Le pélodyte ponctué, un petit crapaud vivant dans les prairies humides, peut disparaitre en cas d’absence de ponte une année ou plusieurs d’affilée entraînant une diminution de la population de la guifette noire en Vendée et Charente-Maritime

Sécheresse : avec zéro têtard et vingt fois moins d’oiseaux migrateurs, des réserves naturelles durement touchées

La Ligue pour la protection des oiseaux a recensé les conséquences sur la biodiversité du manque d’eau observé en 2022 dans dix espaces protégés qu’elle gère en Charente-Maritime et en Vendée. 

Par Perrine MouterdePublié le 24 avril 2023 à 19h05, modifié le 25 avril 2023 à 05h42

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Un chevalier gambette (Tringa totanus) dans le parc régional du Marais poitevin, en Charente-Maritime.
Un chevalier gambette (Tringa totanus) dans le parc régional du Marais poitevin, en Charente-Maritime. EMILE BARBELETTE / BIOSPHOTO

Pour pondre, le pélodyte ponctué, un petit crapaud vivant dans les prairies humides, ne demande qu’un creux de terrain rempli d’eau. Mais, très tôt en 2022, toutes les petites dépressions de la réserve naturelle nationale de Saint-Denis-du-Payré, en Vendée, se sont retrouvées à sec. « Depuis une dizaine d’années, il n’était jamais arrivé que cette espèce ne se reproduise pas, observe Pierre de Bouët du Portal, le conservateur de la réserve. C’est un gros souci, car ces animaux n’ont pas une longévité importante. S’ils ratent une année de ponte, voire deux ou trois si ces épisodes se répètent, les populations vont disparaître peu à peu. »

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Dans une note publiée lundi 24 avril, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a recensé les principaux effets de la sécheresse historique de 2022 dans les dix espaces protégés qu’elle gère en Charente-Maritime et en Vendée. Baisse ou absence de reproduction, mortalité, chute de la fréquentation d’oiseaux migrateurs, difficultés de développement de la végétation… Si tous les sites n’ont pas été affectés dans les mêmes proportions, les conséquences sont en grande partie sans précédent.

Dans la réserve du marais de la Vacherie par exemple, également située en Vendée, aucun couple de guifettes noires ne s’est reproduit, contre vingt à quarante en temps normal. Une première depuis le début du suivi de cette espèce, dont on compte moins de cent couples en France. « Les animaux sont capables d’encaisser des crises, mais cela fait déjà pas mal d’années que la population de la guifette noire régresse, rappelle Victor Turpaud-Fizzala, le conservateur. Ces oiseaux ont de plus en plus de mal à trouver de la végétation aquatique où poser leur nid. »

Reproduction perturbée

Outre les amphibiens ou les oiseaux, d’autres espèces ont vu leur reproduction très fortement perturbée, telles les libellules, les demoiselles ou les araignées, à la base de la chaîne alimentaire. Des mortalités importantes ont également été constatées. « Les niveaux d’eau étaient tellement bas que des milliers et des milliers de poissons sont morts, c’était assez épouvantable à vivre », raconte Victor Turpaud-Fizzala.

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Autre conséquence, les effectifs des oiseaux d’eau migrateurs dans les réserves de Saint-Denis-du-Payré et de la Vacherie ont fondu : ils ont été dix-neuf fois moins importants en août 2022 que lors des cinq années précédentes à la même période, passant d’environ 1 200 oiseaux par jour en moyenne à soixante-quatre. A Saint-Denis-du-Payré, seuls treize couples de vanneaux huppés ont été observés, contre trente-cinq à quarante en temps normal. « Ces oiseaux ont pu tenter d’aller nicher ailleurs, mais la sécheresse était encore plus intense à l’extérieur de la réserve, explique Pierre de Bouët du Portal. Nous étions l’endroit le plus mouillé du coin car nous avons un protocole de gestion de l’eau particulier. »

Cette baisse phénoménale de la fréquentation de l’avifaune s’est aussi observée en hiver, dans les mêmes proportions.« La réserve n’a pas pu accueillir de façon convenable les oiseaux venant du nord et de l’est de l’Europe, détaille Victor Turpaud-Fizzala. Ils ont dû gaspiller beaucoup d’énergie à la recherche de ressources, ce qui va nuire à leur reproduction. La sécheresse a donc un impact bien au-delà du Marais poitevin. »

Aider animaux et végétaux à s’adapter

Pour Allain Bougrain-Dubourg, le président de la LPO, ces constats rappellent à quel point le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité sont deux crises intimement liées, qui doivent être traitées conjointement. « Cette étude inédite montre que les évènements météorologiques anormaux n’épargnent pas les espaces protégés, pourtant plus résilients, et menacent ainsi la nature en son cœur », souligne-t-il. Selon les spécialistes mondiaux de la biodiversité et du climat, le dérèglement climatique devrait devenir, au cours des prochaines décennies, la première cause de disparition d’espèces et d’écosystèmes.

Que faire face à ce phénomène ? Pour la LPO, l’une des priorités doit être de créer de nouvelles réserves et d’étendre celles qui existent déjà. Car si ces espaces ne sont pas épargnés, ils peuvent s’avérer plus résilients. « Quand un milieu se porte bien, ce type de crise est déjà très difficile pour les espèces et les habitats. Mais quand le milieu se porte mal, c’est encore pire », assure le conservateur de la Vacherie. La France, dont la nouvelle stratégie nationale pour la biodiversité est attendue d’ici à l’été, s’est engagée à placer 10 % du territoire sous protection forte.

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Surtout, renforcer le réseau d’aires protégées doit permettre d’aider animaux et végétaux à s’adapter. A l’échelle mondiale, la moitié des espèces ont déjà migré vers les pôles ou à des altitudes plus élevées afin de retrouver leurs conditions de vie habituelles. Dans l’ouest de la France, des espèces méditerranéennes ont fait leur apparition. Mais toutes n’ont pas les mêmes capacités de déplacement. Le pélodyte ponctué meurt si son corps n’est pas humide en permanence. Dans une prairie isolée, séparée d’une autre zone humide par une route ou une zone commerciale, ce crapaud n’ira pas bien loin.

Perrine Mouterde

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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