Jérôme Fourquet : « La menace sanitaire, ajoutée au dérèglement climatique, à l’insécurité et au terrorisme, a entraîné le repli vers la sphère privée »
L’analyste de l’IFOP dresse, dans un entretien au « Monde », un portrait contrasté de l’état du pays après les élections de 2022 et la crise engendrée par le Covid-19. Selon lui, la France ne va pas si mal, même si les Français se plaisent à dire le contraire.
Propos recueillis par Michel Lefebvre et Delphine PapinPublié le 13 mai 2023 à 09h00
Temps de Lecture 11 min.

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ntre les deux tours de l’élection présidentielle, en avril 2022, à Eguisheim (Haut-Rhin). SEBASTIEN BOZON / AFP
Jérôme Fourquet dirige le département Opinion et stratégies d’entreprise de l’institut de sondage IFOP depuis 2011. Ce politologue a publié plusieurs ouvrages dont « L’Archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée » (Seuil, 2019) et « En immersion. Enquête sur une société confinée », avec Marie Gariazzo (Seuil, 2020). Co-auteur avec Jean-Laurent Cassely en 2021 de « La France sous nos yeux. Economie, paysages, nouveaux modes de vie », (Seuil), il constate que les inégalités sociales, l’insécurité et l’immigration restent, chez les Français, des préoccupations qui sont au cœur de la crise de la représentation.
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Vous avez énoncé le concept d’« archipellisation » de la France en 2019. Selon vous, comment évolue cette idée après la crise du Covid et les élections de 2022 ?
Il y a bien évidemment des choses qui ont évolué. Le Covid est passé par là. Par ailleurs, la séquence électorale a acté la poursuite du phénomène de décomposition-recomposition de la vie politique. Le paysage électoral n’est pas complètement stabilisé, avec trois blocs : le bloc central macroniste, un bloc de gauche sous domination mélenchoniste et un bloc de droite extrême à forte dominante lepéniste. A cela s’ajoutent Les Républicains et quelques autres forces, mais pour moi cette décomposition-recomposition n’est pas terminée, et elle va renforcer le caractère dysfonctionnel du paysage électoral. On le voit à l’Assemblée nationale, dont la composition constitue une conséquence et une illustration de l’archipellisation de la société française. Les grands groupes sociaux s’étant délités et recomposés, le paysage électoral prend alors des formes inédites.
En utilisant la métaphore de l’archipel, on faisait référence à la définition géographique de ce terme, à savoir qu’il existe un socle géologique commun et des interconnexions fortes entre les îles de l’archipel, qui peuvent avoir des intérêts, des valeurs ou des fonctionnements communs. Parmi ces éléments, on pense évidemment à la puissance publique, très forte en France, avec cinq millions de fonctionnaires, 57 % de la richesse nationale qui part dans la dépense publique et un modèle de redistribution sociale quasiment sans égal.
Notons au passage que nous avons essuyé, comme les autres pays, la crise du Covid-19 et qu’on a constaté, si on se fonde sur l’indice de Gini, que c’est en France que le creusement des inégalités a été le plus faible. Et si on reste sur le modèle social, un sujet fédère encore un bon nombre des îles de l’archipel : c’est notre système de retraite, avec le rejet massif de la réforme du gouvernement, qui rassemble au minimum les deux tiers des Français. Le pays est donc fragmenté, mais certains thèmes rassemblent encore une large majorité.
Les Français, et cela surprend souvent les observateurs étrangers, se complaisent dans le pessimisme, alors que la situation du pays n’est globalement pas trop mauvaise. Pourquoi, à votre avis ?
Si on demande aux Français leur avis, ils disent que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, alors que, on l’a vu, les inégalités sont moins grandes qu’ailleurs. Si on regarde d’un peu plus près, quelles sont les tendances ? La première est une tendance au repli individuel, qui était déjà présente avant le Covid. La menace sanitaire, ajoutée au dérèglement climatique, à l’insécurité et au terrorisme, a entraîné le repli vers la sphère privée, familiale, amicale, avec comme havre de paix le logement et toute une économie du bien-être autour. Ce n’est pas pour rien que Leroy-Merlin est une des entreprises préférées des Français ! L’individualisme provoque aussi un désengagement vis-à-vis de la chose publique avec le sentiment que l’environnement, dans tous les sens du terme, est de moins en moins maîtrisé.
