Elections européennes: une répartition tripartite se confirme – Quatre-vingt-huit pour cent des électeurs de la majorité présidentielle estiment que l’appartenance de la France à l’Union européenne est une bonne chose, contre seulement 24 % chez ceux du RN

Elections européennes : des électeurs de Macron à ceux de Marine Le Pen, des visions opposées

Quatre-vingt-huit pour cent des électeurs de la majorité présidentielle estiment que l’appartenance de la France à l’Union européenne est une bonne chose, contre seulement 24 % chez ceux du RN, selon la première vague de l’enquête sur les élections européennes réalisée par Ipsos-Sopra Steria pour « Le Monde » et le Cevipof. 

Par Brice Teinturier(Directeur général délégué d’Ipsos)Publié hier à 06h30, modifié hier à 06h30

https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/07/01/elections-europeennes-des-electeurs-de-macron-a-ceux-de-marine-le-pen-des-visions-opposees_6180077_823448.html

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Les élections européennes sont en général redoutées par les états-majors politiques tant elles s’accompagnent à chaque fois d’une surprise, d’une lourde défaite pour des formations traditionnelles ou de l’irruption d’une nouvelle force politique venant modifier le paysage partisan et posant à chaque fois la question de sa pérennité. Ce que le politologue Jean-Luc Parodi appelait « l’ouverture de l’accordéon électoral ». Mais ce que montre la première vague de l’enquête sur ce scrutin, qui aura lieu en juin 2024, réalisée par Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde et le Cevipof, c’est à quel point le thème de l’Europe fracture l’ensemble des électorats.

Le premier clivage, sans doute le plus marquant, est évidemment celui qui oppose les électeurs de la majorité présidentielle à ceux du Rassemblement national (RN) et de Reconquête !. Quels que soient les indicateurs pris en compte, les premiers constituent l’électorat le plus en soutien et le plus ardent de l’appartenance de la France à l’Europe et de son action, tandis que les seconds en sont des détracteurs tout aussi ardents et résolus. Quatre-vingt-huit pour cent des sympathisants de Renaissance, du MoDem et d’Horizons estiment ainsi que l’appartenance de la France à l’Union européenne (UE) est une bonne chose, contre seulement 24 % chez ceux du RN et 23 % à Reconquête !.

Les avantages d’une alliance EELV-PS

Même constat sur l’action de l’UE lors des crises. Si 74 % des électeurs proches de la majorité présidentielle estiment que l’appartenance de la France à l’UE a plutôt tendance à protéger les Français des effets des crises économiques, diplomatiques, environnementales ou sanitaires, 70 % des sympathisants de Marine Le Pen considèrent au contraire qu’elle les aggrave. Même opposition sur l’action de l’Europe en matière de politique économique (57 % des sympathisants de la majorité estiment que l’UE a une action positive dans ce domaine, contre seulement 11 % chez ceux du RN), de politique sociale (39 % contre 13 %) ou environnementale (53 % contre 18 %). Sans même parler de l’action de l’UE durant la crise du Covid-19 (68 % contre 17 %).

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Il y a là deux visions aux antipodes l’une de l’autre, susceptibles d’embarquer plus de la moitié de l’électorat à elles seules. Notons au passage que les plus critiques au sein de l’extrême droite à l’égard de l’Europe sont les électeurs de Reconquête !, ce qui ne fait pas de ceux du RN un électorat modéré en la matière, tant il a, lui-même, un jugement radicalement négatif sur l’action de l’UE.

La deuxième fracture se joue au sein de la gauche et elle est, là aussi, impressionnante : sur tous les indicateurs relatifs à l’Europe, les électeurs de La France insoumise (LFI) portent des jugements plus négatifs que positifs, faisant de cet électorat le deuxième plus critique, après l’extrême droite, à l’égard de l’Europe. Or, tel n’est pas du tout le cas des électeurs du Parti socialiste (PS) et d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Non seulement ces deux électorats sont extrêmement alignés mais ils sont clairement pro-européens. Leurs jugements sont plus proches de ceux de la majorité présidentielle que de ceux des « insoumis ». On voit donc mal comment, dans un scrutin européen, une liste de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) pourrait réunir ces trois formations, alors que, à l’inverse, on identifie très bien pourquoi le PS et EELV pourraient s’allier.

