Des médecins réclament des sanctions contre l’essai »sauvage » du Pr Raoult
Par F. Na le 30-05-2023

Dans une tribune publiée dans Le Monde, 16 sociétés savantes dénoncent « le plus grand essai thérapeutique ‘sauvage’ connu à ce jour ». Ils mettent en cause l’étude de Didier Raoult sur l’hydroxychloroquine et déplorent l’absence de sanctions.
Les signataires de la tribune – parmi lesquels le Pr Alain Fischer, président de l’Académie des sciences, la Société française de cardiologie ou encore le Collège national des généralistes enseignants – soulignent que les « règles élémentaires » de la recherche scientifique ont été « largement enfreintes », « en particulier par certains biologiques et cliniciens de l’institut hospitalier universitaire Méditerranée Infection », sans jamais citer le nom de Didier Raoult.
Ils mettent en cause les prescriptions systématiques aux patients atteints de Covid 19 « sans bases pharmacologiques solides, et en l’absence de toute preuve d’efficacié ». « Ces prescriptions systématiques ont été poursuivies, ce qui est plus grave, pendant plus d’un an après la démonstration formelle de leur inefficacité »,ajoutent les auteurs. D’autre part, ces prescriptions ont été réalisées « en dehors de tout cadre éthique ou juridique », « sans justification médicale ».
« Ces pratiques ont mené à la mise à disposition récente en « preprint » des données issues de plus de 30 000 patients, constituant ainsi vraisemblablement le plus grand essai thérapeutique ‘sauvage’ connu à ce jour »,dénoncent les signataires.
Et de s’étonner « qu’aucun frein ni décision d’arrêt n’aient été formulés », et qu’« aucune mesure juridique et ordinale (…) n’ait été prise à l’encontre des auteurs des publications rapportant ces pratiques ».
Sur Twitter, le sénateur écologiste et médecin généraliste Bernard Jomier a indiqué avoir déposé une question écrite à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sur le sujet. Il assure aussi avoir saisi la procureure de la République de Marseille.
https://twitter.com/BernardJomier
« Il n’y a jamais eu d’essai thérapeutique », s’est défendu mardi le professeur Didier Raoult, interviewé sur BFMTV. « C’est juste une étude observationnelle », a-t-il précisé, ajoutant que cette étude, qui conclut à l’efficacité de l’hydroxychloroquine sur la mortalité des patients Covid, « peut servir et elle servira pour l’Histoire ».
En décembre 2021, le Conseil national de l’Ordre des médecins avait fait appel du blâme prononcé par la chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins de Nouvelle-Aquitaine.
Interrogé dimanche lors du Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro, François Braun a rappelé que son ministère et celui de l’Enseignement et de la Recherche avaient saisi le procureur sur le mode de fonctionnement de l’IHU de Marseille.
Depuis la convocation des établissements fondateurs de l’IHU par les ministres en octobre, assure le ministère, « les prescriptions inappropriées et dangereuses ont cessé ». « Au regard de la gravité de ces nouveaux éléments, les deux ministères seront donc amenés à réentendre les établissements fondateurs et la direction de l’IHU-MI rapidement », a indiqué le ministère.
Au sein de l’IHU, tous les essais cliniques impliquant la personne humaine ont été suspendus depuis l’arrivée du Pr Fournier à la tête de l’Institut.
[avec lemonde.fr et AFP]
Didier Raoult : révélations sur une déviance scientifique
Par Hervé Morin et Gilles Rof (Marseille, correspondant)Publié hier à 09h24, modifié à 10h27
Temps de Lecture 11 min. https://www.lemonde.fr/sciences/article/2023/05/28/didier-raoult-autopsie-d-une-production-scientifique-hors-norme_6175185_1650684.html
Enquête
Méthodologie, éthique, cadre juridique… Une nouvelle étude sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine, pilotée par l’ancien directeur de l’IHU Méditerranée Infection et portant sur 30 000 patients atteints de Covid-19, suscite des critiques de nombreux experts. Elle s’inscrit dans une lignée de travaux discutables.
Si Didier Raoult a dû passer la main, en septembre 2022, à la direction de l’institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, le médecin et microbiologiste n’en reste pas moins actif sur le front des publications scientifiques. En témoigne un manuscrit, non relu par les pairs – c’est-à-dire encore non validé pour publication dans une revue scientifique – mis en ligne le 4 avril. Portant sur 30 423 patients atteints de Covid-19 pris en charge dans son institut entre le 2 mars 2020 et le 31 décembre 2021, ce « preprint » décrit l’efficacité en termes de baisse de la mortalité du traitement combinant hydroxychloroquine (HCQ) et azithromycine (AZ), le fameux « protocole Raoult ».
