Transition écologique et villes petites et moyennes

TRIBUNE. « Il faut construire un autre destin pour les villes petites et moyennes »

Dans une tribune commune, Damien Deville, géographe et anthropologue de la nature, Karima Delli, eurodéputée, et Ingrid Levavasseur, aide-soignante et chroniqueuse, appellent à relancer une politique ambitieuse pour les villes petites et moyennes.

Damien Deville, Karima Delli et Ingrid Levavasseur

06/12/2021 à 13:00, Mis à jour le 27/01/2023 à 05:16 https://www.alvinet.com/source/le-jdd

Karima Delli, Ingrid Levavasseur et Damien Deville cosignent une tribune. © AFP/AFP/Capture d’écran YouTube

Karima Delli, Ingrid Levavasseur et Damien Deville cosignent une tribune. © AFP/AFP/Capture d’écran YouTube

Voici l’appel commun de Damien Deville, Karima Delli et Ingrid Levavasseur : « Les villes petites et moyennes constituent un puissant témoin de la diversité territoriale. Pourtant, le débat public a tendance à les sacrifier à travers l’injonction à rejoindre le développement métropolitain. C’est pourtant, nous avons la conviction, ailleurs que se situent les espoirs des villes petites et moyennes : en puisant dans leurs propres singularités, elles peuvent devenir des lieux d’héritage culturel, de créativité et de relations qui pourraient bien guider les territoires résilients de demain.

Combattre le manque de reconnaissance

Depuis que la France s’est orientée, à la sortie de la seconde guerre mondiale, vers une économie de service, certaines villes ont la vie dure. Exclues du récit du progrès, exclues des injonctions à l’émancipation, exclues d’un manque de reconnaissance et de dignité, les villes petites et moyennes sont souvent reléguées au second plan de la fabrique des imaginaires. Depuis combien de temps n’a-t-on pas vu un film tourné à Cherbourg, à Alès ou à Nevers? Bien plus qu’anodine, cette situation blesse la raison et le cœur : elle témoigne d’une république traversée par un immense déficit démocratique et culturel.

Les politiques gouvernementales demandent souvent aux territoires de copier, envers et contre tout

Pourtant ici et là, les villes petites et moyennes ont des couleurs qui méritent d’être cités, des formes qui méritent d’être valorisées. La ville de Loos-en-Gohelle n’est-elle pas devenue phare d’une transition énergétique et écologique souhaitable pour la France? Albi et Cahors ne sont-elles en train d’acquérir, par une réelle volonté citoyenne et politique, une certaine autonomie alimentaire ? Et partout, dans des territoires fameux ou méconnus, se dégagent des paysages sources d’équilibre écologique, un patrimoine aux éléments de l’histoire universelle, des associations et dynamiques citoyennes qui redessinent les conditions mêmes de la convivialité.

Des associations sportives continuent à tisser du lien. Le facteur de Saint-Omer, l’un des derniers marais, habité de France, livre toujours le courrier en barque. Il apporte dans chaque lettre toutes les couleurs du marais, il est le gardien du territoire. Nous avons besoin de ces récits, ordinaires ou extraordinaires, pour nous guider. C’est par eux que les villes petites et moyennes réussiront à surmonter leurs difficultés, c’est eux qu’elles forgeront des histoires qui leur sont propres.

La course impossible

Pourtant, au lieu de valoriser leurs propres singularités, les politiques publiques gouvernementales tombent souvent dans un piège éculé : demander aux territoires de copier, envers et contre tout, les schémas de développement des grandes métropoles à travers des centres universitaires, hub du numérique, politiques d’attractivité, restructuration de toutes les filières du territoire à partir d’un seul et même centre urbain.

Promouvoir une production décentralisée du savoir en délogeant le concept de modernité des métropoles

Mais cette course à l’investissement coûte cher pour des villes où les moyens sont carences, et surtout elle a tendance à faire de grands oubliés. La chasse à l’investisseur coûtent chère et concerne majoritairement les « gens qui vont bien », laissant pour compte les anciennes populations ouvrières qui vivent d’ores et déjà sur le territoire et qui auraient tellement à apporter à la commune si seulement nous savions les regarder autrement. A Alès, des jardiniers en situation de précarité réinventent les espaces et se réapproprient la ville. Ils écrivent un nouveau futur, fait de poésie et végétal.

