Consommation, production électrique, chaleur, biomasse, hydrogène, réseaux… Un document de travail, publié lundi 12 juin par le secrétaire général à la planification écologique (SGPE),

Energie : la feuille de route du gouvernement se précise

Un document de travail, publié par le secrétariat général à la planification écologique, rehausse en partie les objectifs de développement des renouvelables d’ici à 2030. 

Par Perrine Mouterde et Adrien Pécout

Publié le 14 juin 2023 à 11h51, modifié le 16 juin 2023 à 14h13

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/06/14/energie-le-gouvernement-esquisse-une-future-feuille-de-route-ambitieuse-pour-la-france_6177594_3234.html

Aux abords de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord), en mars 2017.
Aux abords de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord), en mars 2017.  PASCAL ROSSIGNOL / REUTERS

Consommation, production électrique, chaleur, biomasse, hydrogène, réseaux… Un document de travail, publié lundi 12 juin par le secrétaire général à la planification écologique (SGPE), Antoine Pellion, esquisse « la vision d’ensemble » du gouvernement sur l’évolution du mix énergétique. Avant le débat attendu au Parlement, à l’automne, sur la première grande loi de programmation sur l’énergie et le climat (LPEC), ce rapport de 63 pages complète les grandes orientations dévoilées fin mai par la première ministre, Elisabeth Borne. Il témoigne d’une volonté d’accélérer sur la production d’électricité renouvelable d’ici à 2030, rehaussant les objectifs énoncés par le président Emmanuel Macron dans son discours de Belfort, en février 2022.

Le texte souligne également la persistance de points de blocage à lever, pour résoudre l’équation suivante : diminuer de 55 % les émissions de gaz à effet de serre du pays par rapport à 1990, d’ici à la fin de la décennie, tout en produisant suffisamment d’énergie bas carbone pour répondre à tout moment à la demande. « Ce document, qui s’appuie sur des données techniques, permet de donner des ordres de grandeur, explique le cabinet de la ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher. Les groupes de travail qui travaillent sur la LPEC vont pouvoir formuler des propositions. Les arbitrages politiques auront lieu dans les semaines qui viennent. »

Le gouvernement mise d’abord sur une diminution de la consommation d’énergie de 17 % à l’horizon 2030 – la stratégie nationale bas carbone prévoit une baisse de 40 % d’ici à 2050. Deuxième pilier, l’électrification des usages : en écho aux projections récentes du gestionnaire du Réseau de transport d’électricité (RTE), l’exécutif veut « pousser tous les curseurs au maximum », alors que la production d’électricité a chuté en 2022 à son plus faible niveau depuis 1992 (445 térawattheures, TWh). Pour 2030, l’exécutif table désormais sur 558 TWh (+ 25 %) en cas de production « tendancielle », c’est-à-dire sur la base des rythmes de développement déjà observés pour l’éolien et le solaire, voire sur 591 TWh (+ 33 %) en cas d’efforts accrus.

Le solaire et l’éolien revus à la hausse

L’enjeu consiste notamment à plus ou moins doubler le rythme de déploiement du solaire, pour parvenir à une capacité comprise entre 128 et 160 gigawatts (GW) en 2050. Chaque année, dès 2023, il faudra installer entre 3,7 et 5,5 GW, contre 2,4 GW en 2022. L’objectif nécessite, selon le SGPE, de « relocaliser la filière industrielle » et d’installer des panneaux solaires aussi bien au sol qu’en toiture. A Belfort, le chef de l’Etat évoquait déjà la perspective de « dépasser 100 gigawatts » à la moitié du siècle.

Sur l’éolien en mer, le document de travail révise également quelque peu la cible affichée il y a un an, pour la faire passer de 40 GW à 45 GW en vue de 2050. Seul un parc offshore est actuellement en service, au large de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). « Par un travail de planification et la fluidification des procédures dans les services de l’Etat, nous pourrions même monter entre 50 et 60 GW », estime Michel Gioria, délégué général de l’association professionnelle France énergie éolienne.

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Concernant l’éolien terrestre – filière « contestée » par une partie de la société, rappelle le texte, mais « nécessaire » –, l’idée est plutôt de conserver au minimum le rythme actuel, d’abord entre 1,2 et 1,9 GW par an. Selon Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables, organisation patronale, il s’agit de reprendre la « trajectoire initiale de l’éolien terrestre », là où Emmanuel Macron avait prévu, en 2022, de décélérer. La France reste néanmoins en retard par rapport à sa feuille de route.