Lire la tribune : Recherche clinique à l’IHU de Marseille : « En l’absence de réaction des institutions, les graves manquements constatés pourraient devenir la norme » *
Sans surprise, cette nouvelle étude suscite, de la part d’experts, des critiques méthodologiques. Elle fait aussi l’objet d’accusations plus graves, portées dans une tribune signée par de nombreuses sociétés savantes et des personnalités telles que le président de l’Académie des sciences, Alain Fischer. Publié dans Le Monde, ce texte s’attache à la nature même de l’étude, et à son statut réglementaire. Pour les signataires, ces travaux constituent « vraisemblablement le plus grand essai thérapeutique “sauvage” connu à ce jour », ces prescriptions ayant en outre été poursuivies « pendant plus d’un an après la démonstration formelle de leur inefficacité ».
En quoi a donc consisté cette étude ? Dans un tweet publié le 25 avril, Didier Raoult résumait ainsi les résultats : « Etude des 30 000 cas de Covid 2020-2021, efficacité de l’hydroxychloroquine et du vaccin pour éviter la mort ! ». Il évoque aussi ces observations dans son livre Autobiographie, publié début avril (Michel Lafon, 336 pages, 18,95 euros) : « La combinaison hydroxychloroquine/azithromycine est associée à une mortalité au moins cinq fois inférieure à celle des autres thérapeutiques. »
L’étude en question s’inscrit en fait dans une lignée de publications par l’IHU marseillais à la méthodologie discutable. Pour rappel, Didier Raoult a très tôt manifesté son enthousiasme pour la chloroquine puis l’hydroxychloroquine, des molécules utilisées contre le paludisme pour la première, et le lupus ou diverses indications rhumatologiques pour la seconde. Des « repositionnements » de la chloroquine avaient déjà été tentés, sans succès, contre les virus Ebola, de la dengue ou du chikungunya. Le 25 février 2020, dans une vidéo intitulée « Coronavirus : fin de partie ! », le microbiologiste estimait, à la lecture d’une étude chinoise très lacunaire, que, grâce à cette molécule, le Covid-19 était « probablement l’infection respiratoire la plus facile à traiter ».
Lire aussi : A l’IHU de Marseille, l’empoisonnant héritage de Didier Raoult
L’IHU était déjà lancé pour en apporter la preuve, grâce à une première étude qui a très vite concentré les critiques. Il ne s’agissait pas d’un essai clinique offrant le meilleur niveau de preuve de l’efficacité du traitement, qui impliquerait de disposer d’un groupe témoin, constitué de manière aléatoire mais aux caractéristiques comparables, à qui l’on administre un placebo. Dans son dernier livre (page 192), Didier Raoult écrit : « [Rapidement], nous avons pris la décision d’interrompre l’étude et de poursuivre dans le cadre de soins courants, car les éléments dont nous disposions mettaient en évidence un tel niveau d’efficacité qu’il aurait été de mon point de vue criminel de ne pas en tenir compte dans la prise en charge des patients. »
Ce sera ensuite la position constante des équipes de l’IHU pour défendre une méthodologie qui, par construction et faute de groupe témoin, ne permet pas de mesurer l’efficacité réelle du « protocole Raoult ». Ce traitement ayant séduit Donald Trump, alors président des Etats-Unis, et d’autres dirigeants internationaux, il sera un temps largement adopté à travers le monde, avant d’être délaissé. L’IHU et son patron ont continué à clamer urbi et orbi son efficacité, malgré l’accumulation d’études cliniques conduites en bonne et due forme par d’autres équipes montrant le contraire – même si des travaux douteux, que le clan Raoult pouvait à bon droit dénoncer, ont dû être rétractés par The Lancet en juin 2020.
« Toujours absurde »
Qu’importe, l’IHU accumule les études rétrospectives jusqu’à atteindre 30 423 patients dans son dernier preprint. Celui-ci corrige-t-il les défauts des précédents ? Pas vraiment, selon Anton Pottegard, professeur de pharmaco-épidémiologie (université du Danemark du Sud). « La nouvelle étude est clairement rédigée sur un ton très défensif, mais ne fournit même pas les informations les plus élémentaires sur la manière dont l’ensemble de données a été construit, estime-t-il. Le fait que les données soient disponibles n’est pas d’une grande aide. »
La faiblesse fondamentale de l’étude tient à nouveau au fait qu’elle compare les patients de l’IHU ayant reçu de l’hydroxychloroquine à ceux ayant eu d’autres combinaisons de médicaments. Or, si la prescription a été différente, c’est précisément en raison d’un profil différent des patients, ceux souffrant d’un risque cardiaque et présentant de ce fait une contre-indication majeure vis-à-vis de l’association HCQ et AZ en raison de possibles effets indésirables. Cette comorbidité constituait en elle-même un risque de Covid-19 plus sévère. « Le biais le plus flagrant, c’est ce biais de contre-indication, indique l’épidémiologiste Mahmoud Zureik (université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines). Aucune méthode statistique ne peut rendre ces groupes comparables, il n’y a rien à y faire… »
« Franchement, à quoi bon ! », répond pour sa part Dominique Costagliola (Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique, Sorbonne Université, Inserm) quand on lui demande si elle peut se pencher sur la nouvelle étude, avant d’ajouter : « Le peu que j’ai vu est toujours absurde. » L’épidémiologiste avait déjà qualifié de « nul de chez nul » un résultat de l’IHU sur 3 000 patients, en juin 2020.
