Comment faire baisser la consommation énergétique cet été : le nouveau plan sobriété du gouvernement
Climatisation à 26 °C, invitation à rouler moins vite sur l’autoroute… Le ministère de la transition énergétique veut sensibiliser les Français à une nouvelle série d’écogestes.
Par Perrine MouterdePublié hier à 19h31, modifié hier à 21h03

Après les radiateurs à 19 °C, place à la climatisation à 26 °C. Après « je baisse, j’éteins, je décale », voilà « on agit, on réduit ». Le ministère de la transition énergétique a annoncé, mardi 20 juin, « l’acte 2 » de son plan de sobriété ainsi qu’une campagne de communication pour sensibiliser les Français à une nouvelle série d’écogestes adaptés à la saison estivale.
En octobre 2022, « l’acte 1 » avait été lancé pour éviter des coupures d’électricité pendant l’hiver. Le pari a été relevé : hors effet météo, ménages, entreprises et collectivités ont baissé leur consommation cumulée de gaz et d’électricité de plus de 12 % entre août 2022 et juin 2023 et le système énergétique a tenu bon. Huit mois plus tard, il ne s’agit plus de faire face à une crise ponctuelle. « L’enjeu est d’installer la sobriété dans la durée et sur toute l’année, pour faire baisser les factures, mais aussi nos émissions de gaz à effet de serre, détaille le cabinet de la ministre Agnès Pannier-Runacher. C’est incontournable pour sortir des énergies fossiles. »
Parmi les principales recommandations, la plus transversale concerne la température de la climatisation : comme le prévoit déjà la loi, celle-ci ne devrait pas être réglée à moins de 26 °C dans l’ensemble des bâtiments. En parallèle, les maires sont appelés à faire appliquer le décret adopté fin 2022 qui prévoit que les commerces ferment leurs portes lorsque la climatisation fonctionne.
Tableau de bord : Risque-t-on des coupures ? Comment l’électricité a été produite ? Consomme-t-on moins qu’avant ? Le tableau de bord du réseau français en temps réel
Rouler à 110 km/h plutôt qu’à 130 km/h
Appelées à montrer l’exemple, les entreprises du CAC 40 s’engagent à adopter des objectifs chiffrés de baisse de leur consommation d’énergie, qui devront être rendus publics. Une trentaine d’entre elles devrait également inciter leurs salariés à rouler à 110 km/h sur l’autoroute plutôt qu’à 130 km/h – comme le fait déjà l’Etat –, ce qui permet de réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre et d’autant la consommation de carburant. Les sociétés d’autoroutes et la campagne de communication appelleront aussi à « lever le pied et faire du covoiturage ». Un message peu précis, regrette Hélène Gassin, la présidente de l’association négaWatt, qui aurait préféré un appel clair et général à rouler à 110 km/h.
Elle estime en revanche que le renforcement, dès 2024, du malus sur les véhicules les plus émetteurs et les plus lourds pourrait avoir un impact important. « Il faut absolument prendre en compte le poids des voitures, y compris électriques, alors que 40 % des véhicules vendus sont des SUV », souligne-t-elle.
Lire aussi : Consommation de gaz et d’électricité : la France a du mal à passer d’une sobriété de crise à une sobriété plus structurelleAjouter
Concernant la sobriété numérique, un plan devrait être annoncé pour développer l’utilisation de matériel reconditionné par les agents publics. Une consultation sera lancée sur une diminution accrue des éclairages dans les rues et des projets autour de la sobriété énergétique seront proposés dans tous les établissements scolaires. Le gouvernement communiquera également sur la nécessité d’installer un thermostat programmable et de faire réviser sa chaudière avant l’hiver.
Objectif prudent
Prudent, le ministère maintient toutefois son objectif d’une baisse de 10 % de la consommation d’énergie en deux ans, alors même qu’il a été dépassé ces derniers mois. L’hiver a été marqué par un contexte très particulier de forte hausse des prix de l’énergie et d’inquiétudes sur la sécurité d’approvisionnement. « Maintenir la baisse de la consommation est un défi, nous ferons un bilan à la fin de l’année », précise le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher.
