L’aviation peut-elle vraiment devenir propre ? Comprendre en trois minutes
VIDEO – Le secteur aérien s’est fixé 2050 pour atteindre la neutralité carbone, mais est-ce seulement possible ? Avions électriques, à hydrogène, carburants plus propres : plusieurs solutions sont à l’étude pour décarboner cette activité qui représente 2,5 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales.
Par Alexis Tromas et Olivier Escher(motion design)Publié aujourd’hui à 06h00
Dans l’aviation, la majeure partie des émissions de gaz à effet de serre provient de la combustion du kérosène. Si les avions actuels sont moins gourmands en carburant que par le passé, ces économies ne peuvent compenser la massification du trafic aérien, multiplié par douze ces cinquante dernières années.
Alors, comment atteindre la neutralité carbone en 2050 – l’objectif que s’est fixé le secteur aérien ? Le 16 juin, Emmanuel Macron annonçait un plan d’investissement de 8,5 milliards d’euros pour « préparer les ruptures technologiques du secteur de l’aviation et développer le premier avion ultrasobre » avant la fin de la décennie. Mais est-ce vraiment la meilleure idée que de miser sur des avancées technologiques incertaines ?
Nos explications dans cette vidéo de trois minutes. Et si vous voulez en savoir plus sur le sujet, nous vous renvoyons au décryptage ci-dessous.
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* Salon du Bourget : l’équation impossible du transport aérien face au réchauffement climatique
Analyse
La contradiction n’est pas mince : alors que les commandes d’avions se multiplient, le salon du Bourget, qui se tient jusqu’au 25 juin, se place sous le signe de la décarbonation.
Publié le 19 juin 2023 à 05h30 Temps de Lecture 2 min. Read in English https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/06/19/salon-du-bourget-l-equation-impossible-du-transport-aerien-face-au-rechauffement-climatique_6178230_3234.html?random=629307647

La 54e édition du Salon international de l’aéronautique et de l’espace, qui se tient au Bourget du 19 au 25 juin, promet d’être « un marché actif », selon les mots d’Airbus. Ce rendez-vous des acteurs de l’aérien et de l’aéronautique a traditionnellement lieu tous les deux ans, mais l’édition de 2021 avait été annulée en raison de la pandémie, cette édition est une première depuis quatre ans. Ces retrouvailles devraient être l’occasion d’une pluie de commandes, à en croire l’avionneur européen. Le cabinet de conseils AlixPartners annonce même le retour descontrats géants, ces « megadeals », comme il les nomme, qui donnaient le « la » des derniers salons avant la crise liée au Covid-19, notamment au Bourget, en juin 2019. Selon ces experts, ce n’est même pas une pluie mais un déluge de commandesqui devrait faire le bonheur des deux principaux avionneurs, Airbus et Boeing.
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A la fin du premier semestre, le nombre d’avions commandés, ferme ou à venir, devrait s’établirà plus de 2 000 exemplaires, dont plus de la moitié attendue au seul salon du Bourget. Un chiffre qui donne le tournis au point que certains spécialistes commencent à redouter la formation d’une bulle.
Au Bourget, Turkish Airlines pourrait même annoncer la commande la plus importante de l’histoire de l’aviation civile, soit 600 avions : 400 moyen-courriers Airbus A320 ou Boeing 737 MAX et 200 long-courriers Airbus A350 ou Boeing 787 ou 777. La compagnie indienne Indigo devrait aussi animer le marché avec un achat attendu de 500 moyen-courriers de la famille A320 et de 25 long-courriers Airbus A350. Une commande géante qui fait suite à celle annoncée voici quelques mois par la compagnie Air India (470 appareils au total, répartis presque équitablement entre les deux avionneurs). Face à l’afflux de commandes, Airbus et Boeing doivent augmenter les cadences de production sans casser la chaîne de sous-traitants pour servir au plus vite les compagnies clientes. Car celles-ci doivent de plus en plus s’armer de patience. Les livraisons d’avions s’échelonnent désormais jusqu’au milieu de la prochaine décennie.
Produire des carburants durables
Si les industriels continuent d’avoir les yeux rivés sur les carnets de commandes et les cadences de production, le Bourget entend s’affirmer comme le premier salon placé sous le signe de la décarbonation. L’Association internationale du transport aérien, qui regroupe 300 compagnies représentant 83 % du trafic aérien mondial, s’est engagée à éliminer les émissions nettes de CO2 d’ici à 2050. Cela passe notamment par l’incorporation de carburants d’origine non fossile, les fameux sustainable aviation fuel (SAF), dans les réservoirs des avions. Ils permettront 65 % des réductions nécessaires pour atteindre cet objectif. Mais ce carburant est cher, six à sept fois plus que le kérosène et aujourd’hui quasiment introuvable.
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Afin de préparer les ruptures technologiques et développer le premier avion « ultrasobre », qui sera le successeur de l’A320, Emmanuel Macron, en visite sur le site du motoriste Safran de Villaroche (Seine-et-Marne), vendredi 16 juin, a annoncé que l’ensemble de la filière mobilisera 8,5 milliards d’euros d’ici à 2027. Cela comprend 300 millions d’euros par an à partir de 2024 pour tripler le financement permettant d’accompagner le développement des projets des grands groupes comme Airbus, Dassault Aviation, Safran et des PME. Une autre enveloppe de 200 millions sera consacrée à l’implantation du projet BioTJet dans la zone de Lacq (Pyrénées-Atlantiques), porté par Elyse Energy, visant à construire la première unité commerciale française de biocarburants. L’usine est prévue pour 2027.
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Les contradictions qui traversent le secteur sont aussi celles des citoyens. Alors que la responsabilité du transport aérien dans le réchauffement climatique est montrée du doigt, l’été 2023 devrait enregistrer des records de passagers dans le ciel. Un afflux qui semble confirmer les prévisions d’Airbus et de Boeing. D’ici à vingt ans, le nombre d’avions dans le ciel devrait presque doubler pour atteindre plus de 47 000 appareils, contre 25 000 aujourd’hui.
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