A Roubaix, des entrepreneurs de talents font danser les quartiers populaires, réinventent la cuisine à partir du talent des « mamas », ces cheffes hors pairs. Comme des histoires de chevet, ces actions témoignent de l’envergure des possibles et peuvent nous inviter à une nouvelle mise en mouvement.

Une nouvelle manière de construire l’histoire

Telle ambition demande des choix politiques et citoyens forts. Au premier chef, cela implique de promouvoir une production décentralisée du savoir en délogeant le concept de modernité des métropoles. Il est indispensable de se démarquer de cette tendance qui consiste à faire croire que seules les grandes villes occidentales sont capables de définir les logiques des territoires. Toutes les villes, tous les villages, tous les quartiers ont un rôle à jouer et une page de l’histoire à écrire.

Puissent les villes petites et moyennes brandir les drapeaux de leurs propres diversités

Les élus et les cadres territoriaux seraient inspirer à donner à tous leurs citoyens, forts de capitaux sociaux ou non, les clés de leurs propres émancipations. C’est en redonnant du pouvoir aux habitants que s’inventent des opportunités créatives qui seront nécessairement adaptées au besoin de chaque lieu et à la singularité d’un paysage. A deux pas de la commune d’Alès, les Cévennes offrent un territoire paysager unique où l’éco-tourisme et la revalorisation agricole pourrait prendre une place de choix. A Douarnenez, le nouveau lien à la mer et la créativité citoyenne qui s’exprime partout dans la ville pourraient donner aux anciennes conserveries désaffectées un autre horizon : tiers lieux, espaces culturels, lieux de rencontres, coopératives d’entreprises sont du nombre.

Enfin, trait suffisamment important et salutaire pour être souligné, les anciens bastions industriels tout comme certains bourgs ruraux sont des espaces cosmopolites. Territoires à la fois divers et singuliers, enracinés et connectés à l’ailleurs, tout en restant à taille humaine, elles peuvent être l’exact modèle dont nous avons besoin pour faire face aux métamorphoses du 21e siècle. Elles sont un tout monde comme dirait le poète Edouard Glissant, qui permettent de mieux s’ouvrir à l’autre tout en faisant résonner le local. Puissent les villes petites et moyennes brandir les drapeaux de leurs propres diversités. Les graines qui feront leur renouveau sont déjà-là, elles ne demandent qu’à être arrosées. »

« Le meilleur assemblier pour la transition écologique, c’est le maire »

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"Le meilleur assemblier pour la transition écologique, c’est le maire"« Le meilleur assemblier pour la transition écologique, c’est le maire »

Société,  Politique,  Aveyron

Publié le 02/06/2023 à 05:15

https://www.ladepeche.fr/2023/06/02/le-meilleur-assemblier-pour-la-transition-ecologique-cest-le-maire-11236042.php

ph.r.

Par quel bout les collectivités peuvent-elles prendre cette question de la transition énergétique qui est si vaste ?

Il faut une planification nationale. Sinon, je prends le risque de mal faire ou de faire de la mal adaptation. Et si je ne pars pas de la réalité du terrain, j’ai le risque de faire une usine à gaz. La démarche de planification sera présentée à la fin du mois de juin. Après les faits sont là : on a 408 millions de tonnes d’émission, il faut être à 270 en 2030. Où sont les 138 à faire disparaître en trois ans ? Et le travail très fin qui est en train d’avoir lieu est d’aller documenter chacun de ces millions de tonnes de CO2. La transition doit, dans le même temps, servir l’économique et le social. Elle doit être solidaire pour accompagner tout le monde.

