Un collectif dénonce la marchandisation de la santé: derniers exemples, des cabines de télé-médecine les gares*, des télé-consultations avec des infirmières**

« La marchandisation des soins et la financiarisation de la santé s’opposent à l’idéal d’un système solidaire, équitable et de qualité »

Tribune

Collectif

La marchandisation croissante de la santé, notamment à travers les offres commerciales de téléconsultation, induit un risque de dégradation de la qualité des soins, de déshumanisation et d’aggravation des inégalités, alerte, dans une tribune au « Monde », un collectif de sept responsables d’organisations professionnelles de la santé.

Publié le 15 juin 2023 à 18h00  Temps de Lecture 3 min. https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/06/15/la-marchandisation-des-soins-et-la-financiarisation-de-la-sante-s-opposent-a-l-ideal-d-un-systeme-solidaire-equitable-et-de-qualite_6177809_3232.html 

La santé est un bien précieux, de portée constitutionnelle, qui devrait échapper aux logiques purement lucratives. Aujourd’hui, dans un contexte de raréfaction des ressources en santé, les dérives commerciales se multiplient, ébranlent les valeurs de notre système et compromettent par là même les fondements d’une santé équitable, solidaire et accessible à tous, telle qu’elle résulte des principes de la Sécurité sociale de 1945.

S’agissant de l’offre de santé de proximité et des soins primaires en particulier, ces principes d’égalité d’accès aux soins, de qualité des soins et de solidarité, fragilisés et menacés, doivent être défendus avec force.

De nombreuses modalités d’offres de soins fleurissent : centres de soins non programmés, cabines de téléconsultation, ou encore offres de téléconsultations « 24 heures sur 24 – 7 jours sur 7 », parfois contre abonnement mensuel payant.

Ce dernier type d’initiative interroge quant au modèle économique. Est-il principalement axé sur la rentabilité financière, validant par là même l’idée que la consultation d’un professionnel de santé relèverait d’une simple transaction commerciale ? Ou bien cherche-t-il à orienter les patients vers des explorations complémentaires ou des interventions lucratives au sein du secteur privé, générant ainsi des revenus importants ?

Prioriser la prévention et le suivi durable

Nous souhaitons alerter et mettre en garde contre cette vision à court terme de la prise en charge en soins primaires, entretenant l’illusion d’une réponse immédiate à tout besoin ressenti, sans tenir compte de la complexité des situations, et au mépris des dérives et conséquences néfastes sur le long terme pour les usagers. En premier lieu, il existe un risque de dégradation de la qualité des soins.

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Une médecine exclusivement centrée sur la demande de soins non programmés conduit à une fragmentation des soins, quand les études montrent qu’une bonne continuité des soins est associée à une réduction des hospitalisations et de la mortalité. Cette approche simpliste, qui néglige la dimension holistique de la santé, constitue un recul pour la qualité des soins. Elle est source de (sur) prescriptions inappropriées et pourrait conduire à une médicalisation excessive des problématiques du quotidien, y compris sociales.

L’urgence consiste à prioriser la prévention et un suivi durable, à répondre à l’enjeu crucial de la gestion des patients souffrant de maladies chroniques et des personnes âgées, plutôt que de (sur) valoriser des actes médicaux ponctuels. En second lieu, cette initiative constitue une désorganisation de l’offre de soins avec le risque d’accentuer les déserts médicaux.

Investir dans la formation et l’installation des futurs médecins

De nombreux médecins à la sortie de leur formation risquent d’être détournés de l’exercice de la médecine générale et des territoires, attirés par les incitations financières de prestataires commerciaux, assorties d’une promesse d’un mode d’exercice moins contraignant. En présentant, le 6 janvier, ses vœux aux acteurs de la santé, le président de la République a promis pour la fin de l’année un médecin traitant aux 600 000 patients en affection de longue durée (ALD) qui semblent en être privés.