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Si l’on parle de cartes et de géographie, l’autre tendance, déjà à l’œuvre, mais amplifiée par le Covid, c’est le départ d’une partie de la population du cœur des métropoles vers leurs périphéries et le littoral atlantique. Cela s’explique notamment par le développement du télétravail, une pratique jusque-là peu répandue. D’après les chiffres de l’IFOP, près de 25 % des salariés télétravaillent au minimum deux jours par semaine. Cela modifie les circulations et les choix résidentiels et renforce les territoires, qui accueillent de nouveaux habitants – ce que Laurent Davezies appelle « l’économie résidentielle » : le simple fait qu’il y ait des gens solvables dans un endroit, même s’il n’y a pas d’usine ou de grande entreprise, fait tourner la machine économique.
Existe-t-il des données qui pourraient nous dire que ce mouvement a permis de revitaliser des zones du territoire ?
Un vieil adage paysan dit : « Il pleut toujours où c’est mouillé » ! En fait, ce sont plutôt les territoires qui étaient déjà les plus désirables qui ont enregistré un afflux de population. On a pu lire, pendant le premier confinement, que ça allait être la revanche des campagnes. Les espaces ruraux n’en ont pas énormément bénéficié, sauf exception, le Perche par exemple, qui était déjà devenu une zone de villégiature pour Franciliens depuis une quinzaine d’années.
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Au-delà du simple télétravail, n’est-ce pas aussi le rapport au travail et aux loisirs qui évolue ?
Effectivement, la crise du Covid a accéléré la perte de la centralité du travail dans la vie des gens. En 1990, 60 % des Français indiquaient que le travail était très important dans leur vie. Ils ne sont plus que 21 % aujourd’hui. Parallèlement, la réponse « très important » est passée de 25 % à 41 % pour les loisirs. Je dis souvent, en forme de boutade, aux chefs d’entreprise que je rencontre: « Pour vos employés, la semaine, c’est ce qu’il y a entre les week-ends et les RTT. » C’est la formule du sociologue Jean Viard : « Le hors-travail structure le travail. » Le Covid a accéléré ces tendances, avec le renforcement de l’économie du loisir et du tourisme. Les parcs d’attractions sont un bon exemple : le zoo de Beauval ou Disney, devenu le premier employeur monosite de France.

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Alors que la géographie de l’industrie avait été déterminée par la présence des matières premières, des cours d’eau et du chemin de fer, les principaux sites d’Amazon sont tous à proximité d’une autoroute. L’entreprise ayant l’ambition de servir ses clients à J + 1, l’accès à un réseau routier rapide est décisif. L’implantation d’Amazon a également été pensée à l’échelle transnationale. Les sites de Montélimar, de Sevrey, de Boves (proche d’Amiens) ou de Lauwin-Planque (près de Douai) se situent ainsi sur le principal axe de circulation transeuropéen allant de Londres à Milan. A partir de cette colonne vertébrale, une extension du maillage sur la façade ouest du pays est en cours de déploiement. Les autres grands acteurs de l’e-commerce ont opté pour les mêmes territoires, car leur logique de développement répond aux mêmes impératifs.
Avec ces changements du rapport au travail, on observe des zones qui vont très bien et d’autres qui s’enfoncent dans la pauvreté. L’accroissement des inégalités est-il une réalité ?
Dans cet archipel, il reste la puissance publique, même si ont été fermés des maternités, des gares, des bureaux de poste… Dans les zones défavorisées, on a continué à injecter de l’argent (par les transferts sociaux, les retraites et les traitements des fonctionnaires). Cela n’empêche pas les différences importantes entre territoires, mais je n’ai pas le sentiment que cela se soit encore accru, hormis dans les zones les plus touristiques. Ajoutons que le Covid a été caractérisé par le « quoi qu’il en coûte », et qu’il a fini par faire sauter complètement les repères macroéconomiques.
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Lors de la crise de 2010, le classement de la France en triple A était un totem qu’il fallait absolument conserver. Or, la France a perdu cette note. On a alors érigé une nouvelle ligne Maginot : le « jamais plus de 100 % de dette sur PIB ». A l’issue du Covid, nous sommes désormais à 112 %… et le sol ne s’est pas ouvert pour autant. Beaucoup de Français en tirent la conclusion suivante : il y a une énorme cagnotte dans laquelle le gouvernement peut piocher pour aider les classes populaires et moyennes. Si l’argent public n’est pas suffisant, certains considèrent qu’« il faut prendre l’argent où il est et taxer les profits du CAC 40 ». Tout discours sur un retour à un certain équilibre budgétaire ou à un déficit pas trop excessif est aujourd’hui complètement inaudible. Quand le gouvernement justifie sa réforme des retraites parce qu’il va manquer 12 milliards à 15 milliards d’euros par an, alors qu’on en a brûlé 300 pendant le Covid, beaucoup se disent qu’il suffit d’ajouter cela sur la note.