Cela fait beaucoup de paramètres à prendre en compte…

Et le meilleur assemblier pour tout cela, c’est le maire. Avec le fonds vert, on change la logique de l’État, en disant on met 2 milliards et vous nous dites vos priorités. Dans les Hauts-de-France, ce qui marche le mieux, c’est la dépollution des friches. En Corse, c’est la biodiversité. Ici, il y a un gros soutien à la rénovation de l’éclairage public avec le soutien du Sieda. Ce qui m’importe, c’est que l’on en ait pour notre argent en termes climatique et de biodiversité. Cela peut donner, vu de loin, que cela part dans tous les sens, mais si tous les sens dans lesquels cela part, servent à la transition écologique, avec un impact sur la biodiversité, l’adaptation au changement climatique et l’atténuation des gaz à effet de serre, cela me va.

L’été dernier, incendies et sécheresse, en Aveyron comme dans d’autres départements, ont beaucoup inquiété les populations. Pour autant, pensez-vous que la prise de conscience est suffisante ?

Plein de choses ont été faites mais qui ne se voient pas. 500 travaux d’urgence ont été menés sur les réseaux d’eau dans les communes qui ont manqué d’eau potable, un travail confié au comité national de l’eau a abouti à un plan de 53 mesures qui n’a pas donné lieu à de vives critiques, un assouplissement du principe de précaution sur l’usage des eaux usées est en cours… Il y a également tout un volet de prévention des risques. Est-ce que l’on est au niveau ? Il faut être humble. On ne peut pas être donneur de leçons. Tous les pays d’Europe sont confrontés à ce problème. Il faut en tout cas être collectivement mobilisés. 

Le doublement de la RN88 entre Rodez et Sévérac-le-Château est un gros dossier pour le département, doit-il craindre d’être impacté par le débat autour de la transition écologique ? 

Le débat est légitime. Il ne faut pas être dans l’idéologie. Il y a des réalités très diverses selon les endroits. Sur des territoires qui ont besoin de désenclavement ou qui ont des niveaux d’accidents élevés, c’est justifié de faire des travaux. Je ne connais pas la RN88, mais certains endroits sur l’itinéraire ne pourront échapper à des études fines pour mesurer son impact… Après, le sens de l’histoire veut qu’il y ait des voitures décarbonées qui devront quand même rouler sur des infrastructures routières…

L’agriculture est aussi un sujet important dans le département. Les évolutions du moment posent beaucoup de questions. Un des sujets est le renouvellement des jeunes. Quels messages avez-vous à leur faire passer ?

Beaucoup de professions sont marquées par les incertitudes. Je reconnais que dans ceux qui dépendent du climat et du vivant, la somme d’incertitudes est plus importante. Or, les agriculteurs sont parfois présentés comme des éléments du problème mais ils sont des éléments de solutions aussi. Le souci, c’est que l’on est importateur avec des volumes qui sont souvent décorrélés de la réalité. Mais on aura toujours besoin d’agriculteurs. Chat GPT ne remplacera jamais un agriculteur sur l’Aubrac. Et nourrir les hommes, c’est extrêmement noble, cela participera à la solution globale. L’élevage a des solutions, mais avec un modèle à réinventer. Pour les jeunes, c’est passionnant. D’autant qu’ils sont bien conscients de la nécessité de cette transition. Je les appelle à s’engager et à nous aider à trouver les bonnes équations. Mais que l’on ne stigmatise pas une profession à laquelle on a demandé des changements comme jamais.

« Il faut redonner du pouvoir au maire » : à Millau, les petites villes se présentent en laboratoire de la transition climatique

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Christophe Béchu, le ministre de la Transiton écologique, est venu à la rencontre es maires.Christophe Béchu, le ministre de la Transiton écologique, est venu à la rencontre es maires. MIDI LIBRE – MICHAEL ESDOURRUBAILH

Publié le 01/06/2023 à 20:45 https://www.midilibre.fr/2023/06/01/il-faut-redonner-du-pouvoir-au-maire-a-millau-les-petites-villes-se-presentent-en-laboratoire-de-la-transition-climatique-11235007.php

LUDOVIC TRABUCHET

L’Association des petites villes de France (APVF) a ouvert ce jeudi son congrès annuel, à Millau. Ces communes, de 2 500 à 25 000 habitants, ont mis la question écologique au cœur de leur action.(Suite abonnés)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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