Le trafic des hélicos de la Côte d’Azur hors de portée du ministre
Que deviennent les histoires une fois les articles parus ? Cette semaine, « M Le magazine du Monde » revient sur les vols intempestifs d’hélicoptères autour de Saint-Tropez qui ont retenu l’attention du ministre des transports, Clément Beaune.
Par Sofia Fischer(Nice, correspondance)Publié aujourd’hui à 12h00, modifié à 12h32
Temps de Lecture 2 min.

Ce que l’on a raconté
Sur la Côte d’Azur, dès le printemps, les hélicoptères polluent l’air comme la vie des habitants. Ces taxis du ciel mettent Saint-Tropez, Monaco, Nice et Cannes à un quart d’heure les unes des autres, moyennant 2 300 euros l’aller simple. S’ajoutent à ces vols commerciaux de nombreux trajets privés. Résultat : plus de 30 000 mouvements – un décollage et un atterrissage valent deux mouvements – ont lieu par an sur la presqu’île de Saint-Tropez. Les résidents craquent. « On a pris l’habitude de baisser la tête et de se taire pendant la saison », témoignait un menuisier de Ramatuelle. Pour lui, il y a « ceux qui viennent en hélico » et les autres…
Lire aussi : Sur la Riviera, le bruit des hélicos sème la discorde
En 2021, le tribunal donne raison aux associations qui luttent depuis des années pour faire reconnaître la pollution engendrée. Depuis avril 2022, un décret ministériel vise à réguler le trafic sur l’ensemble du territoire. Pour le golfe de Saint-Tropez, un arrêté préfectoral a « considérablement durci » la réglementation nationale : du 15 juin au 15 octobre, il interdit les vols à l’heure du déjeuner et limite à huit par jour les mouvements sur les hélisurfaces commerciales et à quatre chez les privés. Résultat : une baisse officielle de 38 % du trafic entre l’été 2019 et l’été 2022. Lors de son arrivée, en 2018, le sous-préfet de Draguignan, Eric De Wispelaere, semblait déterminé à régler la question, avant de reconnaître, cinq ans plus tard, que ce secteur représentait « une manne économique importante pour la région ».
Ce qui s’est passé depuis
Le 23 mai, dix jours après l’article de M Le magazine du Monde, France Inter révélait que Clément Beaune avait envoyé une lettre à la préfecture du Var, exigeant une baisse de 80 % du trafic par rapport à 2019. Dans ce courrier, le ministre chargé des transports invitait les services à « mettre en place » les « moyens nécessaires » pour faire diminuer les rotations d’hélicoptères dans le golfe de Saint-Tropez. Le préfet a jusqu’au 10 juin pour faire part de ses propositions. Clément Beaune retweetait l’article de nos confrères et commentait : « Un peu de bon sens et de décence. »
Lire aussi : Climat : la France a-t-elle vraiment interdit des vols intérieurs ?
A la préfecture, un léger vent de panique a d’abord soufflé. « Deux semaines pour pondre des solutions, c’est un effet d’annonce ou quoi ? », s’interrogeait un fonctionnaire. Le dossier souffre de ce que beaucoup appellent « la réalité du terrain ». Comprendre : les habitudes de certains ultra-riches et touristes paraissent durablement ancrées.
Contacté début juin, le cabinet du ministre refuse « d’émettre un jugement de valeur sur ce type de transport », mais souhaite le « réglementer ». Dans le courrier – consulté par M – envoyé par le ministre, il n’est d’ailleurs jamais question de 80 %, mais ses équipes précisent que, si « le chiffre ne figure effectivement pas dans la lettre », cela reste l’objectif fixé à l’oral.
Lire aussi : Des voiles sur les cargos pour décarboner le transport maritime
Le trafic privé est difficile à maîtriser. Il suffit d’un espace dégagé sur une zone à peu près plane et dure pour se poser. Les propriétaires qui « prêtent » leur terrain aux compagnies gagnent de « 100 à 200 euros par pose, en fonction de leur emplacement », explique un ancien employé d’une entreprise d’hélicoptères étrangère. Ils peuvent percevoir jusqu’à 1 600 euros par jour.
Dans un courrier consulté par M, un agent de l’aéroport de Nice-Côte d’Azur écrit qu’il est compliqué de suivre l’activité des hélisurfaces privées, les transpondeurs et les radars n’étant pas assez précis. Une solution demeure : l’interdiction des hélisurfaces et l’obligation pour tous de se poser à l’aéroport de La Môle, seul en mesure de réguler le trafic. Les usagers ne pourraient plus atterrir qu’à vingt minutes en voiture du centre-ville de Saint-Tropez. Une option qui reste, pour l’instant, « non envisagée », selon plusieurs sources proches du dossier.
Sofia Fischer(Nice, correspondance)
L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.S’abonner