A moyen terme, la sobriété apparaît comme incontournable pour réussir à atteindre les objectifs de décarbonation. Dans quelle proportion ? Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE doit le préciser dans le cadre de son bilan prévisionnel pour 2035, qu’il présentera en septembre. Un groupe de travail sur le sujet, lancé pour la préparation de la prochaine loi de programmation énergie climat, réfléchit également à cette question.
Au total, en incluant également les efforts d’efficacité, l’actuelle stratégie nationale bas carbone prévoit une baisse de la consommation d’énergie de 40 % d’ici à 2050. Un horizon qui nécessitera de passer des écogestes à des mesures de sobriété plus structurelles.
« Améliorer la cohérence du message d’ensemble »
« On ne peut que se réjouir que le gouvernement essaie de maintenir la mobilisation, et toutes les mesures contre le gaspillage d’énergie sont bonnes à prendre, juge Hélène Gassin. Mais il faut aussi enclencher des politiques de long terme et améliorer la cohérence du message d’ensemble : pendant la séquence aviation, on a peu entendu parler de sobriété. »
A l’occasion du salon du Bourget, le président Emmanuel Macron a défendu « l’avion vert » en mettant en avant des innovations technologiques et des gains d’efficacité, sans évoquer une quelconque réduction du trafic.
Géraud Guibert, président du think tank La Fabrique écologique, estime lui aussi que les gestes individuels ne peuvent être encouragés que dans un contexte de sobriété collective. « Pour l’instant, on n’a pas l’impression que ce plan s’accompagne de réelles réflexions sur l’aménagement du territoire ou sur l’écoconception des produits… Ces changements structurels ne porteront pas leurs fruits à court terme, mais ils doivent être initiés dès maintenant », insiste-t-il.
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Acte 2 du Plan sobriété : des mesures pour pérenniser les bonnes habitudes et la chasse au gaspi
Des mesures sur les bâtiments, les transports ou le numérique figurent dans l’acte 2 du plan de sobriété. Le Gouvernement entend inscrire la baisse de consommation d’énergie dans la durée, sans fixer un nouvel objectif quantitatif.
Energie | 21.06.2023 | S. Fabrégat

© Andrey PopovLa consigne pour la climatisation est de 26 °C.
Annoncé à la sortie de l’hiver, l’acte 2 du plan de sobriété vise à « inscrire la baisse de notre consommation d’énergie dans la durée », selon le ministère de la Transition énergétique qui le présentait mardi 20 juin. Un panel de mesures a été défini par dix groupes sectoriels (État, collectivités, transports, logement, tertiaire…). Comme pour le premier volet, de nombreuses mesures sont avant tout incitatives ou consistent à faire appliquer la réglementation existante (à l’instar de la fermeture des portes lorsqu’un commerce est climatisé…). Dans son propos introductif, la Première ministre, Élisabeth Borne, explique : « La sobriété, ce n’est pas la décroissance ; c’est changer un peu nos habitudes, décaler les usages et éviter les consommations inutiles ».
Alors que l’acte 1, associé aux prix dissuasifs de l’énergie, a permis d’atteindre 12 % d’économies d’énergie, aucun objectif chiffré n’est fixé pour cette deuxième étape, si ce n’est une cible de long terme : réduire la consommation nationale d’énergie de 40 % d’ici à 2050 pour atteindre la neutralité carbone. « Notre objectif collectif est d’ancrer ces nouvelles habitudes dans la durée », explique Élisabeth Borne, ajoutant que figurent également dans le plan « des mesures de long terme qui permettront de faire baisser notre consommation dans la durée ».
Mobiliser tous les acteurs et poursuivre dans la lignée de l’hiver
L’idée phare du plan de sobriété est d’embarquer toute la société dans les économies d’énergie. Cela passe par une mobilisation des plus jeunes via leurs écodélégués, des mesures de sobriété dans le secteur culturel (cinémas, festivals…) ou encore dans le sport (l’octroi de la licence de Ligue 1 et de Ligue 2 sera conditionné à des critères de sobriété énergétique). Les sociétés d’autoroute s’engagent à diffuser des messages invitant les conducteurs à lever le pied dès cet été.
