Comment se porte la population mondiale après trois années de Covid-19 ?

Le rapport annuel de l’Organisation mondiale de la santé, publié vendredi, souligne la stagnation des progrès en matière de santé à cause des trois années de pandémie de Covid-19. 

Par Delphine RoucautePublié le 19 mai 2023 à 10h00 https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/05/19/covid-19-maladies-non-transmissibles-pollution-l-oms-dresse-son-bilan-de-la-sante-mondiale_6173967_3244.html

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Rites funéraires devant la morgue publique de Victoria, à Hongkong, le 5 mars 2022, lors de la pandémie de Covid-19.
Rites funéraires devant la morgue publique de Victoria, à Hongkong, le 5 mars 2022, lors de la pandémie de Covid-19.  BEN MARANS/SOPA IMAGES/REUTERS

Comment se porte la population mondiale après trois années de Covid-19, alors que la maladie n’est plus considérée comme une urgence de portée internationale depuis le 5 mai ? L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a sorti son thermomètre annuel et publié, vendredi 19 mai, son rapport sur les statistiques internationales de santé. Le diagnostic est en demi-teinte. Si certaines avancées ont indéniablement été accomplies ces dernières années, notamment en matière de mortalité maternelle et infantile, les progrès stagnent globalement par rapport aux tendances observées au cours de la période 2000-2015. Un ralentissement accentué par le Covid-19 et la violente rupture dans l’accès aux soins qui en a résulté.

Officiellement, 759 millions de personnes ont été contaminées par le Covid-19 en trois ans, et 6,9 millions en sont mortes. Ce dernier chiffre est connu pour être très largement sous-estimé et la plupart des travaux de modélisation considèrent que le bilan est en réalité deux à quatre fois plus élevé. Si l’OMS n’avance étonnamment aucune estimation d’excès de mortalité au-delà du 31 décembre 2021 et se contente d’évaluer à 14,9 millions le nombre de morts en 2020 et 2021, d’autres modèles, comme celui basé sur l’intelligence artificielle développé par The Economist, situent le curseur à près de 22 millions de morts en mai 2023.

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« La pandémie de Covid-19 n’était pas seulement une urgence sanitaire, il s’agissait également d’une crise statistique, résume Stephen MacFeely, directeur des données et de l’analyse à l’OMS. Ce choc a interrompu les flux de données provenant de systèmes de données déjà faibles et fragiles. » Parmi les 19 indicateurs proposés par l’OMS pour la période 2018-2022, seuls 58 % ont été complétés grâce aux données fournies par les pays. Le reste est issu de modélisations de l’organisation. « Mais ces données synthétiques ne remplacent pas les données réelles déclarées », regrette M. MacFeely.

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Au total, en 2020-2021, l’OMS estime que 336,8 millions d’années de vie ont été perdues à cause du Covid-19, ce qui équivaut à plus de cinq années de vie perdues chaque seconde. C’est l’Asie du Sud-Est qui paye le plus lourd tribut, avec 41 % de la surmortalité mondiale. L’Europe et le continent américain représentent chacun 20 % des morts.

Par ailleurs, « les perturbations causées par la pandémie ont eu un impact considérable sur divers indicateurs et beaucoup sont encore à la traîne », insiste Haidong Wang, chef de l’unité prévisions et inégalités. Par exemple, la vaccination diphtérie, tétanos, poliomyélite et coqueluche (DTPC) a diminué de près de 6 %, ce qui signifie qu’environ 25 millions d’enfants n’ont pas reçu la moindre dose. Le nombre de personnes prenant des traitements pour soigner leur tuberculose a aussi baissé, passant de 69 % en 2019 à 61 % en 2021.

Le défi du climat

Mais le défi principal des prochaines années ne réside pas seulement dans les maladies infectieuses. L’OMS alerte sur le poids grandissant des maladies non transmissibles, essentiellement les maladies cardiovasculaires, le cancer, les maladies respiratoires chroniques et le diabète. Ces pathologies représentent aujourd’hui près des trois quarts de toutes les vies perdues chaque année. Si cette tendance se poursuit, elles devraient représenter environ 86 % des 90 millions de morts annuelles d’ici le milieu du XXIe siècle, selon les estimations de l’OMS.

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Au niveau mondial, une personne âgée de 30 ans en 2019 a 17,8 % de risques de mourir d’une de ces quatre maladies avant l’âge de 70 ans, surtout dans les pays de la péninsule Arabique, d’Asie centrale et d’Afrique. Les hommes sont plus touchés que les femmes, les principaux facteurs de risque étant la consommation d’alcool, de tabac, l’obésité et l’hypertension.

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Pour la première fois, l’OMS fait aussi figurer dans son rapport annuel l’impact du changement climatique, désigné comme « l’un des plus grands défis sanitaires du XXIe siècle ». Les auteurs rappellent que 3,6 milliards de personnes vivent dans des contextes très vulnérables aux effets du changement climatique, surtout dans les pays à faible revenu, alors que ce sont ceux qui ont le moins contribué aux émissions mondiales. Mais seule la moitié des pays interrogés par l’OMS ont déclaré avoir mis en place un plan stratégique pour faire face à cet enjeu.

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Par ailleurs, la quasi-totalité de la population mondiale (99 %) respire des niveaux malsains de particules fines. Malgré une amélioration depuis 2015, l’exposition moyenne en 2019 (33 μg/m3) était toujours beaucoup plus élevée que les recommandations de l’OMS (5 μg/m3). Il ne s’agit pas que d’un problème urbain. Dans 34 pays en 2019, les zones rurales présentent des niveaux de pollution de l’air plus élevés que les villes, en particulier dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, de la péninsule Arabique, d’Asie centrale et d’Asie du Sud-Est.

On estime que 6,7 millions de morts sont à attribuer en 2019 aux effets de la pollution de l’air intérieur et extérieur, qui provoquent des maladies non transmissibles comme des accidents vasculaires cérébraux, des bronchopneumopathies chroniques obstructives ou des cancers. « La pandémie de Covid-19 nous rappelle que les progrès ne sont ni linéaires ni garantis », prévient Samira Asma, directrice adjointe chargée des données, de l’analyse et de la mise en œuvre à l’OMS.

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Delphine Roucaute

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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