Non Albi n’est pas la première ville en France à avoir créé un centre de soins non programmé avec des médecins retraités*, et un entre de santé public ne coute pas à une municipalité 300 000€ par an en frais de fonctionnement.

Dans le Tarn, ces médecins retraités qui remettent la blouse

Source AFP

Dans le Tarn, ces médecins retraités qui remettent la blouse

© AFP/Charly TRIBALLEAU

Publié le 19/06/2023 à 13h19

https://www.lepoint.fr/societe/dans-le-tarn-ces-medecins-retraites-qui-remettent-la-blouse-19-06-2023-2525044_23.php#11

Les patients me manquaient », confie le docteur Le Tinnier. A 70 ans, ce gйnйraliste et plusieurs confrиres sont sortis de la retraite pour crйer un cabinet а Albi et ainsi йviter un dйsert mйdical dans la prйfecture du Tarn.

Deux matinйes par semaine, il enchaоne les consultations: une toux par ci, des bйquilles par lа… « C’est ma femme qui n’est pas contente », s’amuse Pierre Le Tinnier. Il avait toutefois dйjа repris une activitй de prйvention dans un service de protection infantile en 2020, deux ans aprиs son dйpart en retraite.

Dans la salle d’attente, Andrйe Belieres, 83 ans, patiente. « Je suis venue la voir et je l’ai trouvée en détresse. Ca faisait trois semaines qu’elle avait mal au dos et qu’elle ne trouvait pas de docteur », explique sa fille Anne, infirmiиre libérale de 52 ans, qui l’accompagne.

« Moi j’ai réussi à en trouver un à Gaillac, mais il faut se taper la route (prés de 30 km, ndlr). Et encore, j’ai du supplier parce que j’avais mal », ajoute Khaled Takerboucht, plombier de 48 ans, qui attend son fils adolescent alors en consultation.

40.000 habitants sans médecin

Dans le Tarn, plus de 40.000 habitants assurés au régime général n’ont pas de médecin traitant, selon la Caisse primaire d’assurance maladie. La densité médicale y est inférieure de plus de 15 % а la moyenne nationale.

A Albi, principale ville du département qui comptait une soixantaine de médecins généralistes, « а peu prés un tiers sont partis а la retraite depuis l’an dernier ou vont le faire cette année », précise а l’AFP Gilbert Hangard, adjoint au maire en charge de la santé.

La municipalité avait songé а créer un centre de santé, mais elle a été freinée par le coût, « autour de 300.000 euros par an », déplore-t-il.

Cet ancien directeur d’hôpital a alors sollicité des médecins retraités pour trouver une solution.

Neuf d’entre eux se sont réunis au sein d’une association et ont créé une structure inédite qui leur permet d’être salariés, tout en organisant le planning а leur guise. Mais ils ne peuvent pas redevenir médecins traitants.

L’hôpital d’Albi se charge des facturations et l’Agence régionale de santé (ARS) s’est portée garante de tout éventuel déficit pour deux ans.

« C’est malheureux qu’ils doivent revenir travailler, mais ça dépanne », souligne Ludivine Chavanne, assistante de direction de 39 ans, également en salle d’attente.

« Pas de paperasse »

A l’accueil, Sylvie Lopes enregistre les patients: elle a été détachée de l’hôpital pour épargner le plus possible de travail administratif aux médecins.

« Ils ont encore du mal avec l’informatique, ils ne sont pas forcément habitués а ça », confie la secrétaire médicale de 49 ans.

« On n’a pas de paperasse, que du temps médical. C’est beaucoup plus cool », assure Yves Carcaillet, président de l’association. Agé de 74 ans, il avait arrêté de travailler en juillet 2022, avant de reprendre en ce mois de juin pour l’ouverture du centre.

Amusé, il se souvient qu’а ses débuts, il n’y « avait pas d’échographie, pas de scanner ». « Mais on se tient au courant, on se forme, on l’a fait toute notre carriиre », ajoute-t-il.

Trois autres retraités en blouse blanche sont attendus au cabinet d’ici septembre et l’association doit même refuser des candidats. Comme Thierry Moudenc, dentiste а la retraite depuis six ans, venu proposer son aide.

