J’ai découvert l’indomptable Jean-Louis Murat le jour de sa mort
Hommage
Publié le 25/05/2023 à 20:00

Xavier Leoty / AFP
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Publié le 25/05/2023 à 20:00
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Jean-Louis Murat est mort à l’âge de 71 ans, dans sa chère et tendre Auvergne. L’artiste s’est démarqué non pas par sa pop (qui se veut) sophistiquée mais par ses apparitions médiatiques pour le moins électriques. Le label Pias sort ce vendredi un best-of du chanteur.
Découvrir un artiste le jour de sa mort est une expérience intrigante. Son œuvre n’ayant traversé ni de près ni de loin notre vie, on le découvre dans les yeux de ceux qui l’adulaient – ou lui sont sont restés hermétiques. Pour Jean-Louis Murat, mort ce jeudi 25 mai, les avis semblent contrastés. « Insolent », « gouailleur », « franc-tireur », tant de caractéristiques qui témoignent de ses déclarations osées dans la presse, voire de mauvais goût avec ses commentaires acides sur Rihana et Angèle. Jean-Louis Murat aura eu le mérite de ne jamais faire de courbettes pour satisfaire les exigences du showbiz parisien.
À LIRE AUSSI : Tina Turner, la « reine du rock’n’roll » ? Non, la reine des ringardes (du moins en 1984)
Mais le « tu es bizarre comme mec », de Thierry Ardisson pour conclure son entretien avec Jean-Louis Murat en 1992 sort du lot. « Bizarre » semble, dans toute la nébulosité et l’ambiguïté du terme, bien coller à la peau de ce rebelle. Avec sa vingtaine d’albums, il montait sur scène non « pas pour faire plaisir aux gens » mais pour les « déstabiliser », voire « les dégoûter », comme il le confiait à l’AFP en 2014.
« LE SEUL CHARME QUE JE TROUVE À CLERMONT, C’EST QUE C’EST CHEZ MOI »
Sur Internet, on trouve presque autant d’occurrences autour de sa ville natale, Clermont-Ferrand, qu’autour de sa musique. Olivier Bianchi, le maire actuel de la ville a même écrit sur Twitter qu’« une part de l’Auvergne part avec lui ». Enfant, le jeune Jean-Louis Bergheaud, pour l’état-civil, passe beaucoup de temps chez ses grands-parents dans une ferme isolée à Murat-le-Quaire, village auvergnat dont l’artiste adoptera le nom quelques années plus tard. En 1992, il assure encore à Thierry Ardisson : « j’ai envie de redevenir mon grand-père, le futur ne m’intéresse pas ». C’est vrai que dès son premier titre Suicidez-vous le peuple est mort, sa musique n’a pas l’air d’envisager le futur mais cherche plutôt à toucher par des textes ciselés et mélancoliques.
À LIRE AUSSI : Biolay, Murat, Luciani… Qui peut sauver la chanson française ?
Sortie en 1981, cette chanson est d’ailleurs un scandale national, au point que toutes les maisons de disques lui tournent le dos. Il répond à cette polémique avec un flegme assez délicieux à contempler : « Ça ne porte pas à sourire évidemment. C’était une rupture, j’étais maudit après… ». Loin du personnage provocateur qu’on vend dans ses nécrologies, se découvre un homme sombre, qui a besoin de sa main pour tenir sa tête tant il est shooté à la véganine, cet antidouleur codéiné devenu « sa super copine ». Il devra attendre 1987 et l’intérêt des Anglais du label Virgin pour sortir Si je devais manquer de toi, un slow groovy et charmeur et enfin avoir la reconnaissance du public. Son album, Cheyenne Autumn, en 1989, scelle son succès.
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Malgré sa notoriété grandissante, Jean-Louis Murat ne prend pas la mouche. Avec sa vie d’artiste, son quotidien est rythmé d’allers-retours entre Clermont-Ferrand et Paris, préférant dormir dans des hôtels sans âme pour faire la promo de ses albums que de quitter sa ville natale qu’il chérit tant. Pour autant, il ne fait pas de son origine une fierté, comme la chanteuse Angèle a pu le faire avec son tube Bruxelles je t’aime. Pour Jean-Louis Murat, « Clermont est une ville sans charme particulier, le seul attrait que j’y trouve, c’est que c’est chez moi. Je vis pépère là-bas ». En 1990, il sort un mini-album, Murat en plein air, dans lequel il rend un hommage délicat au monde paysan, à sa région et à la nature en général.
MURAT/ FARMER ! ?
Quoi ? Mylène Farmer a choisi le discret Murat pour son premier duo en 1991 ? Le registre des artistes paraît antithétique : Mylène et ces cheveux de feux viennent de sortir L’Autre porté par le single Désenchantée qui résonne encore dans les boîtes de nuit, Murat semble être un poète maudit aux textes cryptiques qui se planque dans sa baraque auvergnate. Leur seul point commun, peut-être, est de clamer appartenir « une génération désenchantée » … Et pourtant, Regrets est une réussite. Sur une musique douce et vaporeuse de Laurent Boutonnat, les deux voix s’accordent à merveille, chantant, sous la forme d’un dialogue, les sentiments d’un couple frappé par la mort de l’un des deux. Mylène Farmer et Jean-Louis Murat partagent cette même allure glacée presque angélique.
