On ne dissout pas un dérèglement planétaire. On n’efface pas par décret les constats scientifiques ni le refus d’un capitalisme radicalisé fonçant dans le mur – que reproche le gouvernement à ce mouvement multi-forme ?

On ne dissout pas un soulèvement. 40 voix pour les Soulèvements de la Terre 

Collectif

https://www.seuil.com/ouvrage/on-ne-dissout-pas-un-soulevement-40-voix-pour-les-soulevements-de-la-terre-collectif/9782021547269

Geneviève Azam, Jérôme Baschet, Aurélien Berlan, Blue Monk, Christophe Bonneuil, Isabelle Cambourakis, Confédération paysanne, Alain Damasio, Des cantinières et cantiniers de l’Ouest, Philippe Descola, Virginie Despentes, Alix F., Malcom Ferdinand, David Gé Bartoli, Sophie Gosselin, Florence Habets, Lea Hobson, Celia Izoard, François Jarrige, Léna Lazare, Julien Le Guet, Cy Lecerf Maulpoix, Martine Luterre, Marcelle et Marcel, Virginie Maris, Tanguy Martin, Gaïa Marx, Baptiste Morizot, Naturalistes des Terres, Kassim Niamanouch, Lotta Nouqui, Alessandro Pignocchi, Geneviève Pruvost, Kristin Ross, Scientifiques en rébellion, Isabelle Stengers, Françoise Vergès, Eduardo Viveiros de Castro, Terra Zassoulitch et des dizaines d’organisations internationales.

On ne dissout pas un dérèglement planétaire. On n’efface pas par décret les constats scientifiques ni le refus d’un capitalisme radicalisé fonçant dans le mur. Loin des procès en « écoterrorisme », ce qui se joue autour des mouvements comme les Soulèvements de la Terren’est rien d’autre que la bataille de ce siècle.

Les droits d’auteur de ce livre sont versés aux Soulèvements de la Terre.

Dissolution des Soulèvements de la Terre : les nouveaux griefs du gouvernement

Jeudi, le ministère de l’intérieur a notifié aux porte-paroles du collectif écologiste des « éléments complémentaires », dont Mediapart a pris connaissance, justifiant « le maintien du projet de dissolution » repoussé depuis plusieurs semaines. La décision pourrait intervenir dès mercredi prochain

Karl Laske,  Jade Lindgaard et Camille Polloni

16 juin 2023 à 21h52 https://www.mediapart.fr/journal/france/160623/dissolution-des-soulevements-de-la-terre-les-nouveaux-griefs-du-gouvernement?utm_source=quotidienne-20230619-174606&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-quotidienne-20230619-174606&M_BT=115359655566

Les appels, les manifestations, les messages de soutien si nombreux aux Soulèvement de la Terre n’auront donc pas suffi. Le poids du lobby de l’agro-industrie aura pesé plus lourd.

Deux mois et demi après la manifestation de Sainte-Soline et à la veille d’une nouvelle mobilisation écologiste contre le projet de tunnel ferroviaire Lyon-Turin (interdite par arrêté préfectoral), le gouvernement vient de réitérer sa volonté de dissoudre les Soulèvements de la Terre. 

Jeudi 15 juin, le ministère de l’intérieur a adressé un nouveau courrier à deux des animateurs du collectif. Dans cette lettre de trois pages, dont Mediapart a pris connaissance, la directrice des libertés publiques et des affaires juridiques du ministère, Pascale Léglise, détaille les « éléments complémentaires » qui justifient, à ses yeux, le « maintien du projet » de dissolution. 

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Conférence de presse des Soulèvements de la Terre, en présence de leurs avocats, de l’anthropologue Philippe Descola et du cinéaste Cyril Dion, le 7 avril 2023.  © Photo : Jade Lindgaard

Les intéressés ont jusqu’à lundi soir pour répondre et tenter d’infléchir la décision. Dans le cas contraire, le gouvernement peut prononcer la dissolution dès le mercredi 21 juin, en conseil des ministres. À LIRE AUSSIDissolution des Soulèvements de la Terre : la bataille judiciaire commence

7 avril 2023

Après une première « lettre de griefs » datée du 29 mars, à laquelle les avocats des Soulèvements de la Terre, Raphaël Kempf et Aïnoha Pascual, avaient répondu point par point, le gouvernement semblait avoir renoncé à une dissolution qui suscitait une levée de boucliers. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont signé l’appel « Nous sommes les Soulèvements de la Terre », tandis que des personnalités publiques et de nombreuses associations ont ouvertement pris position pour défendre le collectif. 

