L’intolérable pression de l’extrême droite sur la vie locale

SOAZIG QUÉMÉNER

RÉDACTRICE EN CHEF POLITIQUE de MARIANE

L’intolérable pression de l’extrême droite sur la vie locale

19 Mai 2023

https://mirror.ownpage.fr/clients/6fcbf17a98be422f/newsletters/155392/8aa4833201a408e8a5d776ac0b844bbc.html?xtor=EPR-35-%5BNL_politique%5D&_ope=eyJndWlkIjoiOGFhNDgzMzIwMWE0MDhlOGE1ZDc3NmFjMGI4NDRiYmMifQ%3D%3D

Quel paradoxe ! À l’abri de son groupe de députés dont elle a exigé la plus grande des discrétions, Marine Le Pen se normalise. À tel point que 57 % des Français jugent désormais qu’elle est « attachée aux valeurs démocratiques », selon un sondage Ifop pour Paris Match réalisé en avril dernier.  

Dans le même temps, l’extrême droite, dont elle tente de s’éloigner, bien aidée par la radicalité des troupes d’Eric Zemmour, met la vie démocratique locale sous tension et engrange de terribles victoires.

Il y a bien entendu la démission retentissante du maire de Saint-Brevin-Les-Pins, écœuré après l’incendie de son domicile et de ses voitures, survenu après des mois de pression pour qu’il renonce à un projet visant à déplacer un Centre pour demandeurs d’asile près d’une école élémentaire. Cela avait entraîné plusieurs manifestations, organisées notamment à l’appel de l’extrême droite, en particulier de la mouvance de Reconquête!, le parti d’Eric Zemmour. 

Pas de démission d’élu à Callac (Côtes d’Armor), mais des menaces comparables ont abouti à l’échec d’un projet de centre d’accueil pour réfugiés en situation régulière. La faiblesse du soutien apporté par l’Etat aux représentants de ces deux communes apparait aujourd’hui comme un terrible précédent.

Mais il faut aussi s’attarder sur ces manifestations cagoulées de l’ultradroite à Paris il y a dix jours, et à Annecy mardi soir. « Une quarantaine de personnes qui ont défilé une trentaine de minutes », a minimisé Marion Maréchal, vice-présidente de Reconquête, à propos du défilé haut-savoyard. Il ne s’agit pourtant pas de folklore. Combien de temps faudra-t-il pour donner raison à Jean-Luc Mélenchon qui affirme que, « de ville en ville », cette fièvre brune « se répand » ?

Retraites : l’Etat condamné par la justice administrative pour le fichage de manifestants gardés à vue

Le tribunal administratif de Lille a exigé vendredi que le ministère de la justice et le parquet de Lille effacent les données personnelles des manifestants rassemblées dans ce fichier. 

Le Monde avec AFPPublié hier à 15h46, modifié hier à 16h13 https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/05/19/retraites-l-etat-condamne-par-la-justice-administrative-pour-le-fichage-de-manifestants-gardes-a-vue_6174016_3224.html?xtor=EPR-32280629-%5Ba-la-une%5D-20230520-%5Bzone_edito_2_titre_1%5D&M_BT=53496897516380

Le ministère de la justice avait reconnu l’existence de ce fichier lundi en audience, le présentant comme un simple « outil de gestion », alors que plusieurs associations dénonçaient un « fichage politique ». Le tribunal administratif de Lille a tranché en faveur de ces dernières vendredi 19 mai, ordonnant au ministre de la justice et au parquet de Lille d’effacer les données personnelles des manifestants gardés à vue lors de la mobilisation contre la réforme des retraites, selon sa décision consultée par l’Agence France-Presse (AFP).

Le tribunal avait été saisi de deux requêtes en référé déposées par l’Association de défense des libertés constitutionnelles (Adelico) et le Syndicat des avocats de France (SAF) ainsi que par la Ligue des droits de l’homme (LDH), après la publication d’un article de Mediapart dénonçant un tel fichage. Il a également condamné l’Etat à verser une somme globale de 3 000 euros aux requérants.

Dans sa décision, le juge des référés « estime que la constitution par le parquet de Lille, en dehors de tout cadre réglementaire, d’un fichier recensant les nom, prénom et date de naissance de chaque manifestant placé en garde à vue à l’occasion des manifestations contre la réforme des retraites, ainsi que les suites pénales données, porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée des personnes concernées et ordonne l’effacement des données à caractère personnel qu’il contient », résume un communiqué diffusé par le tribunal.