Huit EPR 2

S’agissant du nucléaire, l’exécutif espère maintenir en service les 56 réacteurs déjà existants, voire les prolonger au-delà de soixante ans. Il anticipe aussi un scénario « défavorable », avec la fermeture de neuf tranches avant leur sixième visite décennale, pour « raisons de sûreté ». Pour les projets de nouveau nucléaire, le document rappelle l’objectif de mise en service de six à quatorze réacteurs EPR 2 d’ici à 2050. Une approche logique par rapport aux besoins d’énergie liés à une « réindustrialisation » du pays, selon Mathias Laffont, directeur des études de l’Union française de l’électricité, autre structure professionnelle.

Outre l’électrification, le gouvernement entend miser sur la chaleur renouvelable – la chaleur représentant 43 % de la consommation d’énergie primaire. D’ici à 2030, l’objectif est d’ajouter plus de 100 TWh de chaleur renouvelable, grâce à la montée en puissance des pompes à chaleur, de la géothermie, de la biomasse et du biogaz. Un objectif que la Fédération des services énergie environnement (Fedene) juge encore « un peu timide »« Le sujet est placé au même niveau que celui de l’électricité, il était temps, se réjouit toutefois son président, Pierre de Montlivault. Il existe des solutions éprouvées de déploiement de la chaleur renouvelable, ne reposant pas sur des innovations technologiques et qu’il est possible de massifier rapidement. »

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Ce document fait par ailleurs apparaître très clairement que de nombreuses questions subsistent au sujet de la biomasse, le gouvernement anticipant une situation « tendue » dès 2030. Les besoins identifiés sont en forte hausse (259 TWh en 2030), excédant la ressource et faisant peser des risques de conflits d’usages. Concernant le biogaz, le SGPE prévoit par exemple un fort développement des cultures intermédiaires à valorisation énergétique (CIVE), qui peuvent accompagner le développement des méthaniseurs. « L’intérêt des CIVE est d’aller vite, mais il faut absolument éviter les mauvaises pratiques agricoles qui concurrencent les cultures alimentaires », détaille Christian Couturier, le directeur général de l’association Solagro.

L’augmentation de la mobilisation de la biomasse forestière se heurte de son côté à la forte diminution de la capacité de stockage du carbone de la forêt française. Le SGPE note aussi que plus de la moitié de la biomasse liquide (biocarburants, huiles…) est importée. « Jusqu’à présent, la biomasse a souvent servi de variable d’ajustement,rappelle M. Couturier. Désormais, la société prend conscience que la biomasse est une ressource limitée. »

Mise à jour du 16 juin 2023 : L’article a été modifié en raison d’une erreur du SGPE concernant le nombre minimum de nouveaux réacteurs souhaité par le gouvernement. La première version du document mise en ligne parlait d’au moins huit réacteurs et le ministère de la transition énergétique, interrogé, n’avait pas démenti ce chiffre. Le document du SGPE a ensuite été corrigé et mentionne désormais six réacteurs.

Perrine Mouterde et  Adrien Pécout

* L’échec du bilan carbone « obligatoire », symbole du mépris des enjeux climatiques

La loi demande depuis dix ans aux grandes entreprises de chiffrer leurs émissions de gaz à effet de serre, mais la majorité des acteurs concernés ne la respectent pas

Par Adrien Sénécat

Publié le 24 mars 2023 à 07h00, modifié le 24 mars 2023 à 15h23

Temps de Lecture 6 min. 

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2023/03/24/l-echec-du-bilan-carbone-obligatoire-symbole-du-mepris-des-enjeux-climatiques_6166785_4355770.html

Des super profits, des super émissions dioxyde de carbone, mais tout de même une super promesse environnementale pour l’avenir. L’armateur CMA CGM, qui a dégagé en 2022 un bénéfice net historique de 24,9 milliards de dollars (23,5 milliards d’euros), est aussi un émetteur majeur de gaz à effet de serre (GES), comme l’ensemble du secteur du fret maritime. L’entreprise assure cependant viser le « zéro carbone » en 2050 pour apporter sa contribution à la lutte contre le réchauffement climatique.

