niveau jugé « très insuffisant »selon les autorités sanitaires.

La prévention est donc cruciale, notamment pour réduire les inégalités territoriales de santé, a rappelé Laëtitia Huiart, directrice scientifique de SPF. Côté traitements, les immunothérapies se développent et pèsent déjà pour plus de 50 % des dépenses hospitalières de cancérologie (6,3 milliards d’euros). Elles ont concerné plus de 63 000 patients en 2021, soit une hausse de 21 % en un an.

A surveiller:

Les séquelles du cancer ou des traitements

Cinq ans après le diagnostic, 63,5 % des personnes souffrent encore de séquelles dues à un cancer ou aux traitements liés. Ainsi, selon une enquête coordonnée par l’Institut national du cancer (INCa) et publiée en 2018 :

  • 73 % des patients avaient ressenti des douleurs au cours des deux dernières semaines.
  • 56,5 % des femmes et 35,7 % des hommes souffraient toujours de fatigue.
  • 52,6 % des femmes et 48,8 % des hommes se disaient limités dans leur activité physique.
  • 32,5 % des personnes rapportaient une dégradation persistante de leur qualité de vie mentale.

Par ailleurs, le retour à l’emploi s’avère difficile après un cancer. Cinq ans après le diagnostic, une personne sur cinq a perdu son emploi. Principaux touchés : les jeunes et les plus de 50 ans, les moins diplômés, celles et ceux ayant peu d’expérience ou un contrat de travail précaire. Les freins au retour à l’emploi peuvent venir des séquelles de la maladie ou des effets indésirables persistants des traitements, aussi d’un manque d’anticipation et d’adaptation des conditions de travail. « Le cancer reste trop souvent un sujet tabou ou mal connu dans l’entreprise », déplore l’INCa.

Le déficit de diagnostics lié au Covid-19 en 2020, non rattrapé en 2021

Une équipe de Santé publique France (SPF) a évalué l’impact de la crise sanitaire provoquée par le SARS-CoV-2 sur les diagnostics de nouveaux cancers. Les auteurs ont comparé le nombre de patients hospitalisés pour un nouveau cancer en 2020 et en 2021 au nombre attendu estimé, issu de la projection des tendances de 2010 à 2019.

Résultat : « Nous observons un déficit manifeste du nombre de patients hospitalisés pour un nouveau cancer au moment du premier confinement, entre mars et mai 2020. Pour l’ensemble de l’année 2020, ce déficit est d’environ 5 % », résume Zoé Uhry, qui a coordonné l’étude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, édité par SPF, en date du 4 juillet. Ce déficit était plus marqué pour les cancers bénéficiant d’un dépistage ou d’un report de chirurgie possible (sein, prostate, thyroïde, col de l’utérus) que pour les cancers de mauvais pronostic (notamment foie, pancréas). Il ne semble pas avoir été compensé par un rattrapage en 2021. « Il faudra cependant attendre 2025 ou 2026 pour avoir les données complètes de l’impact du Covid-19 en cancérologie », estime Norbert Ifrah, président de l’INCa.

Nathalie Brafman,  Florence Rosier et  Pascale Santi

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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