Elle figure parmi les signataires de la tribune publiée par Le Monde, qui s’attache à une autre dimension problématique de l’étude des 30 423 cas : son statut réglementaire et éthique. A l’initiative de cette tribune, le pneumologue et pharmacologue Mathieu Molimard (CHU de Bordeaux) estime que les travaux de l’IHU marseillais « constituent une déviance scientifique doublée d’un scandale en raison de l’inaction des autorités ». Pour lui, en effet, si dans l’urgence de la première flambée épidémique, il était encore possible de tolérer ce type d’étude dite « observationnelle », d’autres essais bien conduits ont rapidement montré l’inutilité des traitements à base d’hydroxychloroquine.
Dès le 27 mai 2020, le Haut Conseil de la santé publique avait mis fin aux dérogations concernant les prescriptions d’hydroxychloroquine hors autorisation de mise sur le marché (AMM) – à l’exception des essais cliniques. L’IHU était conscient de la situation et avait officiellement demandé, le 3 août 2020, à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) la possibilité de le prescrire dans le cadre d’une recommandation temporaire d’utilisation. L’agence sanitaire avait officiellement répondu par la négative en octobre.
Lire notre article (octobre 2020) : Traitements du Covid-19 : résultats négatifs pour l’essai Solidarity, confirmant l’inefficacité du Remdesivir et de l’hydroxychloroquine **
Le 30 octobre 2020, le président de Sanofi France – producteur du Plaquénil, nom commercial de la HCQ – relevait ces éléments dans un courrier inquiet adressé au ministre de la santé, Olivier Véran, indiquant que son produit était prescrit « de façon importante par les médecins de l’IHU ». Olivier Bogillot y notait que « même si l’IHU et le professeur Raoult mettent en avant la liberté de prescription (…), celle-ci n’est pas absolue ». Et soulignait qu’aucun protocole de recherche impliquant la personne humaine (RIPH) n’avait, à sa connaissance, été déposé auprès de l’ANSM ou d’un comité de protection des personnes (CPP). Il s’engageait à ne pas donner suite aux commandes de l’AP-HM dans des quantités « toujours importantes », et ce « afin de préserver l’intérêt et la sécurité des patients et de protéger [son]laboratoire ».
Ce qui débouche sur une question épineuse : comment et pourquoi les pharmaciens de l’AP-HM ont-ils pu continuer à assurer les prescriptions, souvent préremplies et en si grand nombre, des médecins de l’IHU, jusqu’à fin 2021 ?
Troubles cardiaques parfois graves
Ces différents éléments fondent l’alerte portée par les signataires de la tribune : selon eux, l’ampleur des prescriptions effectuées à l’IHU, la conduite d’examens cliniques sur une partie des patients, l’utilisation hors AMM du médicament sont autant d’éléments qui conduisent à qualifier l’étude d’essai clinique, et non de simple étude observationnelle – ce qui devrait impliquer un tout autre encadrement.
« Une recherche comportant l’administration d’un médicament n’ayant pas d’AMM est nécessairement, en France, une recherche impliquant la personne humaine encadrée par la loi de 2012, dite “loi Jardé”, analyse François Lemaire, professeur émérite de réanimation et qui a largement contribué à l’élaboration de ce texte législatif – mais n’est pas signataire de la tribune. C’est une recherche dite “interventionnelle”, puisqu’elle comporte l’administration d’un médicament dit “expérimental” et correspond à la catégorie 1° de l’article L. 1121-1 du code de santé publique, puisqu’on ne peut affirmer qu’elle ne comporte que des risques minimes. » En témoignaient des remontées des centres de pharmacovigilance sur des troubles cardiaques parfois graves, qui ont d’ailleurs conduit l’IHU à tenter de prévenir ce risque par une batterie de tests sur les patients.
Rejoint dans son analyse par le chirurgien et ancien député de la Somme (Nouveau Centre) Olivier Jardé, qui avait porté ce texte à l’Assemblée nationale, François Lemaire estime qu’« il était donc indispensable, avant de démarrer l’essai, d’en soumettre le protocole à un comité de protection des personnes et à l’ANSM, et ensuite d’obtenir le consentement éclairé et écrit des participants ». Cela a-t-il été fait par l’IHU ? Didier Raoult n’a pas souhaité nous répondre sur ces points.
Sans doute échaudé par l’avis défavorable émis par un CPP le 1er avril 2020 – et révélé par Libération le 26 mai 2020 – sur un protocole qu’il lui avait soumis, l’IHU insiste en effet, depuis lors, sur le fait qu’il s’agit de simples études observationnelles. Mais, dans ce cas, il faut préalablement saisir le Comité éthique et scientifique pour les recherches, les études et les évaluations dans le domaine de la santé, lié à la CNIL – ce dont le preprint ne fait pas état. Là encore, Didier Raoult n’a pas répondu à nos questions.