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Au-delà de la cohérence, une telle alliance aurait un autre avantage : elle permettrait d’atteindre, selon notre enquête, 15 % des intentions de vote, d’arriver en troisième position – ce qui, dans un scrutin où il n’y a pas de second tour et donc d’exigence d’unité pour se qualifier, est tout à fait honorable – et de reprendre le leadership à gauche sur LFI en vue de l’élection présidentielle de 2027. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il pourrait se consoler en arguant légitimement qu’avec lui sa formation obtenait 22 % à la présidentielle contre de 8,5 % à 9,5 % pour une liste LFI aux européennes, selon notre enquête. Soit deux ou trois points seulement de plus qu’en 2019, où elle n’avait obtenu que 6,3 %.

Ambiguïté du parti LR

La troisième fracture qu’introduit l’élection européenne concerne le parti Les Républicains (LR) : cet électorat reste globalement attaché à l’Union européenne. La perception de son action, à l’exception de la politique migratoire, est perçue comme plus positive que négative. Soixante-six pour cent des électeurs LR pensent ainsi que l’appartenance de la France à l’UE est une bonne chose, 18 %, une mauvaise, soit un différentiel de + 48. Rappelons que celui-ci est de – 34 au RN et de – 41 chez les électeurs de Reconquête !. De même, 34 % seulement des électeurs de droite ressentent de la déception ou du rejet en pensant à l’UE alors que c’est le cas de 44 % de ceux de LFI, de 63 % des électeurs RN et de 75 % de ceux de Reconquête !.

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Mais le tropisme européen des électeurs LR reste, malgré tout, mitigé : une forte minorité de jugements négatifs coexiste avec une majorité relative de jugements positifs, rendant sa position beaucoup plus délicate à tenir puisque la fracture se situe au sein même de son électorat. Globalement, les Français ressentent bien cette ambiguïté puisque 40 % estiment que les Républicains sont favorables au projet européen tel qu’il est mis en place actuellement et 41 % qu’ils y sont favorables mais pas tel qu’il est mis en place, 18 % seulement les percevant comme opposés à l’Europe.

La quatrième fracture enfin concerne… l’abstention ! Seulement 46 % des Français s’intéressent à cette élection, avec un écart de 22 points entre les 18-24 ans (40 % d’intérêt) et les plus de 70 ans (62 %), conduisant à date à une abstention potentielle proche de celle de 2019 (50,1 %). Plus que jamais, les européennes peuvent être le scrutin de tous les dangers.

Sondage Ipsos-Sopra Steria, réalisé pour Sciences Po et « Le Monde » du 16 au 26 juin, sur un échantillon de 10 631 personnes, représentatif de la population française inscrite sur les listes électorales, âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).

Brice Teinturier(Directeur général délégué d’Ipsos)

Elections européennes : la tripartition de la vie politique s’installe en France

Trois principaux blocs – le Rassemblement national, le camp présidentiel et l’alliance de la gauche – sont donnés en tête des intentions de vote pour le scrutin de juin 2024, selon la première vague de l’enquête sur cette élection, réalisée par Ipsos-Sopra Steria pour « Le Monde » et le Cevipof. 

Par Matthieu GoarPublié hier à 06h30, modifié hier à 08h42

https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/07/01/elections-europeennes-la-tripartition-de-la-vie-politique-s-installe-en-france_6180080_823448.html

Jean-Luc Mélenchon lors d’une journée de mobilisation contre la réforme des retraites, à Paris, le 6 juin 2023.  AGNES DHERBEYS / MYOP POUR « LE MONDE »

Dans un pays pris de convulsions, la prochaine auscultation démocratique n’est pas pour tout de suite. Après les sénatoriales de septembre, scrutin au suffrage indirect, le premier véritable test de l’opinion n’aura lieu que dans un an. Les élections européennes se tiendront le dimanche 9 juin 2024.