Lire aussi :  Mobilisation contre la réforme des retraites : le ministère de la justice reconnaît l’existence d’un fichier nominatif de manifestants

L’avocat de l’Adelico et du SAF, Jean-Baptiste Soufron, a salué vendredi auprès de l’AFP une décision « extrêmement importante », se réjouissant que « le tribunal administratif ait pu jouer pleinement son rôle de contrôle des décisions du gouvernement ».

« Il s’agit d’un vrai rappel à l’ordre »

« Il est avéré qu’un fichier politique a été constitué par le parquet de Lille sur les instructions du ministère de la justice », a-t-il souligné, déplorant que « le gouvernement, depuis plusieurs mois, enchaîne les décisions illicites ». « Il s’agit clairement d’un vrai rappel à l’ordre », s’est, elle, félicitée l’avocate de la LDH, Marion Ogier.

Nommé « Suivi des procédures pénales − mouvement de la réforme des retraites », le fichier en question est un tableur Excel détaillant les nom, prénom, date de naissance des personnes placées en garde à vue lors des manifestations contre la réforme des retraites à Lille, et les suites pénales données à leur interpellation. Selon la LDH, il a été constitué depuis le 17 mars, à la suite du durcissement de la mobilisation après le recours au 49.3 par le gouvernement devant l’Assemblée nationale.

A l’audience lundi, un représentant du ministère de la justice avait assuré que ce fichier était autorisé par le décret encadrant la base Cassiopée, qui rassemble dans un logiciel sécurisé les données des prévenus, victimes ou témoins des procédures judiciaires des dix dernières années. Simple outil de gestion, il « permet le pilotage d’un évènement particulier » avec une forte « volumétrie des gardes à vue », avait ajouté une autre représentante, évoquant l’existence d’autres fichiers de ce type dans d’autres villes.

Sollicités par l’AFP, le parquet de Lille et le ministère de la justice n’avaient pas réagi dans l’immédiat.

Décryptage :  Manifestation interdite ou spontanée, « technique de la nasse », motifs d’interpellation… les réponses à vos questions sur les droits des manifestantsAjouter à vos sélections

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Le Monde avec AFP

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A Montpellier et Toulouse, le corps enseignant invité à recenser les élèves absents le jour de la fête de l’Aïd-el-Fitr

Dans l’Hérault, un haut fonctionnaire de l’éducation nationale a envoyé un courriel en ce sens aux chefs d’établissement. En Haute-Garonne, c’est la police qui s’est directement adressée aux établissements. Cette requête associant l’islam aux questions sécuritaires suscite un sentiment d’indignation. 

Par Antoine Albertini et Eléa Pommiers

Publié hier à 19h29, modifié à 04h46

Temps de Lecture 3 min. 

Devant une école de Toulouse, en juin 2020.
Devant une école de Toulouse, en juin 2020.  LIONEL BONAVENTURE/AFP

Le courriel, daté du 11 mai à 8 h 35, adressé aux chefs d’établissement des collèges et lycées de l’Hérault, est explicite : « Nous sommes interrogés sur l’absentéisme scolaire au cours de la période du ramadan (…) et particulièrement sur la journée du 21 avril, jour de l’Aïd [Aïd-el-Fitr, qui marque la fin du jeûne religieux] », peut-on notamment y lire.

Le signataire du courriel, un haut fonctionnaire du service départemental de l’éducation nationale, y enjoint aussi à ses correspondants de répondre, « avant le lundi 15 mai à 17 heures », à deux questions : « Le ramadan a-t-il eu un impact sur l’absentéisme ? », avec une demande d’estimation de son éventuel impact sur les résultats constatés d’ordinaire, et « quel a été le taux d’absentéisme de la journée du 21 avril (fête de l’Aïd) ? ».

Le lendemain, dans un nouveau courriel, Christophe Mauny, le directeur académique des services de l’éducation nationale (Dasen) du département, fait machine arrière : « Je vous prie de ne pas tenir compte du mail reçu le 11 mai à 8 h 35 », écrit-il, en présentant ses excuses aux destinataires du premier courrier électronique.