Au gré des deux derniers mois, quelques articles de presse ont évoqué tantôt des « difficultés juridiques » – il n’est pas aisé de prouver que des violences ou des dégradations commises en manifestation seraient attribuables aux Soulèvements de la Terre –, tantôt des tensions au sein de l’exécutif – Emmanuel Macron, Gérald Darmanin et Marc Fesneau seraient pour la dissolution, Élisabeth Borne moins convaincue. 

Dans le courrier du 15 juin, le principal argument avancé par le ministère de l’intérieur reste le même : les Soulèvements de la Terre se rendraient coupables de « provocation à des agissements violents », un motif permettant la dissolution administrative de ce « groupement de fait ». 

Le nouveau courrier actualise toutefois les griefs adressés aux Soulèvements de la Terre en tirant argument de mobilisations récentes. Le collectif « a persisté à appeler à des actions de contestation, qui se sont à nouveau traduites par des agissements violents », déplore le ministère de l’intérieur, évoquant surtout les manifestations des 10 et 11 juin, en Loire-Atlantique, lors desquelles du muguet a été arraché dans une grosse exploitation et remplacé par d’autres plantations, tandis que les serres d’une coopérative maraîchère ont été dégradées avec des tags inscrits sur place. À LIRE AUSSIPrès de Nantes et d’Angers, l’insatiable appétit de terres des maraîchers industriels

26 mai 2023

Par ces actions, les Soulèvements de la Terre entendaient viser l’agro-industrie de la périphérie nantaise, et notamment la production de la mâche, objet d’une culture particulièrement intensive. Cette salade a besoin de terres sableuses pour se développer, au point de représenter un débouché important pour la carrière GSM de Saint-Colomban, visée par les militant·es les 10 et 11 juin. C’est cette forme d’« accaparement » industriel des sols qu’ils ont voulu dénoncer. Ainsi que les produits particulièrement toxiques utilisés pour faire pousser la fameuse salade nantaise : la société Primaloire a été condamnée pour blessures involontaires et utilisation inappropriée de métam‐sodium, un pesticide très volatil qui a causé l’intoxication de plusieurs dizaines de personnes en 2018, avant son interdiction. Elle fait aujourd’hui partie de la puissante fédération des Maraîchers nantais qui n’a pas ménagé ses efforts pour dire toute son indignation après le passage des militant·es.

Quant à la société Vinet, dont le muguet a été arraché et remplacé par du sarrasin bio, c’est l’une des plus grosses entreprises maraîchères du territoire, condamnée pour le non-respect de règles environnementales. Une cinquantaine de paysannes et paysans ont revendiqué leur participation à cette action au nom du refus de l’agribusiness. Organisée à l’initiative de paysan·nes et d’habitant·es de la région nantaise, ce « convoi du sable » est représentatif du fonctionnement des Soulèvements de la Terre : amplifier, et peut-être radicaliser par ses modes d’action, une lutte locale.

« On n’humilie pas les agriculteurs qui nous nourrissent » 

Cette action a suscité de nombreuses réactions politiques, notamment chez les élus locaux. Mercredi, la sénatrice LR de Loire-Atlantique Laurence Garnier a été la première à monter au créneau lors des questions au gouvernement, en demandant à la première ministre la dissolution du mouvement, ainsi qu’au ministre de l’intérieur « la suspension de leurs fonctions » des élus ayant participé à la manifestation du 11 juin. Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran lui a répondu que la dissolution interviendrait prochainement. « Quand on veut militer pour le climat, on n’arrache pas des salades ou du muguet, a déclaré le ministre. Quand on veut militer pour la Terre, on ne harcèle pas et on n’humilie pas les agriculteurs qui nous nourrissent. »

Mais l’annonce d’une prochaine dissolution n’a pas satisfait la FNSEA. Dès jeudi, Arnaud Rousseau, le nouveau président du syndicat agricole, interrogé par Le Point, s’est insurgé : « Ce sont pour l’instant des discours et nous voulons des actes. » Le syndicaliste a annoncé avoir pris rendez-vous avec Gérald Darmanin et a suggéré que des mesures musclées, voire illégales, soient prises. « Si l’on n’est pas capables de dissoudre ce mouvement, comment expliquer qu’on ne puisse pas intervenir sur leurs moyens de communication, sur ces innombrables appels à “assécher” les cibles qu’ils désignent nommément ? Ne peut-on pas couper leur site internet ? Les réponses de l’État sont imprécises et timorées », a-t-il déclaré au Point.

Dramatisant à l’excès les faits survenus sur les exploitations maraîchères, le 11 juin, Arnaud Rousseau juge que « l’impunité est totale », et « va conduire tout le monde à la guerre civile ». Il a déploré que les forces de l’ordre ne soient pas intervenues lors de la dégradation des serres, et il a brandi la menace d’une réponse incontrôlée de la base. « La FNSEA, en responsabilité, appelle tout le monde au calme et à la retenue. Mais je suis obligé d’ajouter que je ne suis pas sûr de tenir longtemps mes troupes. » « Un incident peut arriver », a-t-il encore averti. Mediapart a tenté de le joindre, sans succès, vendredi.

