Au travail, des « risques invisibles » pèsent sur la santé des femmes
Dans un rapport présenté le 28 juin, la délégation aux droits des femmes du Sénat pointe le manque de prise en considération par les pouvoirs publics des problématiques auxquelles sont exposées les femmes dans leur activité professionnelle.
Par Catherine Quignon Publié aujourd’hui à 07h00, modifié à 11h16
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Des femmes « davantage exposées à des risques invisibles et silencieux », des statistiques genrées « insuffisamment exploitées », des politiques de prévention « focalisées sur l’homme moyen » : après plus de six mois d’enquête, la délégation aux droits des femmes du Sénat a livré le 28 juin, dans un rapport de Laurence Rossignol (Parti socialiste), Laurence Cohen (Parti communiste), Annick Jacquemet (Union centriste), Marie-Pierre Richer (rattachée Les Républicains), ses conclusions sur les liens entre travail et santé des femmes.
Alors que le nombre d’accidents du travail explose chez ces dernières depuis vingt ans, ces liens demeurent encore « impensés », s’alarme le rapport. Dans un marché du travail qui s’est largement tertiarisé, les femmes sont désormais les premières victimes de troubles musculosquelettiques et sont trois fois plus nombreuses à faire état de troubles psychiques liés au travail que les hommes.
Statistiques « très peu exploitées »
Pourtant, les statistiques genrées, quand elles existent, « sont très peu exploitées », a signalé Annick Jacquemet lors de la présentation du rapport. Aussi, l’Assurance-maladie ne se penche pas sur les statistiques sexuées en termes d’accidents du travail, « statistiques dont l’organisme dispose pourtant ».
Cette « supposée neutralité », mais aussi la volonté de ne pas faire de discriminations entre les salariés, a conduit les entreprises et les politiques publiques de prévention à se focaliser « sur l’homme moyen, à savoir le travailleur masculin », a poursuivi la sénatrice du Doubs. Le rapport fait notamment un focus sur le secteur du soin, composé à 80 % de femmes, où les salariés sont nombreux à effectuer des horaires atypiques.
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Or les liens entre travail de nuit et cancer du sein ont longtemps été ignorés, a rappelé Marie-Pierre Richer. Et de relever qu’après des années de bataille juridique, c’est seulement en mars 2023 qu’une ancienne infirmière a pu faire reconnaître son cancer du sein comme une maladie professionnelle.
Dans le secteur du nettoyage, qui concentre une majorité de femmes de plus de 50 ans en situation précaire, les salariées sont non seulement exposées à de la pénibilité physique, mais aussi à sept produits cancérogènes courants en moyenne dans les produits de nettoyage qu’elles utilisent. Sans que les pouvoirs publics s’emparent du sujet, s’est émue la sénatrice.
Equipements pensés pour « l’homme moyen »
Quant aux équipements de prévention, au matériel ou encore aux postes de travail, ils sont également pensés pour le gabarit de l’« homme moyen », a pointé Annick Jacquemet : et la sénatrice de donner l’exemple des « gants de protection utilisés par les soignantes et les femmes de ménage », « qui sont trop grands et laissent passer les produits ». Exposées à des risques encore mal mesurés, soumises à des carrières moins linéaires que les hommes, les femmes sont seulement 23 % à bénéficier du compte personnel de prévention.
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Autre sujet abordé dans le rapport : la prise en charge de l’endométriose et des pathologies liées à la variation des cycles hormonaux, notamment lors de la ménopause. Un enjeu de santé publique mais aussi « d’égalité professionnelle », souligne le document.
Si la mise en place d’un congé menstruel généralisé n’a pas été retenue parmi les propositions, le rapport propose d’ajouter l’endométriose à la liste des affections de longue durée (ALD) et plaide pour l’adaptation des conditions de travail, ainsi qu’une sensibilisation des employeurs et des médecins du travail à ces problématiques.
« Adopter une approche genrée »
Plus largement, il est nécessaire d’adopter une « approche genrée de la santé des femmes au travail » et de créer une « prise de conscience au niveau de la société, des employeurs et au niveau syndical », a défendu la vice-présidente de la délégation aux droits des femmes, Laurence Cohen.
Le rapport propose par ailleurs d’étudier davantage les données genrées, d’adapter les mesures de prévention, notamment dans les secteurs féminisés, ou encore de réviser les critères de pénibilité pour améliorer la reconnaissance des maladies professionnelles chez les femmes.