« J’ai du temps libre et vu le marasme, méme si c’était bénévole, je m’en fous », explique-t-il au Dr Carcaillet, qui décline toutefois son offre « pour des questions juridiques », la structure ne pouvant employer que des généralistes.

Le recours а des retraités « est une solution de court terme », insiste l’adjoint au maire M. Hangard, qui estime qu’il faudra « entre 10 et 15 ans » pour que suffisamment de médecins s’installent et comblent le manque. 

Et l’affirmation que ce centre est le premier en France ne fera pas plaisir à ceux qui ont créé leur centre avant celui d’Albi. **

Voir aussi:

* https://environnementsantepolitique.fr/2023/06/15/albi-grand-battage-mediatique-sur-le-centre-de-sante-de-soins-non-programmes-tenu-par-des-medecins-retraites-un-tres-bonne-chose-mais-ce-nest-pas-le-premier-type-de-consultation-de-ce-genre-en-f/

** https://href.li/?https://www.ouest-france.fr/nouvelle-aquitaine/thouars-79100/en-deux-sevres-ces-medecins-retraites-renfilent-la-blouse-face-au-desert-medical-1c8474a6-5b63-11ed-b6e6-f63b47634c9e

https://www.lemonde.fr/sante/article/2023/03/03/contre-la-penurie-de-generalistes-des-medecins-retraites-font-tourner-un-cabinet-de-premier-recours-dans-le-nord_6163966_1651302.html

Commentaires Dr Jean SCHEFFER

La ville d’Albi peut être fière de cette création très rapide (9 mois) du centre de santé de soins non programmés, mais le principal mérite en revient aux 8 médecins retraités qui ont créé cette l’association AMRA (Association des Médecins Retraités Albigeois ) et qui acceptent de continuer de travailler passé 70 ans.

La densité actuelle des médecins généralistes exclusifs dans Albi est de 11 pour 10 000 habitants (10 pour le Grand Albigeois), pour une moyenne Française à 0,8 en 2022, nous sommes donc bien au dessus de cette moyenne nationale et non l’inverse (https://www.calameo.com/read/005307989239a0f96f4f2)

La problématique Albigeoise réside en l’existence de 3 quartiers prioritaires et 7 communes du Grand Albigeois sans médecin traitant. Un des 3 quartiers, Cantepau, a la chance d’avoir une maison de santé libérale, avec des praticiens très soucieux des problèmes sociaux des habitants du quartier. Un deuxième quartier (Veyrières-Rayssac) n’a aucun médecin généraliste ni spécialistes, et le troisième (Lapanouse) est celui qui a les plus mauvais indices sociaux, économiques et environnementaux. Les 7 communes qui n’ont pas de médecin traitant sont Carlus, Cunac, Dénat, Fréjairolles, Rouffiac, Saliés, et Terssac. https://cartosante.atlasante.fr/#c=report&chapter=list_geo&report=r01&selgeo1=epci.248100737&selgeo2=fra.99

La ville d’albi contrairement au déclarations du Maire Adjoint chargé de la santé a toujours refusé l’éventualité de participer à la création d’un centre de santé public. Son évaluation de frais de fonctionnement est sujette à caution, en raison des multiples aides dont peuvent bénéficier ces centres, le plus souvent non pérennes. Il serait honnête devant de telles déclarations d’en fournir les sources.

On pourrait rétorquer à cet ancien Directeur d’établissement public à but non lucratif, que son aide à ce centre de soins non programmés associatif pourrait aussi se chiffrer: il y a eu les travaux pour un montant de 50.000€ (mairie), le salaire de 3 secrétaires médicales (proposées par le centre hospitalier qui reçoit une compensation financière par l’ARS, au moins 150 000€), le matériel médical fourni, sans compter l’informatique, les assurances, le loyer, chauffage électricité, climatisation… Le compte annuel doit surement approcher les 300 000€ dénoncés par Mr Gilbert Hangard, pour les frais d’un centre de santé public. A tout prendre un tel centre rendrait peut être davantage service à la population Albigeoise, offrant le service de médecins traitants assurant la continuité des soins et bien d’autres services par ailleurs, et il serait pérenne à l’inverse du centre de soins non programmés qui d’après ses auteurs à vocation à arrêter dans deux ans.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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