Dans les sondages que vous réalisez auprès des Français, l’immigration est-elle considérée
comme un problème grave, moyennement grave ou pas trop grave ?
C’est un sujet majeur dans la société française. Je prends souvent l’image des rochers qui, à marée haute, affleurent seulement, mais qu’on voit très clairement à marée basse. Certes, le grand sujet du moment, c’est le modèle social, les inégalités. Néanmoins, il y a en permanence un bruit de fond sur la question de l’immigration, de l’identité, de l’islam. Bien évidemment, quand on interroge les Français sur les priorités, actuellement c’est d’abord le pouvoir d’achat.
Le changement climatique est aussi assez haut, mais là où les chiffres n’ont pas bougé depuis quinze ou vingt ans, c’est sur l’immigration. Environ 60 % des sondés disent qu’il y a trop d’immigrés et d’étrangers en France. Alors, s’ils n’en font pas leur priorité numéro un, c’est quand même en toile de fond…
Il y a d’autres indices, comme la campagne d’Eric Zemmour lors de la présidentielle. Certes, il a fini à 7 %, mais il partait de rien. Tout seul, il fait plus qu’Anne Hidalgo et Valérie Pécresse cumulées… Et il est monté jusqu’à 16 % à la veille de l’invasion de l’Ukraine, où il a dévissé. Il était alors à touche-touche avec Marine Le Pen. Et le fait qu’il soit, à deux reprises, remonté après avoir connu des trous d’air dans sa campagne, en n’édulcorant rien à son positionnement radical, montre qu’il touche une corde sensible. Rappelons également que Marine Le Pen, qui plaçait cette thématique en bonne place de son programme, a rassemblé pas moins de 41,5 % des suffrages au second tour.
Sur cette question de l’immigration, vous mettez en avant l’analyse des statistiques autour des prénoms que les Français donnent à leurs enfants…
Je renvoie aux travaux qu’on avait menés avec Sylvain Manternach pour L’Archipel français. Si l’on examine le pourcentage de nouveau-nés portant un prénom arabo-musulman, il était de 1 % en 1960, 18,5 % en 2015-2016, et 21 % désormais. Ce n’est certes pas 21 % de la population, c’est 21 % des nouveau-nés et donc de la France de demain. Il s’agit là uniquement des porteurs de prénoms arabo-musulmans, auxquels on pourrait ajouter les porteurs de prénoms issus de la région subsaharienne ou d’Afrique centrale.
Quand on voit ces chiffres, nous sommes de facto dans une société qui est devenue multiculturelle. Pour une partie de la population, cela génère une inquiétude existentielle, c’est la peur du « grand remplacement ». D’autres se disent, inversement : « Non, c’est très bien, c’est le sens de l’histoire. » Et puis il y a un gros ventre mou, qui s’en inquiète, ou qui se pose des questions, mais qui n’en fait pas sa priorité quotidienne parce que le problème c’est de remplir le réfrigérateur.
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On entend beaucoup que le ressort principal du vote pour le Rassemblement national (RN) est le déclassement social, comme on le voit à Hénin-Beaumont et dans le bassin minier. C’est en partie vrai. Marine Le Pen est en tête dans les milieux populaires. Elle y devance Jean-Luc Mélenchon, pas forcément de beaucoup. Or, si c’était uniquement sur le registre social que ces catégories se décidaient, Mélenchon aurait nettement surclassé Le Pen, car il était objectivement mieux-disant sur ces questions. Mais elle arrive à articuler son discours social en dénonçant l’assistanat et les profiteurs du modèle social avec en sous-texte les questions sécuritaires et migratoires, ce qui lui confère un vrai avantage comparatif sur Mélenchon.
La question de l’immigration n’est pas le cœur de tout, mais dire que c’est un sujet secondaire est une erreur. C’est aussi ce qui fait que notre système politique est difficile à lire et qu’il est dysfonctionnel. On n’a plus de grande ligne de clivage droite-gauche, autour de laquelle tout s’organisait. La question sociale demeure très importante, mais la question identitaire l’est également, ainsi que la question climatique. Utilisons une image : en fonction de l’endroit où sont placés les projecteurs éclairant un monument pendant la nuit, la perception qu’on en a n’est pas la même. Il en va de même pour notre société, dont les différentes lignes de force apparaissent alternativement, au gré de la conjoncture et de l’actualité.