Les partis commencent à peine à esquisser leur stratégie. De la réforme des retraites aux récentes émeutes qui embrasent les villes, le pouvoir exécutif est ballotté de crise en crise. Les oppositions, elles, continuent leur travail de sape dans les médias ou dans les travées d’une Assemblée nationale morcelée, sans vraiment savoir si cette agitation sera constructive.

A moins de douze mois de cette échéance électorale, Le Monde, l’institut Ipsos-Sopra Steria, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et Franceinfo ont mené une vaste enquête auprès d’un large panel de 10 631 Français pour mesurer les intentions de vote, mais aussi tenter de discerner l’évolution de l’attachement des Français à l’Europe politique.

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Et même si les enjeux sont différents des élections présidentielle et législatives de 2022, la tripartition de la vie politique française semble se confirmer. Face au camp présidentiel et à l’extrême droite, la gauche, divisée sur sa stratégie, pourrait venir perturber l’opposition frontale entre les « progressistes europhiles » et les « nationaux », un clivage théorisé par Emmanuel Macron et Marine Le Pen depuis 2017. Il reste à savoir si ce scrutin se jouera sur des débats français, comme le ressentiment créé par la réforme des retraites, ou sur des enjeux plus globaux.

Rancœur sociale et identitaire

Si les bureaux de vote ouvraient ce week-end, une liste du Rassemblement national (RN) menée par le président du parti, Jordan Bardella, arriverait en tête dans toutes les hypothèses, à 24 % ou 25 %, un niveau un peu supérieur à celui de 2019 (23,34 %). Avec les listes de Reconquête ! et de Debout la France !, l’extrême droite est mesurée entre 32 % et 35 %, en hausse par rapport au premier tour de l’élection présidentielle de 2022. Ce scrutin est un test majeur pour Marine Le Pen, qui espère bénéficier de plusieurs thématiques de préoccupation, notamment le pouvoir d’achat (50 % des sondés, – 7 points par rapport à juin 2022), l’immigration (30 %, + 7 points) et la délinquance (27 %, + 6 points).

Cette rancœur sociale et identitaire sera peut-être encore alimentée par la réforme des retraites sur laquelle le RN espère capitaliser jusqu’en 2027.

Mais les cadres du parti lepéniste font face à plusieurs écueils. Alors que leur électorat semble moins intéressé par cette élection que celui d’Emmanuel Macron (48 % contre 55 %), la mobilisation sera une donnée-clé pour les frontistes. Sans oublier la russophilie du parti d’extrême droite qui pourrait agir comme un repoussoir chez les hésitants. Malgré une certaine habituation, la guerre en cours en Ukraine suscite toujours une vive inquiétude (78 %, – 12 points par rapport à mars 2022). Dans ce contexte, les positions du RN sont critiquées : 39 % des sondés se disant en désaccord avec les déclarations des cadres de la formation de Marine Le Pen sur ce sujet (27 % en accord).

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En apparence, un nouveau duel, similaire à celui de 2019, semble donc se dessiner, puisqu’une liste Renaissance menée par le chef du parti présidentiel, Stéphane Séjourné, arriverait en seconde position. Sauf que, cette fois-ci, l’Elysée devra aussi surveiller la gauche de l’échiquier. La stratégie de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), tiraillée entre la volonté mélenchoniste de rester unie et les tentations d’autonomie d’une partie des socialistes et des écologistes, pourrait avoir des conséquences pour le président de la République.

Une gauche rassemblée récolterait 24 %, faisant jeu égal avec les macronistes. Un argument que ne manque pas de mettre en avant La France insoumise (LFI). Mais lorsque le Parti socialiste (PS) et Europe Ecologie-Les Verts (EELV) montent leur propre liste ou s’unissent à part, le total des sièges récoltés par la gauche est plus haut. Et surtout, l’affaiblissement de Renaissance est plus net (21 % face à quatre candidats de gauche et 23 % face à une liste unie EELV-PS). A l’écart de LFI, les Verts et les socialistes semblent capables d’attirer une partie de la gauche sociale-démocrate europhile déçue par Emmanuel Macron mais ultra-méfiante vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon.

