Barbara Stiegler, philosophe, à propos de son dernier livre « Du cap aux grèves ».

« La fin du néolibéralisme se pose maintenant dans tous les endroits de la société »

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Enregistrer34 k vues il y a 2 jours #LaMidinale

Barbara Stiegler, professeure de philosophie à l’Université de Bordeaux et autrice de « Du cap aux grèves » aux éditions Verdier, est l’invitée de #LaMidinale

Commentaires:

F:

1789, 1793, 1848, 1871, 1917, 1936 (Guerre d’Espagne), 1943-1945, 1948 (grève des mineurs), 1962, 1968, 1973 (Chili), 2018, etc. etc. 

Toute insurrection fait couler le sang, par définition et par construction. 

A la fin Barbara Stiegler dit : « Il faut un processus insurrectionnel mais je ne suis pas sûre du tout qu’il faille payer de son sang un tel processus ». 

A part la révolution des oeillets du Portugal (ah, « capitaine d’avril »), il faudra me trouver un seul exemple historique qui corrobore cette oxymoron. 

On arrive ici au coeuir du problème de la petite-bourgeoisie intellectuelle : je ne veux pas toutes les conséquences de ce que je veux. 

Car, en face, ils feront couler le sang, et sans état d’âme encore. 

Donc sauf défection de l’armée et de la police, condition sine qua non des révolutions pacifiques, cette insurrection démocratique pacifique (???) est une vue de l’esprit. 

Et en face, ils le savent. Et c’est pour cela qu’ils donnent une totale impunité aux chiens. 

Le problème n’est pas que nous sommes « néolibéralisés », c’est que nous sommes des bourgeois qui avons plein de choses à perdre à une insurrection ! Dire le contraire, c’est se raconter des histoires glorieuses mais qui relèvent du conte. 

La seule insurecction qui a réussi depuis 50 ans, ce sont les gilets jaunes. Le sang a coulé, les p***** de magistrats ont envoyé des pauvres gens en zonzon, etc. 

Cessons d’être inconséquents. Une insurection ce n’est pas une agora : c’est une guerre civile. 

J:

L’énoncé de Barbara n’est pas en contradiction avec ce que tu exposes.

Je partage, le prix du sang n’est pas un « a priori ». L’a priori est celui avant tout de la masse et de la détermination insurrectionnelle. Je partage avec toi la conscience du pouvoir qui se surarme dans sa citadelle, qu’il a prouvé qu’il pouvait verser le sang et qu’il lâche bride de ce côté là.. Et s’il le fait contre des peccadilles, on peut imaginer le pire.

N’empêche que je me différencie du pouvoir contre lequel je lutte, et justifie que je lutte contre. 

Conscient du risque, oui, conscient aussi que le sang quand il se met à couler ouvre des vannes difficiles à refermer et fait la part belle au retour du conservatisme reformé. 

Assiégés par des casseroles, les seigneurs n’osent quitter la citadelle. y’a 20 ans, le sketch du préfet interdisant les rassemblements de casseroles aurait fait un tabac. On devrait interdire le conseil des ministres, comme rassemblement de casseroles.

C’est aussi destructeur, sinon plus qu’un cocktail fut il molotov. C’est le paradoxe des soignants, ils aiment bien avoir le temps de réfléchir, ils sont capables en un rien de temps de changer de mode et d’ agir en urgence. D’abord ne pas nuire.

B:

Autant ,je partage l’aversion de Barbara Stiegler sur le marxisme vulgaire incluant le stalinisme, autant j’aurais aimé qu’elle précise sa position par rapport à la situation réelle aujourd’hui à savoir qu’au premier tour des législatives 2022,  70% des personnes en âge de voter de la classe populaire ouvrière et employée (45% de la population active d’après l’INSEE) et 70% des jeunes de -35 ans ont utilisé l’un des 4 moyens d’abstentions ( non-inscrits en augmentation, inscrit mais non-votant, vote blanc, vote nul).

Cela me paraît pourtant le problème central de la période.

Amitiés,

F:

J’ajoute B que je n’ai aucun goût pour la violence et pour le sang. Je constate juste que le pouvoir macroniste n’a pas ces scrupules. 

Dans le reportage d’Arte, on entend un commandant de police dire « Rentrez-leur dans la gueule ». 

Alors, on a beau défiler en bon ordre et de façon festive, le résultat est… La défaite. Après on peut dire comme Barbara que ce n’est qu’une séquence dans une dynamique, mais il faut avoir la foi chevillée au corps. 

Car le plus probable est que la défaite des retraites et une retraite aux flambeaux. 

Le mouvement social est assommé pour des décennies. 

J’ai 52 ans, je n’ai connu que trois victoires : le retrait du plan juppé dans son volet ferroviaire (qui a fini par être mis en oeuvre) ; le CPE  (les jeunes font peur au pouvoir) et les GJ qui, eux, ont été conséquents : face à un pouvoir violent, on emploie les mêmes moyens. 

Donc arrêtons de nous raconter des histoires : chaque défaite prépare la défaite suivante. 

Il suffit de voir le destion de l’ESR : pour Bercy, ça rentre comme dans du beurre. Ils doivent même en rire. 

Mais il est vrai qu’ils ont d’autres chats intersectionnels à fouetter : vomir les hommes blancs hétéro c’est un métier à plein temps.

N:

Oui F, peut-être que nous ne verrons pas la « victoire » mais ne sommes-nous pas que les « héros » d’un temps donné, celui de notre passage sur Terre ?

La marche de l’humanité est continuelle donc continuée… sauf si nous sabotons nos conditions d’habitabilité et de vie. Sauf si nous arrêtons la chaîne des générations.

La foi chevillée au corps pour la poursuite de la vie humaine sur terre comme donnée existentielle me convient.

L’humain peut faire du mal comme du bien.

C’est cette partie-là qui m’intéresse de faire grandir là où je suis et avec les moyens qui sont les miens.

J’ai envie de donner aux enfants et aux jeunes les moyens, c’est à dire la qualité de relations, qui leur permettront de tracer la suite du chemin .Relations avec les autres, avec la nature, avec soi même et plus grand que soi.

Plus j’avance dans ma vie et plus je me dis que la clé est là : la nature, la modalité, l’intentionnalité, l’effectivité d’AMOUR de la relation.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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