Lire aussi : A l’IHU de Marseille, l’empoisonnant héritage de Didier Raoult
Mathieu Molimard estime que l’IHU est en contravention avec la loi Jardé. « Nous demandons des actions, au niveau pénal, ordinal, du côté de la Haute Autorité de santé, du Comité national d’éthique. Sinon, on ouvre la voie à un retour à la médecine du XIXe siècle, où un médecin pouvait administrer, selon son intuition, n’importe quel médicament à ses patients », s’insurge-t-il. Son collègue cardiologue et pharmacologue clinicien Milou-Daniel Drici (centre régional de pharmacovigilance, CHU de Nice), qui n’est pas dupe de la nouvelle étude, pense que l’IHU trouvera « une échappatoire » dans le flou existant dans l’encadrement des RIPH, entre une étude menée prospectivement « et l’apparente analyse rétrospective d’une cohorte telle qu’elle apparaît dans l’article ».
L’ANSM, qui indique au Monde avoir pris connaissance de l’étude des 30 423 patients atteints de Covid-19, semble considérer qu’il pourrait y avoir matière à agir : « Il semble apparaître, des premières analyses de l’ANSM, que cette étude pourrait être qualifiée de RIPH de catégorie 1. C’est-à-dire qu’elle aurait dû bénéficier d’un avis favorable d’un comité de protection des personnes (CPP) et d’une autorisation de l’ANSM pour être mise en œuvre, nous a-t-elle fait savoir. L’ANSM poursuit ses analyses et saisira, le cas échéant, de nouveau la justice si ces dernières mettent en évidence des manquements à la réglementation des essais cliniques. »
Enquête aux conclusions sévères
« Pour moi, cette étude n’est en aucun cas un essai clinique », assure pour sa part Pierre-Edouard Fournier, qui a succédé à Didier Raoult la tête de l’IHU. Il ne se prononce pas sur ses conclusions, notant qu’elle a déjà été refusée par un journal scientifique. Le professeur Fournier souligne, par ailleurs, que l’hydroxychloroquine n’est plus prescrite dans son institut – Didier Raoult a affirmé dans un tweet récent qu’elle n’était pas efficace contre le variant Omicron de 2022, mais ne nous a pas indiqué la source de cette affirmation. « La décision de réaliser cette étude a été prise bien longtemps après que les patients ont été traités, indique Pierre-Edouard Fournier. Donc il n’était pas nécessaire de porter tout cela devant un comité de protection des personnes ou devant l’ANSM. D’ailleurs, l’ANSM, dont c’est le rôle, n’a pas relevé d’anomalies lors de sa dernière inspection. »
L’IHU a cependant été enjoint par l’agence de former ses personnels aux obligations liées aux RIPH. En outre, à la demande de l’université d’Aix-Marseille, des experts internationaux ont analysé huit publications de l’IHU, rédigées entre 2014 et 2020. Dans un e-mail adressé à tous les administrateurs, la nouvelle présidente du conseil d’administration de l’IHU, Emmanuelle Prada-Bordenave – ancienne directrice de l’Agence de la biomédecine –, explique que la conclusion de leur rapport, rendu le 27 janvier 2023, est « sévère et reprend les critiques déjà formulées par les inspections, notamment de l’ANSM, au regard de la méconnaissance des règles du droit français et des principes internationaux qui encadrent les recherches impliquant la personne humaine ».
Surtout, l’IHU fait l’objet, à la suite d’une enquête aux conclusions sévères de l’Inspection générale des affaires sociales et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche, de deux instructions pénales pour des études – hors Covid-19 – ayant impliqué des prélèvements vaginaux et l’administration de médicaments contre la tuberculose hors AMM. Des enquêtes qui avancent lentement. « A l’IHU, il n’y a pas plus d’essai clinique sauvage que de beurre en branche », clame à ce propos Didier Raoult dans son livre.
Lire aussi : Pourquoi une information judiciaire a été ouverte sur l’IHU de Marseille de Didier Raoult
Sur le fond, certains s’interrogent sur l’impact de son protocole en termes de surmortalité. Une étude publiée dans Nature Communications, le 15 avril 2021, cosignée notamment par des statisticiens de Sanofi, constatait une surmortalité de 11 % chez les patients hospitalisés pour Covid-19 et traités à l’hydroxychloroquine. Mais Mahmoud Zureik invite à la prudence quant aux extrapolations sur des populations entières. « Le risque majeur lié à la publicité faite à l’hydroxychloroquine, c’est plutôt que les gens se soient détournés de solutions qui ont fait leurs preuves, comme la vaccination », note-t-il. On pense aux frères Grichka et Igor Bogdanov, morts du Covid-19 en décembre 2021 et janvier 2022, qui avaient refusé l’injection en se référant à Didier Raoult.
