Réaction de 12 organisations de soignants suite aux déclarations de la ministre Agnès Firmin Le Bodo: elles refusent de »présenter la mort provoquée comme le complément de l’offre de soin, alors qu’il s’agit en réalité d’un acte qui ne relève pas du même registre »

Fin de vie : 12 organisations soignantes craignent une détérioration de la relation avec le patient   

Par M.G. le 31-05-2023 

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Suite à une interview donnée par la ministre Agnès Firmin Le Bodo sur la fin de vie, 12 organisations de soignants se réunissent dans une tribune pour exprimer leur crainte d’une détérioration de la relation patient-soignant. Elles dénoncent également la rédaction d’un texte unique sur la fin de vie. 

Alors que le Président de la République a promis une nouvelle loi sur la fin de vie « d’ici l’été », 12 organisations de soignants* s’emparent du sujet dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche. Dans une interview, la ministre Agnès Firmin Le Bodo, chargée de ce sujet, a indiqué que son objectif était de « présenter un texte [au Parlement] avant le 21 septembre ». Dans leur tribune, les organisations de soignants s’opposent à la rédaction d’un « seul texte » alors que ce projet de loi est composé de trois volets : « l’aide active à mourir », « les soins palliatifs » et « les droits des patients ». « Cela instaure une grande confusion, car cela viendrait présenter la mort provoquée comme le complément de l’offre de soin, alors qu’il s’agit en réalité d’un acte qui ne relève pas du même registre », écrivent-elles. Elles constatent également qu’il « avait été promis que les organisations soignantes seraient consultées, ce qui à ce jour n’est pas encore réalisé ». 

Les soignants rappellent également que « dans les situations de fragilité, c’est le soin qui doit d’abord s’exprimer ». Ils « entendent la détresse, la peine et parfois l’envie de mourir. Ils tentent de comprendre, de soulager, de rassurer. Cette démarche est un élément fondamental de la relation de soin », confient-ils, en utilisant le terme d’« alliance symétrique » entre soignant et soigné. L’un « confie son corps, et parfois plus », l’autre « s’engage à tout mettre en œuvre pour guérir parfois, soulager souvent et accompagner toujours ». Cette relation témoigne « d’un acte de confiance inouï ». 

Aide active à mourir : « Une clause de conscience est nécessaire, je n’ai aucun doute là-dessus », affirme Agnès Firmin Le Bodo

Néanmoins, les 12 organisation ne remettent pas en cause le fait que tout individu puisse exprimer « son souhait de mourir », mais ils demandent à ce qu’un « dialogue » soit immédiatement « engagé » et qu’il « ne soit pas faussé par le fait que celui qui entend ce cri de souffrance disposerait du droit de vie ou de mort, de la possibilité de dire oui ou non ». « Nous alertons sur le danger d’adopter une telle position, si éloignée des valeurs que défend notre pays a fortiori en un moment où l’offre de soins est à ce point dégradée et inégalitaire que rien ni personne ne pourra garantir que la liberté de choix du patient sera respectée », poursuivent les soignants. « Nous nous prononçons pour une société qui reconnaisse la difficulté du compagnonnage quotidien avec la mort. »

*Association francophone des soins oncologiques de support (Afsos), Association nationale française des infirmier.e.s en pratique avancée (Anfipa), Association pour la clarification du rôle du médecin dans le contexte des fins de vie (Claromed), Conseil national professionnel de gériatrie (CNPG), Conseil national professionnel infirmier (CNPI), Fédération nationale des établissements d’hospitalisation à domicile (Fnehad), Association nationale des médecins coordonnateurs en Ehpad et du secteur médico-social (MCOOR), Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), Société francophone de néphrologie dialyse et transplantation (SFNDT), Société française du cancer (SFC), Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG) et Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). 

[Avec le Journal du dimanche] 

Fin de vie : 12 organisations soignantes appellent à préserver la « relation de soin » avec les patients

TRIBUNE. Dans un appel commun, 12 organisations soignantes répondent à l’interview donnée par Agnès Firmin-Le Bodo dans nos colonnes le 20 mai 2023, en s’inquiétant des conséquences d’une légalisation de la mort administrée sur la relation de soin qui unit patients et soignants.