« Un gouvernement aux ordres de la FNSEA » 

Dans son courrier du 15 juin, le ministère de l’intérieur reproche au collectif d’inciter, avec succès, à « de très nombreuses destructions d’infrastructures » et à des « prises à partie » violentes des forces de l’ordre lors « d’actions coup-de-poing » ou de manifestations contre des projets d’aménagement, citant à nouveau l’exemple de Sainte-Soline. Il accuse aussi les Soulèvements de la Terre de cultiver une organisation « qui s’inspire largement de celle utilisée par les groupes “black blocs” » et de diffuser des consignes « pour ne pas être identifiés ou localisables en cas d’infractions ». Il anticipe également les mobilisations à venir, en Maurienne contre le chantier du Lyon-Turin (interdite par le préfet de Savoie) et du 13 juin au 21 septembre contre les « accapareurs de l’eau ». À LIRE AUSSIMilitants écologistes arrêtés : tous relâchés, et après ?

8 juin 2023

Pour Benoît Feuillu, porte-parole des Soulèvements de la Terre, et l’une des personnes citées dans la procédure de dissolution, « la relance de procédure de dissolution s’intègre dans une séquence particulière, avec des arrestations la semaine dernière par la police antiterroriste au service de l’industrie du béton, et aujourd’hui un gouvernement qui se montre aux ordres de la FNSEA et du lobby de l’agro-chimie : cela fait apparaître l’association de malfaiteurs que le gouvernement constitue avec les industries les plus toxiques du pays ».

Il réagit aussi à l’expression « groupement de fait » par laquelle le ministère de l’intérieur désigne les Soulèvements : « C’est une façon de nous réduire à un petit groupe de personnes et à quelques dirigeants, alors que nous sommes un mouvement, et qu’on ne peut pas dissoudre la moitié des organisations écologistes et paysannes du pays. »

26 associations dissoutes sous le premier quinquennat Macron

Pour dissoudre une association déclarée ou un « groupement de fait » en conseil des ministres, le gouvernement s’appuie sur des textes conçus dans les années 1930 pour lutter contre la violence des ligues d’extrême droite, complétés par la loi « séparatisme » à l’été 2021.   

Les membres d’un groupe dissous n’ont plus le droit de se réunir ou de mener la moindre activité collective, sous peine de poursuites pour « reconstitution de ligue dissoute », un délit passible de trois ans de prison. Ils peuvent cependant saisir la justice administrative pour contester la décision. 

Depuis la loi sur le renseignement de 2015, la prévention du maintien ou de la reconstitution de groupes dissous autorise les écoutes administratives ainsi qu’un arsenal de surveillance particulièrement intrusif dans la vie privée : sonorisation des domiciles personnels, géolocalisation, etc. Cette surveillance peut être déclenchée à la demande d’un service de renseignement et doit être validée par la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), une institution qui reconnaît néanmoins sa relative impuissance à accomplir ses missions. 

Sous le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, la quasi-totalité des 26 associations et groupes visés par une procédure de dissolution l’ont été pour leur proximité supposée avec l’islamisme (BarakaCity, le CCIF) ou l’extrême droite (le Bastion social, les Zouaves, l’Alvarium).

Mais depuis un an, l’exécutif commence à cibler aussi des groupes d’extrême gauche, ce qui n’était pas arrivé depuis la dissolution d’Action directe en 1982, après plusieurs assassinats politiques. Une première alerte a eu lieu en janvier 2022, quand Gérald Darmanin a promis de donner satisfaction à des élus qui réclamaient la dissolution du média alternatif Nantes révoltée. Une fois l’effet d’annonce passé, aucune procédure n’a toutefois été engagée. 

Le 31 mars 2022, le Groupe antifasciste Lyon et environs (Gale), accusé par le gouvernement de « légitimer le recours à la violence » et d’appeler à la haine contre la police, notamment sur les réseaux sociaux, a été dissous en conseil des ministres. Le Conseil d’État a suspendu cette décision quelques semaines plus tard. Faute de faits suffisamment tangibles, le juge a estimé que la décision portait « une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales de réunion et d’association »

Depuis la réélection d’Emmanuel Macron, le gouvernement a déjà procédé à trois nouvelles dissolutions : Le Bloc lorrain, une organisation libertaire accusée d’appeler à la violence, Bordeaux nationaliste, un groupuscule d’extrême droite, et Les Alerteurs, une association complotiste liée à la mouvance islamiste. 

Karl Laske,  Jade Lindgaard et Camille Polloni

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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