Celui-ci n’a pas souhaité nous répondre. « Je connais déjà vos conclusions et je ne crois pas que j’ai un intérêt à y participer, nous a-t-il écrit par e-mail. Le vrai problème est que nous avons, sans tricherie possible, le taux de mortalité de patients hospitalisés et oxygénodépendants le plus bas du monde. Les interprétations fallacieuses de la réglementation ne sont là que pour cacher ce résultat. »
« Censure de nos articles a posteriori »
Au-delà du Covid-19, un petit groupe de médecins, chercheurs et volontaires a, de son côté, épluché la vaste littérature scientifique émanant de l’IHU marseillais. L’informaticien Fabrice Frank a ainsi signalé à l’ANSM plusieurs études dont il questionnait la conformité avec les règles sur les RIPH, recevant en réponse des documents parfois caviardés.« Je ne veux pas être à la fois enquêteur, procureur et juge, et arriver à des conclusions erronées. Mais il y a une certaine mauvaise volonté à communiquer sur les possibles mauvaises pratiques de l’IHU », estime-t-il.
Il a contribué à un manuscrit constatant que 248 études y avaient été conduites sous une même référence d’un comité d’éthique, pour des sujets (adultes, enfants, malades ou non…), des types d’échantillons (fèces, vaginaux, sang, lait maternel…) et pays différents. « Chaque étude doit avoir son propre numéro, même s’il peut se trouver qu’on réalise des études secondaires à partir de la principale, commente l’épidémiologiste Mahmoud Zureik. Mais 250 études ? Impossible, ça prête à rire, c’est indéfendable ! »
« Nous avons contacté l’éditeur scientifique PLOS à ce sujet, qui a émis une mise en garde [« expression of concern »]sur certaines des études en cause », indique Lonni Besançon (université Linköping, Norrköping, Suède), dernier signataire de ce manuscrit qui vient d’être accepté dans la revue Research Integrity and Peer Review. Dans Autobiographie, Didier Raoult y voit « une censure [des] articles [de l’IHU] a posteriori ». Il dénonce, dans le même chapitre, la décision de l’American Society for Microbiology de lui interdire de publier dans ses journaux, à la suite de signalements sur la production de l’IHU par la spécialiste néerlandaise en intégrité scientifique Elisabeth Bik. Cruelle réédition d’une mise au ban, révélée en 2012 par la revue Science, prononcée en 2006 par cette même société savante en raison d’interrogations sur des travaux de son équipe, à une époque où le microbiologiste était encore inconnu du grand public.
Lire aussi : Nouvel épisode au procès pour diffamation d’Eric Chabrière, ex-collaborateur de Didier Raoult
Tentant de s’extraire de ces mises en cause multiples, dans l’ultime page d’une autobiographie où il détaille comment il a réalisé « le potentiel hors du commun qui était le [s]ien », Didier Raoult invoque la postérité de ses découvertes, tandis que « tous ceux qui [l]’ennuient actuellement auront disparu dans les poubelles de l’histoire ». La réplique la plus cinglante lui est adressée par sa première fille, Magali Carcopino-Tusoli, médecin vasculaire à l’AP-HM, qui, dans l’hebdomadaire L’Express du 21 mai, assassine l’héritage de l’IHU : « Je suis affligée par ce qui s’est passé là-bas. Arriver à faire à ce point n’importe quoi relève, effectivement, du génie », dit-elle.Hervé MorinGilles Rof Marseille, correspondant
« Covid-19 : « Il n’y a jamais eu d’essai thérapeutique », se défend Didier Raoult »
Revue de presse Mediscoop du 31-05-2023
Le Parisien – Date de publication : 31 mai 2023
Le Parisien note en effet : « «Il n’y a jamais eu d’essai thérapeutique». Le controversé Pr Didier Raoult s’est défendu ce mardi, après la mise en garde de plusieurs sociétés savantes de médecine fustigeant l’étude de l’ancien patron de l’IHU de Marseille portant sur l’hydroxychloroquine ».
Il a déclaré que « tout ça n’est qu’une étude observationnelle », « comme d’autres structures médicales ont pu en mener lors de la pandémie de Covid-19 », ajoute le quotidien.
Le Pr Raoult a indiqué que « les données sont disponibles et exhaustives. Il y a tout dedans : tous les patients qui ont été traités à l’IHU pendant 2 ans, tous leurs traitements. (…) Les données sont certifiées et elles serviront pour l’Histoire ».
Le Parisien remarque que « des ordonnances systématiques d’hydroxychloroquine ont bien été prescrites en nombre, a-t-il reconnu. Mais ces ordonnances préremplies répondaient à un impératif d’organisation, s’est-il encore défendu ».
Didier Raoult d’ajouter : « Vous n’avez pas la moindre idée de ce que c’est, de recevoir 200.000 personnes pour les tester et d’en traiter 34.000. (…) La plupart des choses étaient prépréparées de manière à ce que l’on puisse gérer 100 personnes en l’hôpital de jour par jour. Ça a été un défi absolument considérable ».