La rédaction

27/05/2023 à 17:37, Mis à jour le 28/05/2023 à 14:45

https://www.lejdd.fr/societe/fin-de-vie-12-organisations-soignantes-appellent-preserver-la-relation-de-soin-avec-les-patients-136159

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Illustration. « Les soignants entendent la détresse, la peine et parfois l’envie de mourir. Ils tentent de comprendre, de soulager, de rassurer. Cette démarche est un élément fondamental de la relation de soin. » SYSPEO/SIPA / © SYSPEO/SIPA

Voici leur tribune. « Le 3 avril, le président de la République a annoncé une stratégie décennale de développement des soins palliatifs et l’écriture d’un projet de loi sur la fin de vie, sans autre précision. La ministre Agnès Firmin Le Bodo a indiqué le 20 mai dans le JDD qu’un seul texte devrait être discuté au Parlement, le projet de loi prévu comptant trois volets, sur l’aide active à mourir, sur les soins palliatifs et sur les droits des patients. Il avait été promis que les organisations soignantes seraient consultées, ce qui à ce jour n’est pas encore réalisé.

Les soignants entendent la détresse, la peine et parfois l’envie de mourir. Ils tentent de comprendre, de soulager, de rassurer. Cette démarche est un élément fondamental de la relation de soin. 

La perspective d’un seul et même texte instaure une grande confusion, car cela viendrait présenter la mort provoquée comme le complément de l’offre de soin, alors qu’il s’agit en réalité d’un acte qui ne relève pas du même registre.

Alors même que notre société valorise le pouvoir, le contrôle, la performance et la force, nous souhaitons rappeler que dans les situations de fragilité, c’est le soin qui doit d’abord s’exprimer. Les soignants entendent la détresse, la peine et parfois l’envie de mourir. Ils tentent de comprendre, de soulager, de rassurer. Cette démarche est un élément fondamental de la relation de soin.

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Cette relation est une alliance. Une alliance asymétrique entre deux personnes. L’une qui confie son corps, et parfois plus, à une autre qui s’engage à tout mettre en œuvre pour guérir parfois, soulager souvent et accompagner toujours. S’en remettre ainsi à un autre est un acte de confiance inouï. Celui qui est soigné porte en lui l’espoir que le meilleur est toujours recherché et pratiqué pour son bien. Celui qui soigne et qui accepte d’être le dépositaire de cette confiance porte quant à lui une responsabilité immense – parfois même écrasante. La qualité de cette relation ne peut faire l’objet d’aucun soupçon.

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Il est légitime que tout individu puisse exprimer son souhait de mourir, mais il est impératif que le dialogue qui doit alors s’engager ne soit pas faussé par le fait que celui qui entend ce cri de souffrance disposerait du droit de vie ou de mort, de la possibilité de dire oui ou non.

 Ce grand débat sur la fin de vie est une occasion de prendre en compte la vulnérabilité, en offrant à tous des conditions de soin et d’accompagnement décentes.

Nous alertons sur le danger d’adopter une telle position, si éloignée des valeurs que défend notre pays a fortiori en un moment où l’offre de soins est à ce point dégradée et inégalitaire que rien ni personne ne pourra garantir que la liberté de choix du patient sera respectée.

Nous refusons la toute-puissance que certains voudraient leur donner. Par ce nouvel appel, nous nous prononçons pour une société qui reconnaisse la difficulté du compagnonnage quotidien avec la mort. Ce grand débat sur la fin de vie est une occasion de prendre en compte la vulnérabilité, en offrant à tous des conditions de soin et d’accompagnement décentes. Pour cela, nous continuerons de nous y engager de manière constructive et serons à la disposition de tous pour ce qui fait sens à nos yeux : la loi du plus faible. »
 

La liste des signataires : 

Ivan Krakowski pour l’AFSOS : Association Francophone des Soins Oncologiques de Support
Sophie Chrétien pour l’ANFIPA : Association Nationale Française des Infirmier.e.s en Pratique Avancée
Jean-Louis Samzun pour CLAROMED : Association pour la Clarification du Rôle du Médecin dans le contexte des fins de vie.
Claude Jeandel pour le CNPG : Conseil National Professionnel de Gériatrie
Evelyne Malaquin-Pavan pour le CNPI : Conseil National Professionnel Infirmier
Elisabeth Hubert pour la FNEHAD : Fédération Nationale des Établissements d’Hospitalisation à Domicile
Gaël Durel pour MCOOR : Association Nationale des Médecins Coordonnateurs en EHPAD et du Secteur médico-social
Claire Fourcade pour la SFAP : Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs
Luc Frimat pour la SFNDT : Société Francophone de Néphrologie Dialyse et Transplantation
Manuel Rodriguès pour la SFC : Société Française du Cancer
Sophie Moulias pour la SFGG : Société Française de Gériatrie et Gérontologie
Thierry Amouroux pour le SNPI : Syndicat National des Professionnels Infirmiers

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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