Réel attachement au projet européen

Ces mouvements de l’électorat s’expliquent par les clivages au sein des grandes familles politiques. Au cœur d’une opinion loin d’avoir basculé dans l’euroscepticisme, le rapport à la construction européenne est, comme toujours, un miroir des fractures politiques et sociales.

Dans la globalité, la France n’est pas europhobe, avec, au contraire, plusieurs indicateurs qui montrent un réel attachement au projet européen ; 54 % des sondés estiment que l’appartenance à l’Union européenne (UE) est une bonne chose, en progression de neuf points par rapport à 2014, 29 % déclarant que c’est une mauvaise chose.

L’échelon continental est surtout loué pour sa capacité à « protéger les Français des différentes crises économiques, diplomatiques, environnementales ou sanitaires » (42 %, + 12 points par rapport à 2018), même si les avis sont très mitigés (41 % pensent qu’il les aggrave, – 11 points). Le passé récent, avec des événements majeurs comme la guerre en Ukraine et la montée en puissance de certaines thématiques comme la protection de l’environnement, ont renforcé ce sentiment ; 42 % jugent ainsi que l’UE a joué un rôle positif lors de l’épidémie de Covid-19.

L’idée d’un « Frexit », c’est-à-dire le retrait de la France de l’UE, développée par l’extrême droite pendant de nombreuses années, est ainsi loin d’être majoritaire dans l’opinion ; 77 % des sondés se disent ainsi favorables au projet européen. Cette adhésion est à nuancer. Car la société française est toujours traversée par des doutes profonds, signe que les lignes eurosceptiques et eurocritiques de plusieurs formations politiques sont porteuses. Ainsi, 52 % du panel est « favorable au projet, mais pas tel qu’il est mis en place ».

Méfiance

Cette méfiance se reflète dans plusieurs items. D’abord, une grande partie des Français semblent toujours aussi susceptibles sur toute perte de souveraineté. Ainsi, 59 % d’entre eux sont d’accord avec l’idée qu’il faut « renforcer les pouvoirs de décision de notre pays, même si cela doit conduire à limiter ceux de l’Europe » (20 % développent une vision plus fédéraliste). Ce sentiment national est en recul depuis avril 2016 (74 %), mais il est toujours majoritaire.

Car l’UE continue à attirer les critiques sur deux grandes thématiques : la mondialisation économique et l’immigration. Ainsi, 45 % des sondés jugent négativement l’action de l’UE –27 % ont un avis positif – en matière de politique économique, 40 % estiment qu’elle protège mal des effets de la mondialisation (28 %) et 56 % pensent de même au sujet de la politique migratoire (14 %).

Ces critiques sont largement majoritaires dans les catégories populaires. Seulement 19 % des employés et 15 % des ouvriers considèrent que l’UE agit positivement en matière économique. A peine 14 % des professions intermédiaires louent la politique migratoire de l’UE. Et 40 % des ouvriers voient dans l’appartenance à l’UE une mauvaise chose. Encore une fois, l’Europe agit comme un puissant révélateur de la faille séparant une France à l’aise dans la mondialisation et une France confrontée aux difficultés. Comme lors des précédentes échéances électorales, le macronisme séduit ainsi les CSP+ et les retraités aisés, deux des catégories les plus europhiles du panel.

Ce contexte est un réel carburant pour LFI et le RN, qui apparaissent comme les plus hostiles au projet européen tel qu’il est mené, respectivement par 53 % et 67 % des sondés. Seulement 28 % et 21 % du panel disent la même chose au sujet d’EELV et du PS.

Si elles se présentent de manière autonome, les listes de gauche peuvent conquérir un électorat plus disparate. Sauf que le score apparaît alors moins flatteur, surtout pour les troupes de Jean-Luc Mélenchon, oscillant entre 8,5 % et 9,5 %, à la fois largement dépassées par Renaissance mais aussi par leurs alliés socialistes et écologistes. De quoi relancer le débat d’une liste unie. Des discussions qui devraient occuper les états-majors de la Nupes pendant de longs mois.

Sondage Ipsos-Sopra Steria, réalisé pour Sciences Po et « Le Monde », du 16 au 26 juin, sur un échantillon de 10 631 personnes, représentatif de la population française inscrite sur les listes électorales, âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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