Le fantasme débile du soignant vacciné contre le Covid inféodé à Big Pharma »
Date de publication : 17 mai 2023

Dans sa chronique pour Libération, Christian Lehmann, médecin et écrivain, observe que « la réintégration des personnels soignants non-vaccinés lundi 15 mai sera saluée par celles et ceux qui en ont fait le combat d’une vie. (…) Elle a un goût de revanche, parfois bien amer, pour les principaux intéressés, dont un nombre non négligeable se sont éloignés du soin ».
« Elle inquiète et consterne de nombreux soignants vaccinés, des patients aussi. Mais avant tout, elle consacre l’échec de Santé publique en France et la catastrophe qu’a entraîné la politisation à outrance de la pandémie », écrit-il.
Christian Lehmann continue : « Combien de gens ont, dès le départ, fait le lien entre les restrictions sanitaires et les tendances liberticides du gouvernement (…) ? Les hésitations initiales, compréhensibles et inévitables, sur le mode de transmission de SARS-CoV-2, sur la durée d’incubation du virus, la période de contamination, amenèrent dans l’urgence et la panique à confiner les populations, à isoler les pensionnaires des Ehpad, à dénuer certaines fins de vie de toute humanité ».
« Les mensonges réitérés et jamais admis du gouvernement sur la pénurie d’équipements de protection des soignants, le refus de prendre en compte la transmission par aérosol, le jeu dangereux de nombreux politiques avec un gourou marseillais grisé par le pouvoir qu’il exerçait sur une population terrorisée à qui il offrait, du haut de sa munificence, une solution simple, évidente et fausse, tout ceci a fait le terreau de la défiance », observe le médecin.
Il ajoute que « la défiance préexistante envers Emmanuel Macron de nombreux intellectuels de gauche a fait le terreau d’une défiance envers la médecine, et particulièrement envers le vaccin, parce que son déploiement nécessitait une mise en œuvre à l’échelon national, et fut accompagnée de mesures cherchant à obtenir une traçabilité exacte de l’état vaccinal des populations ».
Christian Lehmann remarque que « s’agissant de personnels soignants au contact quotidien de malades et de patients en état de vulnérabilité, la nécessité morale, éthique, professionnelle, de tout mettre en œuvre pour limiter le risque de contaminer ces patients, est systématiquement passée sous silence au prétexte que l’Etat lui-même, au pire de la pandémie, s’en était exonéré en poussant des soignants infectés à venir travailler quand même, ou n’avait pas suspendu les soignants non vaccinés aux Antilles, du fait de leur grand nombre ».
Le médecin ajoute que le « fantasme débile du soignant vacciné donc forcément inféodé à Big Pharma et au pouvoir politique est une ignominie, quand dans un pays comme le Brésil, des soignants fervents de santé communautaire et des militants réellement de gauche ont affronté au péril de leur vie un pouvoir authentiquement fascisant, pour avoir accès au vaccin ».
Journal d’épidémie
Le fantasme débile du soignant vacciné contre le Covid inféodé à Big Pharma
Journal d’épidémie, par Christian Lehmann
Christian Lehmann est médecin et écrivain. Pour «Libération», il tient la chronique régulière d’une société longtemps traversée par le coronavirus. La réintégration lundi des soignants non-vaccinés consacre l’échec de Santé publique en France et la catastrophe qu’a entraîné la politisation à outrance de la pandémie.
:quality(70):focal(3186x2079:3196x2089)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/CMW2H2REJFAWZO2QF5RQS6AMHQ.jpg)
par Christian Lehmann, médecin et écrivain
publié le 16 mai 2023 à 15h43
La réintégration des personnels soignants non-vaccinés lundi 15 mai sera saluée par celles et ceux qui en ont fait le combat d’une vie, de Caroline Fiat à Florian Philippot. Elle a un goût de revanche, parfois bien amer, pour les principaux intéressés, dont un nombre non négligeable se sont éloignés du soin. Elle inquiète et consterne de nombreux soignants vaccinés, des patients aussi. Mais avant tout, elle consacre l’échec de Santé publique en France et la catastrophe qu’a entraîné la politisation à outrance de la pandémie.