Un engagement crédible ? En France, une loi impose justement, depuis plus de dix ans, aux grandes entreprises de chiffrer leurs émissions de GES, de les publier sur le site de l’Agence de la transition écologique (Ademe), et d’établir un plan d’actions pour les réduire. Mais CMA CGM ne l’a pas fait. Interrogé par Le Monde, l’armateur assure avoir prévu de se plier prochainement à l’exercice.

L’entreprise française la plus profitable en 2022 est loin d’être un cas isolé. A peine un tiers des quelque cinq mille organisations privées ou publiques concernées par cette obligation légale l’ont respectée en 2021. Un décalage qui témoigne autant de l’échec d’un dispositif que de l’apathie des acteurs concernés face à la transition environnementale, alors même que le sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié lundi 20 mars, souligne une nouvelle fois l’urgence d’agir rapidement pour contenir le réchauffement climatique.

Le bilan GES, une obligation née du Grenelle de l’environnement

L’obligation de réaliser un bilan des émissions de gaz à effet de serre (bilan GES) a été créée en France par la loi Grenelle 2 en 2012. Elle s’applique à plusieurs catégories d’acteurs :

  • Les entreprises de plus de 500 salariés (250 en outre-mer) ;
  • Les établissements publics de plus de 250 salariés ;
  • Les collectivités locales de plus de 50 000 habitants ;
  • Les services de l’Etat.

Le bilan doit être publié tous les trois ans (quatre pour les entreprises). Depuis 2016, il doit être mis en ligne sur le site de l’Ademe depuis 2016.

Cette contrainte vise à amener les organisations à identifier et quantifier les sources de gaz à effet de serre dans leurs activités, puis à réfléchir aux actions à mener pour les réduire. « Bien comptabiliser ses émissions permet d’avoir un plan d’action cohérent ensuite », explique l’Ademe.

Extrait de la base de données des bilans GES de l’Ademe.
Extrait de la base de données des bilans GES de l’Ademe. 

Une obligation largement ignorée

Séduisante sur le papier, l’obligation de réaliser un bilan GES n’a pas tenu ses promesses, en premier lieu parce qu’elle est majoritairement ignorée. Ainsi, 65 % des 4 970 organisations soumises à cette obligation ne l’ont pas fait, selon le décompte de l’Ademe pour l’année 2021. La situation s’est même détériorée, puisqu’elles n’étaient que 40 % de récalcitrantes en 2013.

Réaliser un bilan carbone, une obligation majoritairement non respectée

Part des organisations qui se sont conformées à l’obligation légale de déposer un bilan GES auprès de l’Ademe en 2021.

Si les très grandes entreprises jouent majoritairement le jeu, Le Monde a constaté que certaines d’entre elles manquaient toujours à l’appel début janvier 2023, lors de la dernière mise à jour de la base de données de l’Ademe. Parmi elles : Dassault Systèmes, Leclerc, Eiffage, Vivendi… et le groupe Le Mon

Ces « oublis » sont facilités par la mansuétude de l’Etat, qui ne n’est guère montré offensif dans la mise en œuvre de cette réglementation entrée en vigueur il y a dix ans. Des agents des directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) sont bien chargés de contrôler le respect de la loi, mais les sanctions, bien que renforcées par la loi climat de 2019, restent dérisoires (une simple amende de 10 000 euros, portée à 20 000 euros en cas d’infractions répétées), voire inexistantes. Interrogé sur le nombre d’organismes sanctionnés pour ne pas avoir fait de bilan GES, le ministère de la transition écologique explique que « les contrôles ont essentiellement eu un but pédagogique et incitatif, jusqu’à présent ».

Or, les entreprises récalcitrantes ne semblent pas toutes convaincues à ce jour de l’importance de la démarche. Pour justifier son absence de bilan GES, Vivendi renvoie par exemple vers des données similaires qu’elle a publiées sur d’autres plates-formes, comme le Carbon Disclosure Project, géré par une ONG, ou dans son rapport annuel. Or, le niveau de précision de ces publications est souvent bien inférieur à celui des données demandées par la plate-forme publique de l’Ademe. Vivendi a beau jeu d’affirmer que les données sont « calculées avec des sociétés spécialisées », les informations publiées dans les rapports annuels des entreprises sont souvent peu détaillées et ne permettent souvent pas de comparer les entreprises d’un secteur les unes aux autres. Auprès du Monde, Vivendi assure cependant qu’il publiera un premier bilan au format Ademe « d’ici à la fin de l’année 2023 ».