Covid-19 : « Il n’y a jamais eu d’essai thérapeutique », se défend Didier Raoult
Seize sociétés savantes de médecine avaient interpellé dimanche les autorités sur une absence de sanctions visant Didier Raoult, ancien patron de l’IHU de Marseille, sur l’hydroxychloroquine.

Par Le Parisien
Le 30 mai 2023 à 11h15
« Il n’y a jamais eu d’essai thérapeutique ». Le controversé professeur Didier Raoult s’est défendu ce mardi, après la mise en garde de plusieurs sociétés savantes de médecine fustigeant l’étude de l’ancien patron de l’IHU de Marseille portant sur l’hydroxychloroquine. « Tout ça n’est qu’une étude observationnelle », comme d’autres structures médicales ont pu en mener lors de la pandémie de Covid-19, a-t-il assuré au micro de BFMTV.
« Les données sont disponibles et exhaustives. Il y a tout dedans : tous les patients qui ont été traités à l’IHU pendant deux ans, tous leurs traitements. (…) Les données sont certifiées et elles serviront pour l’Histoire », a-t-il poursuivi. Des ordonnances systématiques d’hydroxychloroquine ont bien été prescrites en nombre, a-t-il reconnu. Mais ces ordonnances préremplies répondaient à un impératif d’organisation, s’est-il encore défendu.
« Ça a été un défi absolument considérable »
« Vous n’avez pas la moindre idée de ce que c’est, de recevoir 200 000 personnes pour les tester et d’en traiter 34 000. (…) La plupart des choses étaient prépréparées de manière à ce que l’on puisse gérer 100 personnes en l’hôpital de jour par jour. Ça a été un défi absolument considérable ».
Essais cliniques controversés contre la tuberculose: Didier Raoult dit avoir « saisi la justice »
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Dimanche, seize sociétés savantes de médecine ont interpellé les autorités dans une tribune publiée dans le Monde sur une absence de sanctions face au « plus grand essai thérapeutique sauvageconnu », dénonçant l’étude de Didier Raoult, ancien patron de l’IHU de Marseille, sur l’hydroxychloroquine.

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Ces sociétés reprochent à des équipes de l’Institut hospitalier universitaire (IHU) Méditerranée Infection « la prescription systématique, aux patients atteints de Covid-19 (…) de médicaments aussi variés que l’hydroxychloroquine, le zinc, l’ivermectine ou l’azithromycine (…) sans bases pharmacologiques solides, et en l’absence de toute preuve d’efficacité ». Cet essai aurait eu lieu entre 2020 et 2021.
Des effets indésirables potentiellement « graves »
Plus grave, selon elles, ces prescriptions ont été poursuivies « pendant plus d’un an après la démonstration formelle de leur inefficacité ». Les autorités doivent prendre « les mesures adaptées aux fautes commises », au nom de la « sécurité des patients » et de la « crédibilité de la recherche médicale française », concluent-elles. Le Pr Didier Raoult, qui avait acquis une célébrité médiatique en tenant des positions, aujourd’hui discréditées, sur le Covid-19, a publié en mars un « pre-print », c’est-à-dire une version non relue par des pairs, de son étude sur plus de 30 000 patients Covid.
À lire aussibQue risque Didier Raoult, épinglé par des médecins pour un essai thérapeutique « sauvage » ?
En avril, l’Agence du médicament (ANSM) avait estimé que l’utilisation de ce médicament « expose les patients à de potentiels effets indésirables qui peuvent être graves ». Le parquet de Marseille avait ouvert en juillet 2022 une information judiciaire, après un rapport cinglant de l’ANSM, pour « faux en écriture », « usage de faux en écriture » et « recherche interventionnelle impliquant une personne humaine non justifiée par sa prise en charge habituelle ».
Dans la rubrique
*Recherche clinique à l’IHU de Marseille : « En l’absence de réaction des institutions, les graves manquements constatés pourraient devenir la norme »
Tribune
Certains essais cliniques menés pendant la pandémie de Covid-19 par l’IHU Méditerranée Infection n’ont pas respecté le cadre juridique, estiment plusieurs organisations médicales, dans une tribune au « Monde ». Elles appellent les pouvoirs publics à réagir.
Publié hier à 09h24, modifié à 07h44 Temps de Lecture 3 min. https://www.lemonde.fr/sciences/article/2023/05/28/recherche-clinique-a-l-ihu-de-marseille-en-l-absence-de-reaction-des-institutions-les-graves-manquements-constates-pourraient-devenir-la-norme_6175184_1650684.html
La démonstration des effets thérapeutiques des médicaments chez l’homme répond à des normes éthiques et scientifiques construites depuis des décennies, pour garantir la pertinence, la qualité, la fiabilité des études cliniques, tout en respectant les droits et la sécurité des personnes participant à la recherche.
Cela implique notamment le consentement éclairé des participants, l’obtention préalable des autorisations par les comités de protection des personnes et l’Agence nationale de sécurité du médicament, la transparence des méthodes et du recueil des données, la validation des résultats de manière indépendante et la prise en compte de la balance bénéfices-risques des traitements avant de valider leur indication.