L’État exemplaire
A partir de 2024, les membres du Gouvernement et leurs cabinets devront avoir dans la poche un téléphone reconditionné (lorsqu’un renouvellement de matériel est nécessaire). Le train sera privilégié à l’avion pour les trajets de moins de 4h. Les consommations de carburant du parc automobile de l’État seront suivies et les moteurs devront être obligatoirement éteints en cas d’arrêt prolongé.
Plusieurs mesures visent à amplifier les actions mises en place l’hiver dernier. Ainsi, le dispositif Ecowatt, développé par RTE pour signaler les jours de tension sur le réseau électrique, évoluera pour indiquer les plages dans la journée où le mix énergétique décarboné est capable de répondre à la demande. Il s’agit d‘inciter les citoyens à décaler leurs consommations à ces moments-là. Une consultation nationale sera également lancée, de juillet à septembre, sur l’éclairage public, l’un des principaux leviers activé cet hiver par les collectivités pour réduire leurs factures. Plusieurs mesures seront mises en débat : nouvelles obligations d’extinction pour les commerces et les bâtiments non résidentiels, réduction de la puissance lumineuse…
La sobriété doit également être poursuivie cet été, martèle le plan. Pour y parvenir, la consigne pour la climatisation est de 26 °C et les maires devront faire appliquer le décret Portes fermées qui cible les commerces climatisés. Les grandes enseignes de la distribution s’engagent, quant à elles, à promouvoir les solutions alternatives à la climatisation (dispositifs d’ombre, brasseurs d’air, ventilateurs…).
Accentuer l’effort de certains secteurs
Des mesures à plus long terme figurent également dans le plan. Ainsi, le Gouvernement lancera, d’ici l’hiver prochain, un Plan thermostat mobilisant tous les acteurs de la filière (fabricants, distributeurs, énergéticiens…) pour « permettre à tous les Français de s’équiper ». Un décret, publié en juin, prévoit que l’ensemble des bâtiments résidentiels et tertiaires devront être équipés de thermostats d’ici à 2027.
La sobriété, c’est changer un peu nos habitudes, décaler les usages et éviter les consommations inutiles
Élisabeth Borne, Première ministre
Dans les transports, le bonus-malus sera renforcé en 2024 afin de dissuader l’achat des véhicules les plus polluants et les plus lourds. Le covoiturage sera incité, via une prime au covoiturage ou des projets de voie réservée. Les acteurs du secteur s’engagent également sur l’écoconduite, la consommation des trains en stationnement et des avions au sol et en vol (roulage sur un moteur, optimisation des routes aériennes, recours à l’énergie électrique lorsque l’avion est au sol ) ou encore à étudier la faisabilité de la mise en place du free-cooling sur le matériel roulant.
Plusieurs mesures ciblent le secteur du numérique : refroidissement des centres de données (passage de 21 à 23 °C lorsque c’est possible), améliorer les systèmes technologiques de refroidissement des serveurs ou encore prévoir la veille des boîtiers internet et des décodeurs TV. Par ailleurs, le secteur devra présenter d’ici à la fin du mois des engagements sur le développement des activités de réemploi et de reconditionnement, la réparation, la réduction de la définition des vidéos en ligne (streaming).
Les entreprises du CAC 40 devront, de leur côté, présenter des objectifs chiffrés d’économies d’énergie et faire en sorte que le télétravail soit effectivement synonyme de baisse des consommations.
Enfin, de nombreux défis seront lancés et/ou amplifiés pour mobiliser les différents acteurs : économies d’énergie dans les bâtiments publics, concours « Baisse ta clim’ » dans le tertiaire, Actee Cube ville pour accompagner les collectivités vers des économies immédiates sans investissements majeurs (doté de 200 M€), Cube Flex pour expérimenter l’effacement de consommation dans le tertiaire.
Sophie Fabrégat, journaliste
Cheffe de rubrique énergie / agroécologie