Mais, au sein du corps enseignant comme parmi les organisations syndicales, ce rétropédalage en règle n’a pas suffi à calmer un sentiment d’indignation. « Nous sommes scandalisés d’une telle demande », s’emporte Arnaud Roussel, du SNES de l’Hérault.

« Un précédent tout à fait inquiétant »

Selon La Dépêche du Midi, une requête identique a été adressée à des écoles, collèges et lycées de Toulouse et des environs, sans qu’elle soit cette fois passée par les services de l’éducation nationale. Le courriel, que Le Monde a pu consulter, émane des services de police et a été expédié depuis le commissariat de la division Rive gauche, siège de la direction départementale de la sécurité publique, le mercredi 26 avril à 15 h 57. Il est signé des deux « correspondants police-sécurité-école » de la direction départementale de la sécurité publique de Haute-Garonne, qui disent agir expressément « à la demande des services de renseignements (…) afin de connaître le pourcentage d’absentéisme le vendredi 21/04/2023, lors de la fête de l’Aïd ». Les fonctionnaires, interface entre l’éducation nationale et la police pour toutes les questions relatives à la sécurité au sein et aux abords des établissements scolaires, remercient par avance leurs cent cinquante correspondants d’un retour rapide « pour cette demande qui arrive pendant les vacances ».Cours en ligne, cours du soir, ateliers : développez vos compétencesDécouvrir

« Ça n’est jamais arrivé, ça n’est arrivé pour aucune autre minorité religieuse, et ça nous paraît un précédent tout à fait inquiétant, s’alarme Marie-Cécile Périllat, cosecrétaire générale de la FSU 31. Ce n’est pas un fichage, aucun nom n’a été demandé, mais il n’y a aucune justification à cette demande choquante en ce qu’elle associe la pratique religieuse musulmane à une question de sécurité. »

Yvon Manac’h, secrétaire académique du SNPDEN, premier syndicat des chefs d’établissement, en Haute-Garonne, déplore également une « atteinte au principe de laïcité, sans compter que la demande a été adressée directement aux directeurs d’école et chefs d’établissement, en court-circuitant le rectorat, qui a réagi dès qu’il a su »« En aucun cas nous ne menons d’enquête de la sorte, dit au Monde le recteur de l’académie de Toulouse, Mostafa Fourar. Si quelqu’un a pris cette initiative, l’éducation nationale n’y est absolument pas associée. Dès que les chefs d’établissement et directeurs d’école nous ont informés de cette requête, consigne a été évidemment donnée de ne pas y répondre. »

Rappel du droit en vigueur

De fait, sitôt connue la teneur de la demande des services de police, la cheffe de cabinet du Dasen de Haute-Garonne enjoint, dans un e-mail aux chefs d’établissements de « ne pas répondre à cette sollicitation [qui] n’a pas été évoquée avec le cabinet de Monsieur le Dasen »« Bien que nos relations de coopération avec les forces de l’ordre se veulent les plus étroites possibles, ajoute-t-elle dans ce message, nous vous confirmons qu’aucune sollicitation directe des forces de l’ordre (…) ne peut avoir pour objectif la transmission de telles données. »

Le 24 avril, réagissant sur Franceinfo à un article du Figaro publié le jour même, qui avançait un « bond » de l’absentéisme pendant l’Aïd-el-Fitr, le ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, avait assuré ne « pas avoir de chiffre » sur le sujet et rappelé le droit en vigueur en la matière. Une circulaire de 2004 prévoit ainsi que « des autorisations d’absence doivent pouvoir être accordées aux élèves pour les grandes fêtes religieuses qui ne coïncident pas avec un jour de congé », dont la liste est établie par l’éducation nationale.

L’Aïd-el-Fitr en fait partie, comme douze autres fêtes musulmanes, juives, bouddhistes ou arméniennes. « A partir du moment où cette liste est bien établie, il est normal que des enfants juifs, des enfants musulmans puissent participer à une grande fête religieuse, qui est aussi souvent l’occasion d’un rassemblement familial, à condition de prévenir en temps et en heure et en admettant que cela puisse souffrir d’exceptions », avait déclaré le ministre.

Contacté, le cabinet du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, n’a pas souhaité faire de commentaire.

Antoine Albertini et  Eléa Pommiers

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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