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Les collectivités locales souvent à la traîne

La sphère publique elle-même n’a pas vraiment donné l’exemple en la matière. A commencer par les régions, dont les agents sont pourtant chargés de faire respecter la loi. Selon notre relevé, seules six des dix-huit régions françaises étaient à jour de leur obligation début 2023 : Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Centre-Val de Loire, Grand Est, Normandie, La Réunion…

Les réponses des acteurs récalcitrants interrogés par Le Monde montrent que les collectivités territoriales sont souvent tout autant en retard que les entreprises dans leurs réflexions. Ainsi, Laurent Wauquiez, président de la région Rhône-Alpes-Auvergne, se défend du non-respect de la loi en 2023 en invoquant le contexte de fusion des régions (pourtant intervenue début 2016). Son service de presse assure toutefois qu’une « réflexion » a été engagée sur le sujet pour « élaborer une stratégie régionale de décarbonation » et publier un bilan courant 2023. La région Ile-de-France, présidée par Valérie Pécresse, a quant à elle publié son premier bilan GES après la publication de notre article, vendredi 24 mars.

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Le bilan n’est guère meilleur à l’échelle des départements, dont moins de la moitié a publié un bilan carbone. Il est toutefois plus positif du côté des grandes villes et métropoles : parmi les dix plus peuplées de France, seules Nantes (qui assure être en passe de publier son bilan) et Marseille sont hors des clous.

Interrogées pour l’évaluation de l’Ademe, les organisations qui n’ont pas respecté leur obligation déclarative en 2021 ont invoqué le plus souvent le manque de ressources humaines ou financières et la complexité et la longueur de l’exercice. Des justifications qui valent aussi bien pour le public que pour le privé.

Décryptage :   Le rapport de synthèse du GIEC, « un guide pratique pour désamorcer la bombe à retardement climatique »

Un travail trop souvent imprécis et incomplet

Mais le problème ne s’arrête pas à ces récalcitrants. Même parmi les 35 % de « bons élèves », une bonne partie des bilans GES publiés s’avèrent en réalité largement inexploitables, en raison de leur manque de précision. L’exercice a également longtemps été faussé par le fait que l’obligation déclarative était restreinte aux émissions directes et indirectes des entreprises concernées – on parle, dans le jargon, de « scopes ». Dans l’exemple d’un constructeur automobile, le scope 1 inclut les émissions de GES directement sorties de ses usines et le scope 2 y ajoute les émissions indirectes liées à la consommation d’énergie de ses unités de production (celles des centrales qui produisent son électricité, par exemple).

Arrive enfin le scope 3, qui recouvre les émissions de GES liées aux produits et services achetés par l’entreprise ou par l’utilisation finale de ses produits. Dans l’exemple de notre entreprise automobile, ce périmètre comprend notamment les GES émis pendant la production et le transport des matériaux utilisés dans la fabrication des véhicules. Il tient aussi compte des émissions des véhicules entre l’usine et leur lieu de vente, puis surtout de celles qu’ils généreront en roulant.

A partir de cet exemple, on comprend que le scope 3 est, de loin, le plus gros poste d’émissions dans la plupart des secteurs d’activité, à l’exception des gros sites industriels ou de l’extraction d’énergie fossile. C’est pourquoi les bilans carbone doivent en principe tenir compte de ces facteurs, afin de mettre en lumière la dépense d’une activité aux énergies fossiles. Mais la loi française, elle, a longtemps rendu facultative son inclusion dans les bilans GES. Une anomalie qui n’a été corrigée qu’au 1er janvier.

Ainsi, de nombreuses organisations ont jusqu’ici renoncé à chiffrer l’ensemble de leur bilan carbone, faute d’y être obligée. Le scope 3 a été ignoré dans près de la moitié des bilans déposés à l’Ademe entre 2018 et 2021 – notamment par de grands émetteurs de CO2, comme Total Energies, Esso ou Lafarge.

Même parmi ces entreprises, la qualité de l’exercice est variable. En moyenne les entreprises ne renseignent ainsi que 4,6 des 15 postes d’émissions du scope 3, en se concentrant sur les plus simples à remplir, plutôt que sur les plus substantiels. Parmi les postes le plus souvent renseignées, on trouve par exemple les déplacements professionnels et les achats de produits ou services. Très rares sont les organisations qui, à l’inverse, ont estimé les émissions de COliées à l’utilisation de leurs produits.