Le titre sera encensé par la critique, et permettra au nouvel album de Jean-Louis Murat, Le Manteau de pluie, de prospérer avec une première apparition au Top 50 en 1992 avec le morceau Sentiment nouveau.
RENAUD OU POLNAREFF ? « DES GROS CONS »
S’ensuivent plusieurs albums aux succès contrastés : Vénus, Dolorès, Mustango, Grand Lièvre, Toboggan, Babel, Morituri, Travaux sur la N89, Il Francese, Innamorato… Surtout, le flegme de ses apparitions médiatiques du début de sa carrière va se transformer, à partir des années 2000, en une fureur à l’humour inégal (comme ses albums ? ). Jean-Louis Murat tire sur tout ce qui bouge : en 2011, il dénonce (ou défonce ?) Les Enfoirés dans les colonnes du Point dont il juge le « système dégoûtant ». « Les jolis cœurs, les-plus-généreux-que-moi-tu-meurs, je n’y crois pas du tout », déclare-t-il. Il parle de Renaud ou de Michel Polnareff comme « des gros cons », critique Jean-Jacques Goldman ou encore l’intouchable Johnny Hallyday : « À cause de lui, nous sommes passés pour des tocards pendant cinquante ans », juge-t-il. Pour en arriver à s’en prendre à Johnny, le bonhomme ne devait vraiment en avoir rien à foutre de son image. Comme quoi, un artiste timide peut cacher un homme coriace.
À LIRE AUSSI : « Step by Step », « Soulshine Quatre albums pour réconcilier les « boomers » avec la musique électro

Vous souhaitez donner votre avis sur cet article ?LIRE 1 COMMENTAIRE
Mais voilà, le panache sombre dans l’aigreur… En pleine promotion de son nouvel album Baby Love, en 2020, Jean-Louis Murat s’en prend violemment à la chanteuse Angèle dans Paris Match qu’il traite de « Chantal Goya 2.0 » qui « nous dit “Tu ne regardes pas, tu ne touches pas” tout en faisant des chorégraphies de peep-show ». Pour lui, Beyoncé et Rihanna, « n’ont jamais écrit un titre. Si elles n’avaient pas des mecs derrière, elles n’en seraient pas là ». Face à un artiste dépassé par son époque, les rires deviennent jaunes… Hasard du calendrier, le label Pias doit sortir vendredi un best-of du chanteur, rassemblant vingt de ses titres les plus emblématiques. Sinon, faites un tour sur le compte YouTube de l’INA pour (re) découvrir ses moments électriques de télévision. Un hommage piquant… À son image.
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J’ai découvert l’indomptable Jean-Louis Murat le jour de sa mort : un artiste timide peut cacher un homme coriace
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Jean-Louis Murat est mort à l’âge de 71 ans, dans sa chère et tendre Auvergne. L’artiste s’est démarqué non pas par sa pop (qui se veut) sophistiquée mais par ses apparitions médiatiques pour le moins électriques. Le label Pias sort ce vendredi un best-of du chanteur.
Découvrir un artiste le jour de sa mort est une expérience intrigante. Son œuvre n’ayant traversé ni de près ni de loin notre vie, on le découvre dans les yeux de ceux qui l’adulaient – ou lui sont sont restés hermétiques. Pour Jean-Louis Murat, mort ce jeudi 25 mai, les avis semblent contrastés. « Insolent », « gouailleur », « franc-tireur », tant de caractéristiques qui témoignent de ses déclarations osées dans la presse, voire de mauvais goût avec ses commentaires acides sur Rihana et Angèle. Jean-Louis Murat aura eu le mérite de ne jamais faire de courbettes pour satisfaire les exigences du showbiz parisien.
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Mais le « tu es bizarre comme mec », de Thierry Ardisson pour conclure son entretien avec Jean-Louis Murat en 1992 sort du lot. « Bizarre » semble, dans toute la nébulosité et l’ambiguïté du terme, bien coller à la peau de ce rebelle. Avec sa vingtaine d’albums, il montait sur scène non « pas pour faire plaisir aux gens » mais pour les « déstabiliser », voire « les dégoûter », comme il le confiait à l’AFP en 2014.
« LE SEUL CHARME QUE JE TROUVE À CLERMONT, C’EST QUE C’EST CHEZ MOI »
Sur Internet, on trouve presque autant d’occurrences autour de sa ville natale, Clermont-Ferrand, qu’autour de sa musique. Olivier Bianchi, le maire actuel de la ville a même écrit sur Twitter qu’« une part de l’Auvergne part avec lui ». Enfant, le jeune Jean-Louis Bergheaud, pour l’état-civil, passe beaucoup de temps chez ses grands-parents dans une ferme isolée à Murat-le-Quaire, village auvergnat dont l’artiste adoptera le nom quelques années plus tard. En 1992, il assure encore à Thierry Ardisson : « j’ai envie de redevenir mon grand-père, le futur ne m’intéresse pas ». C’est vrai que dès son premier titre Suicidez-vous le peuple est mort, sa musique n’a pas l’air d’envisager le futur mais cherche plutôt à toucher par des textes ciselés et mélancoliques.