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Cette carte représente la période de construction des logements dominante dans chaque territoire. L’armature urbaine apparaît avec une constellation de points roses, la trame du bâti de la majeure partie de nos villes datant des « trente glorieuses ». Se déploient partout autour des lagons bleus : les couronnes pavillonnaires construites entre 1971 et 1990. Dans certains territoires, l’étalement urbain s’est poursuivi après 1990 (taches bleu foncé). On pénètre ensuite dans d’autres univers esthétiques, où le bâti d’avant 1914 domine. C’est la France rurale, qui, architecturalement parlant, est globalement restée dans son jus. Couvrant une très vaste surface (en orange), elle est néanmoins peu densément peuplée.
Selon les résultats de vos sondages, la sécurité est-elle une préoccupation importante pour les Français ?
Elle n’est pas en tête, mais elle est placée assez haut. Elle peut même monter beaucoup plus en fonction des événements, s’il y a eu tel ou tel type de violences urbaines, par exemple. Quand vous regardez nos sondages du second tour de la présidentielle, deux France se dessinaient, avec 30 à 40 points d’écart en matière d’enjeux prioritaires. Les lepénistes du second tour se déterminaient principalement sur la sécurité et l’immigration, alors que ceux qui ont voté Macron relativisaient beaucoup ces sujets. Inversement, ces derniers citaient avec 30 à 40 points de plus la question climatique ou celle de l’école. Les chaînes d’information en continu en tiennent compte et alimentent ce clivage. CNews met systématiquement en avant le énième fait divers en banlieue, quand sur LCI des CSP+ internationalisées suivent mètre par mètre le front de Bakhmout, en Ukraine !…
Si on essaie de regarder les choses objectivement, je pense qu’en matière de sécurité la situation est très dégradée. Des seuils sont franchis progressivement. J’ai travaillé, par exemple, sur le recours aux mortiers d’artifice, dont on commence à parler au début des années 2000 en Seine-Saint-Denis. Face au développement du phénomène, des lois sont votées, mais les tirs de mortiers sont aujourd’hui totalement banalisés. Idem pour les rodéos urbains et les refus d’obtempérer, qui se sont diffusés sur tout le territoire. Cette détérioration de la situation sécuritaire est une question très importante pour toute une partie de la population.
Du côté des analystes et des commentateurs, je pense qu’on est passé trop rapidement sur le score du second tour des présidentielles. Jean-Marie Le Pen réalise 18 % en 2002 au second tour, Marine Le Pen atteint 41,5 % en 2022… En 2002, Jacques Chirac a 20 millions de voix d’avance ; en 2017, Emmanuel Macron en a un peu plus de 10 millions, et en 2022 il n’en avait plus que 5 millions et demi. La tendance qui se dessine est nette… Et le RN a obtenu 89 députés à l’Assemblée. Il y a certes la question sociale, les services publics, le sentiment de déclassement dans des territoires entiers, la fermeture de maternités, la question des déserts médicaux… Dans l’Eure ou dans le Loiret, où le RN a conquis plusieurs circonscriptions, leurs candidats ont surfé sur ces thèmes. Mais, en toile de fond, ils évoquaient également l’insécurité et l’immigration, et c’est central dans le fait que le RN soit monté à ce niveau.
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Alors… comment va la France ?
Quand on interroge les Français sur eux-mêmes et sur leur famille, ils sont optimistes et même heureux. Même si nous sommes les champions de la consommation d’antidépresseurs, nous vivons dans une société du cocon, selon l’expression de Vincent Cocquebert, avec l’apéro et les barbecues dans le jardin. Et quand vous vous baladez en France, on n’est quand même pas au bord de la guerre civile. Pourtant, quand on interroge les Français sur leur pays, certains le placent… au-dessous du Pakistan. C’est un peu « bonheur privé, malheur public », ou la phrase de Sylvain Tesson : « La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer. »
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Les événements récents ont accentué le sentiment déjà assez ancien d’un déclin national autour de l’idée qu’on est en train de devenir une puissance moyenne et qu’on a perdu notre rang. Alors, quand l’école, l’hôpital ou EDF commencent à dysfonctionner et que, dans le même temps, le niveau de prélèvements obligatoires est un des plus élevés au monde, les Français ont l’impression qu’ils n’en ont plus pour leur argent.
Cet article est tiré du « Hors-Série Le Monde : 40 cartes pour comprendre comment va la France » 2023 (116 pages, 11,90 euros). Ce hors-série est en vente dans les kiosques ou par Internet en se rendant sur le site de notre boutique.