Lire aussi : Didier Raoult : révélations sur une déviance scientifique
Nous, signataires de cette tribune, considérons que ces règles élémentaires ont été largement enfreintes, en particulier par certains biologistes et cliniciens de l’institut hospitalier universitaire (IHU) Méditerranée Infection, notamment à l’occasion de la crise sanitaire. La prescription systématique aux patients atteints du Covid-19, quels que soient leur âge et leurs symptômes, de médicaments aussi variés que l’hydroxychloroquine, le zinc, l’ivermectine ou l’azithromycine, sur des ordonnances préimprimées, s’est d’abord effectuée sans bases pharmacologiques solides, et en l’absence de toute preuve d’efficacité.
Ces prescriptions systématiques ont été poursuivies, ce qui est plus grave, pendant plus d’un an après la démonstration formelle de leur inefficacité. Nous estimons que ces prescriptions
systématiques ont en outre été réalisées en dehors de toute autorisation de mise sur le marché, mais aussi en dehors de tout cadre éthique ou juridique, en s’appuyant largement sur des méthodes de surveillance et d’évaluation des patients par PCR répétées, sans justification médicale. Ces pratiques ont mené à la mise à disposition récente en « preprint » des données issues de plus de 30 000 patients, constituant ainsi vraisemblablement le plus grand essai thérapeutique « sauvage » connu à ce jour.
Défiance alimentée
La médiatisation sans recul critique, sous un jour favorable, de ces mauvaises pratiques a largement contribué à alimenter la défiance de certains de nos concitoyens envers la science, la recherche clinique, les autorités sanitaires et les experts en général. Dans le contexte particulièrement anxiogène de cette crise sanitaire, les propos péremptoires proclamant l’efficacité de ces traitements ont, malheureusement, rencontré un large succès dans le public.
On ne peut que s’étonner que l’exposition de patients à un traitement incontestablement montré comme inefficace, voire à risque, hors de tout cadre éthique ou toute recommandation de bonne pratique professionnelle, au mépris des données scientifiques internationales, ait perduré aussi longtemps sans qu’aucun frein ni décision d’arrêt n’aient été formulés. On ne peut que s’étonner qu’aucune mesure juridique et ordinale, indispensable au respect de la loi sur la protection des personnes et à la crédibilité de la recherche, n’ait été prise à l’encontre des auteurs des publications rapportant ces pratiques.
Lire aussi : A l’IHU de Marseille, l’empoisonnant héritage de Didier Raoult
On ne peut que s’étonner que la loi Jardé de 2012, encadrant les recherches scientifiques sur la personne, ait été aussi largement et systématiquement bafouée, sans réaction des autorités administratives, ordinales ou judiciaires à la hauteur de la gravité de ces anomalies. Nous demandons que l’ensemble des institutions compétentes (établissements de tutelle, autorités administratives et judiciaires, Haute Autorité de santé, Comité consultatif national d’éthique, Conseil national de l’ordre des médecins…) prennent conscience des enjeux et assument leurs responsabilités, compte tenu de la gravité de la situation, en adoptant les positions et les mesures adaptées aux fautes commises par ceux qui se sont ainsi placés hors du champ des engagements déontologiques, de l’éthique médicale et de l’honnêteté scientifique. Il y va de la sécurité des patients et de leur confiance dans la recherche médicale. Il y va aussi de la crédibilité de la recherche médicale française sur le plan national et international.
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En l’absence de mesures appropriées, ce qui s’est pratiqué restera ainsi perçu par un grand nombre de nos concitoyens comme un comportement finalement acceptable, voire souhaitable, et sèmera un doute qui ne pourra avoir qu’un effet dramatique sur la participation des patients à la recherche. Les graves manquements constatés pourraient alors devenir progressivement la norme, avec de lourdes conséquences sanitaires. L’inaction n’est plus une option !
Signataires au nom d’organisations impliquées dans la recherche médicale :
professeur Mathieu Molimard, Société française de pharmacologie et de thérapeutique ; docteure Virginie Rage,Conférence nationale des comités de protection des personnes ; professeur Olivier Saint-Lary, Collège national des généralistes enseignants ; docteur Bernard Castan, Société de pathologie infectieuse de langue française ; professeur Christophe Leclercq, Société française de cardiologie ; professeur Jésus Gonzalez, Société de pneumologie de langue française ; professeur Pierre Albaladejo, Société française d’anesthésie et de réanimation ; professeur Laurent Papazian, Société de réanimation de langue française ; professeure Nathalie Salles, Société française de gériatrie et gérontologie ; professeur Luc Mouthon, Société nationale française de médecine interne ; professeur Luc
Frimat, Société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation ; professeur David
Laharie, Société nationale française de gastro-entérologie ; professeure Isabelle Bonan, Société de médecine physique et réadaptation ; professeur Manuel Rodrigues, Société française du cancer ; professeur Dominique Deplanque, Réseau français des centres d’investigation clinique ; professeur Olivier Rascol, Plate-forme française de réseaux de recherche clinique (F-CRIN).