Il est urgent de réallouer les ressources médicales limitées aux priorités collectives de santé publique, et d’investir dans la formation et l’installation des futurs médecins afin qu’ils exercent le métier pour lequel les universités les ont formés et au service de la population qui en a le plus besoin.

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L’industrialisation de ces activités de téléconsultations dénuées de tout contact physique avec le patient pourrait conduire en outre à une forme de déshumanisation des métiers de la santé : les professionnels étant réduits à de simples exécutants, robotisés, soumis à l’épuisement professionnel et à la perte de sens de leur métier.

Contre l’aggravation des inégalités sociales et territoriales

En dernier lieu, ces dérives commerciales font peser un risque majeur d’aggravation des inégalités sociales et territoriales de santé. Certaines des modalités décrites conduiront à créer un double système de santé dans lequel ceux qui ont les moyens financiers peuvent se permettre des services privilégiés, tandis que les plus vulnérables et les moins favorisés sont laissés pour compte.

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Se prémunir d’une « médecine à deux vitesses », d’une division sociale dans l’accès aux soins de santé, constitue alors une priorité qui relève du principe éthique. Il est crucial de ne pas éloigner des soins les populations les plus vulnérables et de garantir la même qualité et le même accès aux soins et à la santé pour tous.

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En conclusion, la marchandisation des soins et la financiarisation de la santé s’opposent à l’idéal d’un système solidaire, équitable et de qualité dans lequel les soins primaires doivent jouer un rôle prépondérant, afin de garantir une utilisation optimale des ressources et une prise en charge centrée sur les besoins de tous les patients qui place la santé publique au-dessus des intérêts commerciaux.

les signataires de la tribune : Olivier Saint-Lary, médecin généraliste, président du Collège national des généralistes enseignants ; Olivia Fraigneau, interne de médecine d’urgence, présidente de l’Intersyndicale nationale des internes ; Paul Frappé, médecin généraliste, président du Collège de la médecine générale ; Sylvain Gautier, médecin de santé publique, secrétaire général de la Société française de santé publique ; Raphaël Presneau, interne de médecine générale, président de l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale ; Rémi Salomon, médecin pédiatre,président de la Conférence des présidents de commissions médicales d’établissement des CHU ; Yaël Thomas, étudiant en médecine, président de l’Association nationale des étudiants en médecine de France.

Collectif

* Les gares SNCF bientôt équipées de cabines de télémédecine

Par A.M. le 19-06-2023 https://www.egora.fr/actus-pro/acces-aux-soins/80863-les-gares-sncf-bientot-equipees-de-cabines-de-telemedecine#xtor=EPR-3-2%5BNews_a_la_Une%5D-20230623-%5B_1%5D

La SNCF a diffusé un appel d’offres pour équiper 1 735 gares de cabines de télémédecine. Elles pourront être installées dans les halls, sur les parvis ou dans les parkings des gares, situées dans des zones sous-dotées. 

Après les pharmacies, les mairies et les supermarchés, les gares. La société SNCF Gares et connexion, en charge de la gestion et du développement des gares, a publié un avis de mise en concurrence en février dernier, visant à équiper 1 735 gares de cabines de télémédecine.  

Les emplacements vont « de l’emprise au sol dans les halls de gares, sur les parvis des gares ou dans les parkings des gares, à des locaux à l’intérieur des gares », précise l’avis. « Toutes les gares proposées se situent en zones d’intervention prioritaire. » 

Si la télémédecine sera l' »activité principale », des activités secondaires « contribuant à dynamiser l’activité principale et à en optimiser le modèle économique » pourront être autorisées telles qu’une « offre paramédicale » ou la « vente de produits ». 