Une prise en compte variable des postes d’émissions de CO2

Taux de remplissage d’une sélection de postes d’émissions de gaz à effet de serre pour les entreprises qui ont renseigné des données dans leur scope 3 d’émissions de gaz à effet de serre sur la plateforme de l’Ademe. Exemple : 58 % de ces entreprises ont évalué les émissions des déplacements profesionnels.

Autres émissions liées à l’énergie Déplacements professionnelsAchats de produits ou servicesDéchetsDéplacements domicile – travailTransport de marchandise amontTransport de marchandise avalUtilisation des produits vendusFin de vie des produits vendus

Pour Juliette Decq, spécialiste de ces questions au cabinet Carbone 4, la réglementation française « est une première pierre à l’édifice nécessaire, mais très insuffisante. Dans tous les cas, c’est un sujet qui doit passer par des réglementations, sinon les entreprises ne s’y mettront pas. L’évolution de la réglementation européenne va d’ailleurs dans le bon sens »  

La lecture des plans d’action qui accompagnent ces bilans montre que cette réflexion est encore insuffisamment engagée. Bon nombre d’entreprises se content ainsi d’égrainer des petits gestes pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. « Equiper 100 % de nos magasins en éclairage intérieur avec source LED » (Adidas), « sensibiliser les salariés à l’économie d’énergie » (Groupama Méditerranée), « désigner dans chaque magasin un ambassadeur de la sobriété et du climat » (La Grande Récré)… autant d’actions générales et basiques qui ne nécessitent pas de réflexion particulière pour être adoptées.

Plus largement, ces mesures semblent insuffisantes pour être en phase avec les objectifs gouvernementaux pour les années à venir. La France doit en effet baisser ses émissions de 55 % d’ici à 2030 par rapport à 1990, alors qu’elles n’ont reculé que de 20 % entre 1990 et 2019. Le laborieux déploiement du bilan GES, encore minoritaire après plus d’une décennie, illustre bien à quel point la marche est haute.

Au-delà des chiffres, la comptabilité carbone doit selon elle s’accompagner d’une réflexion de fond au sein des entreprises : « Avant de se lancer dans un plan d’actions, il faut penser au point de chute, analyse Juliette Decq. Certaines activités vont devoir être créées, par exemple dans l’économie du réusage, et d’autres vont devoir disparaître. C’est le nœud de l’histoire. » 

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Adrien Sénécat

La chaleur renouvelable, grande oubliée des débats sur l’énergie

La décarbonation de ce secteur, qui représente la moitié de la consommation d’énergie française, est un enjeu majeur et souvent négligé. 

Par Perrine Mouterde(Charleville-Mézières, Ardennes)

Publié le 28 mars 2022 à 15h00

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/03/28/la-chaleur-renouvelable-grande-oubliee-des-debats-sur-l-energie_6119494_3244.html

Temps de Lecture 4 min. 

A l’intérieur du four numéro sept, la température frise les 780 °C. L’aluminium en train de fondre servira à la production de pièces automobiles. Trente mètres plus haut, à la sortie de la cheminée, les fumées issues du processus de fusion affichent encore entre 140 °C et 300 °C au thermomètre. Depuis janvier 2019, cette chaleur n’est plus perdue : récupérée dans un collecteur installé sur le toit de l’usine Stellantis (ex-PSA) de Charleville-Mézières (Ardennes), avec celle de dix autres fours, elle alimente un réseau de chaleur urbain.

Récupération de chaleur sur le toit de l’usine Stellantis de Charleville-Mézières (Ardennes).
Récupération de chaleur sur le toit de l’usine Stellantis de Charleville-Mézières (Ardennes).  STELLANTIS

Etendu sur 11 kilomètres, celui-ci couvre l’équivalent de 3 290 logements autrefois raccordés à un réseau de gaz, du quartier de la Citadelle jusqu’à l’hôpital Manchester. La chaleur générée par la plus grande fonderie d’Europe évite l’émission de 7 000 tonnes de CO2 chaque année.

La décarbonation de la chaleur est un enjeu majeur : elle représente près de la moitié de la consommation d’énergie française et constitue l’un des principaux secteurs d’émission de gaz à effet de serre. Surtout, à la différence du système électrique, elle repose encore à près de 75 % sur les énergies fossiles. « La chaleur renouvelable est l’oubliée du débat énergétique, alors qu’elle représente un champ de consommation d’énergie très important et extrêmement carboné », regrette Pierre de Montlivault, le président de la Fédération des services énergie environnement (Fedene).