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Sortie en 1981, cette chanson est d’ailleurs un scandale national, au point que toutes les maisons de disques lui tournent le dos. Il répond à cette polémique avec un flegme assez délicieux à contempler : « Ça ne porte pas à sourire évidemment. C’était une rupture, j’étais maudit après… ». Loin du personnage provocateur qu’on vend dans ses nécrologies, se découvre un homme sombre, qui a besoin de sa main pour tenir sa tête tant il est shooté à la véganine, cet antidouleur codéiné devenu « sa super copine ». Il devra attendre 1987 et l’intérêt des Anglais du label Virgin pour sortir Si je devais manquer de toi, un slow groovy et charmeur et enfin avoir la reconnaissance du public. Son album, Cheyenne Autumn, en 1989, scelle son succès.
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Malgré sa notoriété grandissante, Jean-Louis Murat ne prend pas la mouche. Avec sa vie d’artiste, son quotidien est rythmé d’allers-retours entre Clermont-Ferrand et Paris, préférant dormir dans des hôtels sans âme pour faire la promo de ses albums que de quitter sa ville natale qu’il chérit tant. Pour autant, il ne fait pas de son origine une fierté, comme la chanteuse Angèle a pu le faire avec son tube Bruxelles je t’aime. Pour Jean-Louis Murat, « Clermont est une ville sans charme particulier, le seul attrait que j’y trouve, c’est que c’est chez moi. Je vis pépère là-bas ». En 1990, il sort un mini-album, Murat en plein air, dans lequel il rend un hommage délicat au monde paysan, à sa région et à la nature en général.
MURAT/ FARMER ! ?
Quoi ? Mylène Farmer a choisi le discret Murat pour son premier duo en 1991 ? Le registre des artistes paraît antithétique : Mylène et ces cheveux de feux viennent de sortir L’Autre porté par le single Désenchantée qui résonne encore dans les boîtes de nuit, Murat semble être un poète maudit aux textes cryptiques qui se planque dans sa baraque auvergnate. Leur seul point commun, peut-être, est de clamer appartenir « une génération désenchantée » … Et pourtant, Regrets est une réussite. Sur une musique douce et vaporeuse de Laurent Boutonnat, les deux voix s’accordent à merveille, chantant, sous la forme d’un dialogue, les sentiments d’un couple frappé par la mort de l’un des deux. Mylène Farmer et Jean-Louis Murat partagent cette même allure glacée presque angélique.
Le titre sera encensé par la critique, et permettra au nouvel album de Jean-Louis Murat, Le Manteau de pluie, de prospérer avec une première apparition au Top 50 en 1992 avec le morceau Sentiment nouveau.
RENAUD OU POLNAREFF ? « DES GROS CONS »
S’ensuivent plusieurs albums aux succès contrastés : Vénus, Dolorès, Mustango, Grand Lièvre, Toboggan, Babel, Morituri, Travaux sur la N89, Il Francese, Innamorato… Surtout, le flegme de ses apparitions médiatiques du début de sa carrière va se transformer, à partir des années 2000, en une fureur à l’humour inégal (comme ses albums ? ). Jean-Louis Murat tire sur tout ce qui bouge : en 2011, il dénonce (ou défonce ?) Les Enfoirés dans les colonnes du Point dont il juge le « système dégoûtant ». « Les jolis cœurs, les-plus-généreux-que-moi-tu-meurs, je n’y crois pas du tout », déclare-t-il. Il parle de Renaud ou de Michel Polnareff comme « des gros cons », critique Jean-Jacques Goldman ou encore l’intouchable Johnny Hallyday : « À cause de lui, nous sommes passés pour des tocards pendant cinquante ans », juge-t-il. Pour en arriver à s’en prendre à Johnny, le bonhomme ne devait vraiment en avoir rien à foutre de son image. Comme quoi, un artiste timide peut cacher un homme coriace.
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Mais voilà, le panache sombre dans l’aigreur… En pleine promotion de son nouvel album Baby Love, en 2020, Jean-Louis Murat s’en prend violemment à la chanteuse Angèle dans Paris Match qu’il traite de « Chantal Goya 2.0 » qui « nous dit “Tu ne regardes pas, tu ne touches pas” tout en faisant des chorégraphies de peep-show ». Pour lui, Beyoncé et Rihanna, « n’ont jamais écrit un titre. Si elles n’avaient pas des mecs derrière, elles n’en seraient pas là ». Face à un artiste dépassé par son époque, les rires deviennent jaunes… Hasard du calendrier, le label Pias doit sortir vendredi un best-of du chanteur, rassemblant vingt de ses titres les plus emblématiques. Sinon, faites un tour sur le compte YouTube de l’INA pour (re) découvrir ses moments électriques de télévision. Un hommage piquant… À son image.