Macron s’entête à baisser les impôts
Emmanuel Macron, qui s’est invité lundi soir sur TF1, compte (encore) baisser les impôts, cette fois-ci des classes moyennes. Mais sans rehausser ceux des plus riches. En contrepartie, pour équilibrer le budget, des coupes dans les services publics sont à prévoir.
15 mai 2023 à 21h07
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Après les riches, les classes moyennes. Alors qu’il reçoit cette semaine tous les plus grands patrons du capitalisme mondial, qu’il a arrosés de cadeaux fiscaux depuis 2017, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé dans une interview publiée ce lundi 15 mai au journal L’Opinionqu’il comptait poursuivre sa politique de baisses d’impôts. Mais cette fois-ci « des classes moyennes, pour les revenus entre 1 500 et 2 500 euros ».
« La fiscalisation des revenus des classes moyennes est trop importante et s’accélère trop vite. Elle écrase les gains de pouvoir d’achat entre 1 500 et 2 500 euros », a justifié le chef de l’État. Dès lors, « il faut qu’on travaille pour voir comment réduire ce qu’on appelle le coin fiscalo-social », a-t-il précisé, c’est-à-dire l’écart entre le salaire brut et le salaire net sur les fiches de paie des salarié·es, composé entre autres de cotisations sociales, familiales, et de l’impôt sur le revenu.
Au JT de TF1, lundi soir, il a précisé que ces baisses d’impôts seraient d’un coût de « 2 milliards d’euros » pour les finances publiques et qu’elles interviendraient en deuxième partie de mandat, « quand la trajectoire budgétaire le permettra ».

L’idée de réduire les impôts pesant sur les classes moyennes n’aurait, dans l’absolu, rien de choquant si cette politique ne s’inscrivait pas dans la continuité de six années de baisses de taxes en tout genre – dont une bonne partie l’ont été au bénéfice des plus riches – sur lesquelles le gouvernement ne compte absolument pas revenir.
Des baisses d’impôts à la pelle
En effet, après avoir déjà réduit durant son premier quinquennat les impôts de 50 milliards d’euros – la moitié de la baisse reposant sur les entreprises et l’autre moitié sur les ménages –, Emmanuel Macron a déjà engagé sur ce second quinquennat une quinzaine de milliards d’euros de baisses de taxes supplémentaires avec la suppression de la contribution à l’audiovisuel public, de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), et la fin de la suppression de la taxe d’habitation.
Cela fait beaucoup : les recettes fiscales de l’État fondent comme neige au soleil, ce qui obère d’autant sa capacité à financer la solidarité nationale. Au point que même le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau – pourtant loin d’être l’expert le plus à gauche de l’échiquier politique – a récemment appelé l’exécutif à plus de mesure dans sa politique fiscale :« Arrêtons la course à la baisse d’impôts dans ce pays, surtout avec les déficits que nous avons », a-t-il demandé, rappelant aussi que « l’impôt fait partie du financement des services publics et de la solidarité ». Mais à lire le chef de l’État dans L’Opinion, le message du gouverneur de la Banque de France n’a pas été entendu.
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C’est d’autant plus problématique que, comme nous l’expliquions dans cet article, la plupart des mesures prises depuis 2017 visant à baisser les impôts ont été évaluées par des comités d’évaluation indépendants, notamment l’institut France Stratégie. Comités qui se sont pour l’instant montrés incapables de prouver une quelconque efficacité des réformes, notamment pour celles concernant la baisse de la fiscalité du capital.
Autre problème, dans son « programme de stabilité » 2023-2027 envoyé récemment à Bruxelles, le gouvernement a inscrit des réductions significatives de la dette publique de 111,6 % du produit intérieur brut (PIB) fin 2022 à 108,3 % en 2027, ainsi que du déficit de 4,7 % du PIB en 2022 à 2,7 % en 2027.
Deux objectifs qui nécessiteront que Bercy serre la vis, vu l’incapacité de l’économie française à dégager des gains de productivité supplémentaires et donc un niveau de croissance significatif. Ce qui a fait dire au président du Haut Conseil des finances publiques, Pierre Moscovici, auditionné à l’Assemblée nationale le 9 mai, qu’il n’était plus possible pour l’exécutif d’« opérer des baisses de prélèvements obligatoires non compensées ».
Autrement dit, si le gouvernement veut atteindre les objectifs qu’il s’est fixés auprès de Bruxelles, il devra, à chaque annonce de nouvelle baisse d’impôts, rogner d’autant sur la dépense publique. On peut donc dire sans trop s’avancer que si les récentes annonces d’Emmanuel Macron bénéficieront effectivement au pouvoir d’achat des classes moyennes à court terme, ces dernières risqueront aussi de voir les services publics dont elles bénéficient se dégrader les années suivantes.
Les pistes de rigueur
De nouvelles coupes dans les dépenses seraient malvenues, car celles-ci sont légion ces derniers temps. Citons les coups de canif dans le modèle social avec, d’une part, deux réformes successives de l’assurance-chômage (2021 et 2023), qui permettront des économies budgétaires de 6,7 milliards d’euros, selon l’Unédic. Et, d’autre part, la réforme des retraites reportant l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, dont les économies nettes des mesures de compensation devraient – si l’on suit la logique du gouvernement – s’établir entre 6 et 7 milliards d’euros pour 2027.
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D’autres pans de l’action publique vont être mis à contribution. Si le gouvernement s’est engagé, via des lois de programmation pluriannuelle, à augmenter les budgets de la police, de l’armée, de la justice et de la recherche, pour le reste, en revanche, ce quinquennat risque d’être une période de vaches maigres.
Le Haut Conseil des finances publiques estimait dans un avis récent que « pour respecter l’objectif » de baisse du déficit qu’il s’est fixé pour 2027, le gouvernement devra réduire les dépenses, non prises en compte dans les lois de programmation, « de 1,4 % de moyenne en volume sur la période ». Un rythme de baisse quasiment cinq fois plus élevé que « l’évolution des dépenses non couvertes » par les lois de programmation « entre 2012 et 2019 ».
Matignon a d’ores et déjà demandé à chaque ministère de réfléchir rapidement à des pistes d’économies. Objectif : qu’ils proposent des solutions pour réduire de 5 % en moyenne leur train de vie. Selon la presse économique, plusieurs pistes de baisses de dépenses sont déjà dans le viseur de Bercy, comme le train de vie des collectivités locales et la politique du logement. Tel sera le prix à payer pour toutes les baisses d’impôts consenties.