Il faut écouter les suspendus, ne serait-ce que pour tenter de saisir les étapes qui les ont attirés au fond du labyrinthe du lapin blanc. Ainsi, dans Libération lundi, David, ambulancier du Samu, qui déclare : «Ces personnes croient en la médecine, mais elles ne croient pas dans les politiques.» La phrase est factuellement fausse, mais elle interpelle, dans la mesure où c’est la défiance envers les politiques qui semble amener à douter, par exemple, du vaccin ou des mesures-barrière voire, pour certains parmi les plus atteints, de l’existence du virus. Mais restons sur cette affirmation :«Elles ne croient pas dans les politiques.»Bien que vaccinés, on a envie de leur dire : «Mais nous non plus, on ne croit pas dans les politiques… seulement cela n’a rien à voir…»
Rodomontades ridicules
Combien de gens ont, dès le départ, fait le lien entre les restrictions sanitaires et les tendances liberticides du gouvernement, entre le Covid et Emmanuel Macron (suite abonnés …)
Droit de réponse de Frédéric Pierru
« Cher Christian,
J’espère que tu vas bien.
J’ai vu que tu m’avais refait le portrait dans Libé.
C’est étrange ce tropisme des médecins à attaquer les personnes. Jamais je n’aurais répondu sur ce ton : par exemple rappeler que tu es pour augmenter les médecins de 100 000 euros par an dans une France qui s’appauvrit (bonjour l’égalité d’accès aux soins pour tous !). Tu es d’une intransigeance sans faille pour des soignantes dans la merde, mais le corporatisme, voire une forme de poujadisme, te sont beaucoup plus supportables.
Je crains hélas que tu ne sois passé à côté des résultats de l’enquête et du contexte. 1 / Je ne suis plus proche de LFI et depuis longtemps. J’en suis parti en 2018. LFI a été créée en… 2017.
2 / Je suis vacciné trois doses. J’ai même écrit un article en Une du Diplo appelant à lever les brevets sur les vaccins anti-covid-19 (cf. PJ). Difficile d’être plus à côté de la plaque ! L’honnêteté intellectuelle minimale eût été de le signaler.
3 / J’ose te renvoyer à l’avis motivé de la HAS levant l’obligation vaccinale : ce sont ceux qui refusent la réintégration qui sont des anti-science.
4 / Ces soignantes sont soignantes et donc vaccinées… Certainement plus que la moyenne de la population. Beaucoup ont elle-même vacciné.
5 / La suspension sans traitement, sans droit à la retraite, sans le droit à exercer une autre activité pro est pour moi inconstitutionnelle.
6 / UN exemple ne fait pas une démonstration : par contre près de 500 témoignages, si.
7 / Figure-toi que lorque j’ai commencé cette enquête, j’étais persuadé de rencontrer des antivax rabiques : c’est l’enquête qui m’a imposé ces résultats.
8 / Ces soignantes auraient pu souvent tricher, comme nombre de leurs collègues que tu encensent : elles ne l’ont pas fait.
9 / Tu te focalises sur le papier dans Marianne, car une enquête sociologique qui m’a demandé des mois est plus difficilement attaquable. Je n’ai pas « inventé » ce que j’ai écrit mais restitué des résultats. C’est juste mon boulot (je ne suis pas là pour donner mon opinion).
10 / 86% des soignants ne sont plus immunisés, faute de 4ème dose. Tu es donc pour les virer ?
Pour faire court, je trouve la position des opposants à la réintégration d’une faiblesse insigne. Scientifiquement et humainement, voire juridiquement (je rappelle que le « droit au travail » est inscrit dans le préambule de la Constitution*), c’est indéfendable.
Comme dit Emmanuel Todd, et la réforme des retraites l’a encore montré, le bloc bourgeois est désormais dans la « pédagogie de la soumission ».
Ces soignantes ont refusé de s’agenouiller devant le pouvoir médical et on leur fait payer. Cher. Très cher.
Je te conseille cette lecture ; ça n’a pas pris une ride. Fusillés pour l’exemple !
F