Lire aussi :  Du « zéro éolienne » au « 100 % renouvelable », le grand écart entre candidats à la présidentielle« Le sujet de la chaleur est sous-traité par rapport à la hauteur des enjeux, renchérit Alexandre Roesch, le délégué général du Syndicat des énergies renouvelables. On en parle beaucoup moins que de l’électricité, alors que c’est là que les efforts de décarbonation à faire sont les plus importants. C’était déjà un point d’étonnement avant, ça l’est encore plus depuis la crise gazière. » Déjà en forte hausse depuis l’été 2021, les cours du gaz ont encore augmenté depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, premier fournisseur de ce combustible fossile à l’Union européenne.

D’importants travaux

Lorsqu’elle est d’origine renouvelable, la chaleur peut être produite par différentes sources : bois domestique ou bois-énergie, pompes à chaleur, géothermie, valorisation énergétique des déchets, gaz renouvelables ou encore chaleur solaire. Comme pour les autres filières, la France est en retard sur ses objectifs : les sources renouvelables représentent moins de 23 % de la consommation finale de chaleur, alors que l’objectif était d’atteindre 33 % en 2020. Pour 2030, l’ambition est de parvenir à 38 %.

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Pour accélérer, les acteurs du secteur estiment notamment devoir multiplier par trois le rythme de développement des réseaux de distribution. Aujourd’hui, 833 réseaux sont déployés en France, auxquels sont raccordés quelque 44 000 bâtiments. A Charleville-Mézières, la mise en place des infrastructures qui relient l’usine Stellantis au centre-ville a nécessité d’importants travaux. Sur le site industriel, d’abord, où il a fallu fermer pendant une semaine le poste de garde. « Ça n’était pas arrivé depuis 1973 ! », souligne Vincent Jauniaux, pilote énergie de Stellantis.

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Il a ensuite fallu ouvrir des tranchées dans plusieurs rues de la commune pour installer des tuyaux, les faire passer sous l’autoroute… « Tout cela n’a pu se faire que parce que la collectivité et l’industriel ont compris l’intérêt environnemental et territorial de ce projet, insiste Julien Virmoux, chargé d’affaires industrie Champagne-Ardenne pour Dalkia, filiale du groupe EDF, qui exploite le réseau. Ils ont joué le jeu à une période où le prix du gaz était relativement bas. »

Le maire (Les Républicains) Boris Ravignon ne regrette pas son choix. « Ce projet réconcilie les logiques écologique, économique et sociale, se félicite-t-il. On récupère de l’énergie qui est déjà produite. En la vendant, Stellantis valorise ce qui était auparavant perdu, et on fournit aux usagers de la chaleur qu’ils paient moins cher. » « Sans accompagnement de l’Etat pour participer aux investissements d’infrastructures, ce type de projets ne pourraient pas se faire », précise Emmanuel Tami, directeur marketing de Dalkia Grand-Est.

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6 500 installations soutenues

Depuis sa création en 2009, le fonds chaleur géré par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a soutenu quelque 6 500 installations. En réaction à la guerre en Ukraine, la ministre de la transition écologique a annoncé, le 16 mars, une hausse de 40 % du budget du fonds en 2022. « Ces 150 millions d’euros supplémentaires permettront de soutenir très rapidement des projets de conversion de réseaux de chaleur à la biomasse, moyen très efficace de réduire notre demande en gaz naturel », a expliqué Barbara Pompili. Plusieurs candidats à la présidentielle (Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, Valérie Pécresse ou Eric Zemmour) proposent également d’accroître les crédits du fonds.

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Dans un vaste hangar du quartier de Ronde Couture, à Charleville-Mézières, un camion déverse des copeaux de bois à l’intérieur d’une chaufferie biomasse. En plein hiver, jusqu’à sept véhicules par jour viennent approvisionner l’installation, qui consomme environ 15 000 tonnes de plaquettes de bois par an. « Avec les forêts juste à côté, nous n’avons pas de problème de ressource », assure Ricardo Rodriguez, directeur du centre opérationnel Champagne-Ardenne de Dalkia. Cette chaufferie alimente un autre réseau de chaleur de la ville, et notamment des logements sociaux. Ici, environ 4 000 équivalents logements ont abandonné un mix 100 % gaz fossile pour un mix à 72 % décarboné.

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Perrine Mouterde(Charleville-Mézières, Ardennes)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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