Publié le 16/05/2023
Les négociations patinent entre le gouvernement et les PH

Paris, le mardi 16 mai 2023
– Le report sine die par la DGOS de deux réunions prévues avec les syndicats de PH a ravivé les tensions entre l’exécutif et les médecins hospitaliers.
Les relations entre le gouvernement et les syndicats de praticiens hospitaliers (PH) sont depuis plusieurs mois très mauvaises, pour ne pas dire exécrables. Alors que l’hôpital public s’enfonce dans la crise et que les effectifs manquent, les PH ont la désagréable impression, tout comme les médecins libéraux, qu’on leur demande de faire toujours plus avec toujours moins de moyens. La réforme des retraites, durant laquelle la pénibilité du métier de PH n’a pas été abordée et la mise en place de l’encadrement des rémunérations de l’intérim, qui a plongé nombre d’hôpitaux dans le marasme, n’ont fait qu’empirer les choses.
Une porte de sortie de crise semblait cependant se dessiner avec le lancement fin avril d’une « grande concertation » entre le ministère de la Santé et les syndicats de PH. Tous les sujets seraient abordés avait promis le ministre François Braun, de l’évolution des carrières à la permanence des soins, en passant par le calcul des retraites. Deux réunions étaient notamment prévues entre la direction générale de l’offre de soins (DGOS) et les syndicats cette semaine : une première ce lundi consacrée à la revalorisation des carrières des PH, une seconde ce mardi.
« Une déclaration de guerre » s’indignent les syndicats
Quel n’a donc pas été l’étonnement des syndicats lorsque la DGOS leur a annoncé ce vendredi que ces deux réunions étaient reportées sine die. Sans autre forme d’explication, ce département du ministère de la Santé s’est contenté d’indiquer aux syndicats que ces réunions seront « reprogrammées dès que possible » et se « tiendront bien, dans un calendrier légèrement différé d’ici à fin mai ».
Dans un contexte déjà très tendu, il n’en fallait pas plus pour attiser la colère des syndicats de PH. Presque toutes les organisations syndicales se sont fendues d’un communiqué pour dénoncer le comportement cavalier de la DGOS. L’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH) parle d’une « déclaration de guerre » et menace d’une « mobilisation d’une grande ampleur » si les négociations ne reprennent pas rapidement. « Force est de constater que rien ne change dans la manière dont l’exécutif exerce le pouvoir dans notre pays (…) les praticiens hospitaliers ne peuvent plus attendre » s’indigne Action praticiens hôpital (APH) qui demande l’intervention urgente de la Première Ministre. C’est une « nouvelle pierre dans le jardin du manque d’attractivité de l’hôpital public pour les praticiens hospitaliers » commente pour sa part Alliance hôpital, qui regroupe le SNAM-HP (Syndicat national des médecins des hôpitaux public) et le CMH (Coordination médicale hospitalière).
Les syndicats espèrent une reprise rapide des négociations
Face aux manques d’explications de la DGOS, les syndicats en sont réduits à des conjectures pour expliquer ce report des négociations par le gouvernement. Comme l’explique le Pr Sadek Beloucif, président du SNAM-HP, les négociations étaient déjà allées « assez loin dans les différents scénarios pour revaloriser tous les PH, le ministère avait même proposé un chiffrage financier ». C’est justement ce chiffrage, peut-être trop ambitieux, qui serait la source du report des négociations par le ministère. « La question est éminemment politique » explique le Dr Rachel Bocher, présidente de l’INPH, qui évoque un « arbitrage à Matignon ou à l’Elysée sur le montant de l’enveloppe » qui sera allouée aux PH.
Les syndicats espèrent en tout cas unanimement que les négociations pourront reprendre le plus rapidement possible. « Cela ne peut pas attendre l’été qui est une période difficile en termes de garde pour les PH » commente le Pr Beloucif. D’autant plus que les syndicats de PH ne veulent pas simplement parler de revalorisation (même si c’est sans doute le sujet le plus important), mais également évoquer les retraites, la permanence des soins ou l’épineuse question des quatre ans d’ancienneté perdus pour les PH nommés avant 2020.
Malgré ce dernier report soudain des négociations, les syndicats se veulent optimistes sur leur capacité à convaincre l’exécutif de faire les investissements nécessaires pour relancer l’hôpital public. « Je n’imagine pas le gouvernement nous balader durant des mois sur des possibilités de revalorisation des carrières, des retraites et de la permanence des soins, pour finalement dire : « il n’y aura pas d’enveloppe » » commente le Dr Bocher.
Nicolas Barbet