Signataires en leur nom propre :
professeur Alain Fischer, président de l’Académie des sciences ; Dominique Costagliola, membre de l’Académie des sciences.
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**Traitements du Covid-19 : résultats négatifs pour l’essai Solidarity, confirmant l’inefficacité du Remdesivir et de l’hydroxychloroquine
Quatre traitements évalués sous l’égide de l’OMS n’ont montré aucun effet bénéfique chez des patients. D’autres pistes vont être explorées.
Par Hervé MorinPublié le 16 octobre 2020 à 18h40, modifié le 20 octobre 2020 à 10h05
Temps de Lecture 2 min.

Des résultats intermédiaires de Solidarity, vaste essai clinique international coordonné par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), confirment l’inefficacité chez les patients hospitalisés pour Covid-19 de quatre molécules « repositionnées » : le Remdesivir, l’hydroxychloroquine, le lopinavir et l’interféron-β1a.
Ces conclusions ne sont pas une surprise. L’OMS avait déjà annoncé en juillet l’arrêt du recrutement de patients traités par hydroxychloroquine et lopinavir dans Solidarity, faute d’effet significatif. D’autres essais cliniques avaient aussi suggéré que le Remdesivir
– qui a fait partie des molécules administrées à Donald Trump lorsqu’il a contracté le SARS-CoV-2 – n’avait pas d’effet sur la mortalité.
Les nouvelles données ont été diffusées le 15 octobre dans un article mis en ligne sur medRxiv, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas encore fait l’objet d’un examen par les pairs avant publication dans une revue scientifique. Elles portent sur 11 266 patients hospitalisés dans 405 hôpitaux de 30 pays, dont 2 750 ont reçu du Remdesivir, 954 de l’hydroxychloroquine, 1 411 du lopinavir, 651 de l’interféron et du lopinavir, 1 412 de l’interféron seulement, et 4 088 un traitement standard. Parmi ces patients figurent notamment ceux enrôlés en France dans l’essai Recovery lancé en mars par l’Inserm. Conclusion ? Les traitements évalués « apparaissent avoir peu ou pas d’effet sur les patients hospitalisés, que ce soit en termes de mortalité, de mise sous respirateur ou de durée d’hospitalisation ».
« Preuves concluantes »
Gilead, la société américaine qui commercialise le Remdesivir, et avait justifié des tarifs élevés par la réduction de la durée d’hospitalisation – mais pas de la mortalité –, conteste ces résultats jugés « prématurés », rapporte l’agence Reuters. Fin juin, le PDG de Gilead, Daniel O’Day, avait annoncé un traitement de cinq jours au prix de 2 340 dollars(2 083 euros) dans les pays développés. Et quatre fois moins dans 127 pays pauvres ou émergents, sous forme de générique.
En France, l’industriel a retiré temporairement sa demande de remboursement de sa molécule. La Haute Autorité de santé avait estimé en juillet que le service médical rendu par cet antiviral expérimental était faible, une évaluation qui se trouve renforcée par Solidarity : contrairement à des études précédentes, aucun effet sur la réduction de l’hospitalisation n’a été observé.
Lire aussi Covid : Gilead retire sa demande de prise en charge du remdesivir en France
Concernant l’hydroxychloroquine, l’essai Solidarity est conforme à ce qu’avait déjà montré l’essai britannique Recovery
Concernant l’hydroxychloroquine, l’essai Solidarity est conforme à ce qu’avait déjà montré l’essai britannique Recovery, dont les résultats ont été publiés le 8 octobre dans le NEJM : pas d’effet bénéfique sur la mortalité à 28 jours. Dans les deux cas, le traitement n’a pas engendré d’effets secondaires cardiaques significativement plus fréquents que dans le groupe contrôle – un effet indésirable redouté notamment en cas d’administration conjointe d’azithromycine, selon le protocole défendu en France par Didier Raoult (IHU, Marseille).
L’OMS se félicite qu’en six mois, un essai clinique rigoureux ait permis « de produire des preuves concluantes sur l’efficacité de médicaments repositionnés » – en l’occurrence, d’absence d’efficacité. Les portes sont fermées sur ces pistes pour les patients hospitalisés. En juillet, l’OMS annonçait cependant que les investigations au sujet de l’hydroxychloroquine ou du lopinavir pouvaient être poursuivies chez les patients non hospitalisés, ou en prophylaxie – bien que, là encore, les résultats concernant l’hydroxychloroquine ne soient guère concluants.
Solidarity va lui se poursuivre. Soumya Swaminathan, la chef scientifique de l’OMS, a rapporté que l’essai, qui continue à enrôler 2 000 patients par mois, allait désormais évaluer l’efficacité d’autres traitements émergents, comme des anticorps monoclonaux, des immunomodulateurs et des nouveaux antiviraux.