La date limite de réception des offres était fixée au 24 avril, pour un contrat signé au plus tard le 17 juillet. D’après La Lettre A, deux sociétés sont en concurrence : le leader Medadom, qui comptabilise plus de 3 400 cabines, bornes, consoles ou totems de télémédecine et équipe déjà un grand nombre de pharmacies, et le challenger Loxamed, qui possède 250 « stations » de télémédecine et avait déjà contractualisé avec la SNCF pour proposer des cabines de dépistage durant la crise du Covid. 

[avec La Lettre A]

**« Un cabinet sans médecin, mais avec 120 médecins potentiellement en téléconsult’ et une infirmière sur place, c’est notre réponse aux déserts médicaux »

https://www.jim.fr/medecin/debats/e-docs/_un_cabinet_sans_medecin_mais_avec_120_medecins_potentiellement_en_teleconsult_et_une_infirmiere_sur_place_cest_notre_reponse_aux_deserts_medicaux__197757/document_actu_pro.phtml

Répondre à la question des déserts médicaux est l’enjeu du moment. Fort de ses années d’urgentiste, Jérémie Goudour a décidé de mettre sa pierre à l’édifice grâce à un modèle territorial de téléconsultation : Omedys. 

Jérémie Goudour, ancien urgentiste, a voulu développer une solution pour les patients qui font face un problème de santé alors que leur médecin traitant est en vacances ou dans l’incapacité de les recevoir en consultation. Car ce sont ces patients-là, additionnés à tous ceux qui n’ont plus de médecins traitants qui échouent dans la salle d’attente des urgences.

Omedys est le premier cabinet de téléconsultation assisté et augmenté organisé sur un territoire. 120 médecins sont affiliés. Les médecins « partagent un temps médical résiduel disponible par vacations d’une demi-journée ou d’une journée, en complément d’une activité clinique habituelle. Ils sont en téléconsultation, alors que sur place, le patient est accompagné par un professionnel de santé, physiquement présent : une infirmière ou un pharmacien qui effectue la consultation grâce à des outils comme des stéthoscopes, otoscope connectés, caméra … » explique Jérémie Goudour. Pour l’instant Omedys est implanté dans la Sarthe et bientôt en Normandie et en Occitanie.

« Notre innovation est essentiellement organisationnelle, complètement dans le cadre réglementaire, éthique, déontologique et scientifique, C’est un nouveau modèle de cabinet médical. Nous sommes validés par l’Ordre des médecins, l’assurance maladie, et les ARS », reprend Jérémie Goudour.

L’aventure commence en 2017 Jérémie Goudour et son associé se forment à la santé connectée à Bichat. En 2018, ils persuadent l’Ordre, les syndicats de médecins, l’assurance maladie et l’ARS du bienfondé de leur projet. Les professionnels ne sont pas enthousiastes face à cette nouvelle technologie. Le Covid leur permet de montrer l’avenir de la téléconsultation et d’ôter des esprits les plus sceptiques l’image d’une pratique dangereuse. Aujourd’hui ils réalisent 30 000 consultations par an. « C’est un modèle qui apporte une brique dans la résolution du problème de l’accès aux soins. »

La solution est liée au médecin traitant du patient : « soit, il nous l’envoie et nous lui adressons le compte rendu. Si le patient n’a pas de médecin traitant, nous le recevons en téléconsultation et scoront sa fragilité. Nous travaillons avec les CTS (Conseils territoriaux de santé) et l’Assurance maladie qui vont leur adresser un médecin traitant physique dans leur zone géographique d’habitation. Cela permet de mettre de la progressivité dans la réattribution des médecins traitants pour les personnes fragiles. »

Un modèle qui fait ses preuves « dans la revue scientifique issue des pays un peu en avance sur ces questions comme le Brésil ou la Suède, il est montré qu’un médecin qui connaît le patient va voir globalement la moitié des pathologies du patient en téléconsultation. Si le médecin n’a jamais examiné le patient en consultation physique, on descend à 20 % des signes cliniques. Quand une infirmière est à côté du patient, prend la tension, le pouls… 80 % des signes cliniques sont détectés. »

Albane Cousin

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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