« Soignants non-vaccinés contre le Covid-19 : comment va se passer leur réintégration à l’hôpital ? »
Date de publication : 15 mai 2023
Le Parisien observe que « près de 2 ans après avoir été suspendus de leurs fonctions pour avoir refusé le vaccin contre le Covid, quelques milliers de soignants vont pouvoir très vite reprendre le chemin de leur hôpital ou établissement de soin. Le gouvernement a publié, dimanche au Journal Officiel, un décret permettant leur retour en poste ».
Le journal relève que « les chefs d’établissement devront contacter chaque professionnel suspendu pour lui proposer un poste ainsi qu’une date de reprise. Dans quelles conditions se fera ce retour ? Combien de soignants sont précisément concernés ? ».
Le Parisien explique ainsi que « par principe, l’agent suspendu a le droit de reprendre ses fonctions sur le poste qu’il occupait. Un «poste équivalent» peut lui être proposé, pourvu qu’il se situe sur la même implantation géographique ».
« L’affectation à un «poste équivalent» doit être motivée par une contrainte de fonctionnement des services (par exemple si son ancien poste est désormais occupé) et ne doit présenter aucun «caractère discriminatoire» », ajoute le quotidien.
Il poursuit : « Et si le soignant refuse le poste proposé ? En cas de litige, une médiation peut être organisée afin de trouver une autre affection qui convienne à toutes les parties. Si la situation reste bloquée, l’agent employé dans le public peut être radié des cadres pour abandon de poste, après une simple mise en demeure. En cas de litige, la rupture conventionnelle est aussi possible, à l’exception des praticiens hospitaliers (médecins de l’hôpital public). Dans le privé, la «rupture conventionnelle» peut également être proposée ».
Le Parisien s’interroge : « Peut-on imaginer des frictions dans les services ? Pour le médecin urgentiste Mathias Wargon, «les moins militants vont revenir dans un hôpital en grande souffrance, qui sera heureux, probablement, de les accueillir. (…) Plus difficile va être la réintégration de ceux qui ont milité contre les vaccins et les mesures barrière» », ajoute le praticien.
Le journal cite Elsa Ruillère, soignante suspendue et élue de la CGT Santé, qui estime qu’« «il y aura toujours quelques regards de travers, mais nombre de personnes» accueilleront sans problème les non-vaccinés ».
Le Parisien rappelle enfin que « le retour des soignants non vaccinés n’est pas définitif : si la pandémie repart, le gouvernement a la possibilité de suspendre à nouveau les soignants concernés ».
Le Monde titre pour sa part : « Soignants non vaccinés : comment les établissements de santé se préparent à leur réintégration ».
Mattea Battaglia relève que « ces retours ne risquent pas de ressembler à une «déferlante». Pas plus qu’ils ne sauraient être une réponse à la crise du recrutement à l’hôpital, martèle-t-on sur le terrain. (…) Avenue de Ségur, on avance aujourd’hui le chiffre de 0,3% de professionnels encore concernés. Moins de 4000 agents, donc, sur un total de 1,2 million dans la fonction publique hospitalière ».
« En libéral, l’Assurance-maladie comptabilise un peu moins de 1900 professionnels suspendus, dont 275 médecins. Les praticiens hospitaliers seraient, eux, moins d’une centaine. (…) Les infirmières et infirmiers, moins d’un millier, selon l’Ordre et leurs syndicats. Personnels administratifs, techniques et logistiques représenteraient, avec les aides-soignants, la majorité des personnes concernées », continue la journaliste.
Mattea Battaglia s’interroge : « Qui reviendra ? Qui ne reviendra pas ? ». Patrick Chamboredon, président de l’Ordre des infirmiers, remarque que « beaucoup d’infirmiers suspendus ont tourné la page, quand ils n’avaient pas déjà en tête, lors de leur suspension, un projet de reconversion ».
La Croix note aussi que « les soignants ayant refusé l’obligation vaccinale, suspendus depuis plus d’un an, pourront réintégrer leur ancien établissement de santé ce lundi 15 mai. Les centres hospitaliers ont su anticiper leur retour, mais resteront attentifs à ce que ces réintégrations se passent sereinement dans les différents services ».
Libération publie pour sa part un entretien avec Frédéric Pierru, sociologue au CNRS, qui « a recueilli des centaines de témoignages de soignants, revient sur les raisons de leur défiance envers le vaccin anti-Covid. Et ses lourdes conséquences ».
Le journal interroge : « Que ressort-il des témoignages que vous avez recueillis ? ». Le sociologue répond : « Avant tout, une grande détresse. Les soignants non vaccinés sont très massivement des femmes, et le gradient professionnel de vaccination [le taux de vaccination en fonction du niveau de qualification, ndlr] est très net. Même si l’on rencontre des médecins, la plupart sont aides-soignantes, infirmières, et employées dans le secteur médico-social. Elles font en général partie des classes populaires ».
« Quand les suspensions ont commencé à tomber en septembre 2021, elles ont perdu leur salaire, mais sans avoir le droit d’exercer une autre activité professionnelle. Cela a généré des tensions dans de nombreux couples, des difficultés avec les parents et les amis, du surendettement. Certaines n’ont tenu que grâce à des distributions alimentaires organisées par des réseaux de solidarité nés notamment au moment des gilets jaunes. Mais ce qui est frappant c’est que ces femmes auraient pu tricher, présenter de faux certificats de vaccination pour continuer à travailler. Elles ont choisi d’assumer leur choix, même si le coût était exorbitant », continue Frédéric Pierru.
« Covid-19 : ces patients « inquiets » du retour des soignants non vaccinés dans les hôpitaux »
Date de publication : 15 mai 2023
Nicolas Berrod note en effet dans Le Parisien que « le décret mettant fin à l’obligation vaccinale des soignants est paru ce dimanche. Cette réintégration est soutenue par une large majorité de Français, mais elle préoccupe et agace certains d’entre eux, notamment ceux atteints de maladies chroniques ».
Le journaliste observe ainsi : « S’il se retrouve à l’hôpital ces prochaines semaines, Yves prévoit de «demander aux soignants qui s’occupent de moi s’ils étaient opposés au vaccin Covid». Et si la réponse est oui, «je leur dirai que je souhaite me faire soigner par quelqu’un d’autre !», tonne ce retraité vivant à La Réunion ».
Nicolas Berrod relève que « la réintégration de ces salariés ou fonctionnaires ayant boudé la piqûre ne fait pas l’unanimité. Si la population la soutient très majoritairement (79% de Français favorables dans un sondage Ifop paru ce jeudi 11 mai), des équipes médicales y sont vivement opposées. Certains patients aussi, notamment ceux contraints de fréquenter régulièrement les lieux de soin ».
Guy Konopnicki, journaliste et chroniqueur, atteint d’une infection chronique, déclare ainsi : « Je rencontre des gens formidables, des médecins, des infirmières, etc. Tous ceux-là se sont soumis à leurs obligations et travaillent dans des conditions très difficiles ».
Concernant les non vaccinés, il ajoute : « Comment peut-on – même comme auxiliaire – pratiquer la médecine lorsqu’on la nie », jugeant « le mouvement antivax clairement obscurantiste ».
Yvanie Caillé, fondatrice de l’association Renaloo, « qui regroupe des malades immunodéprimés », remarque pour sa part : « Beaucoup de patients sont inquiets. Quand on doit sa survie à la médecine, on n’a pas forcément envie d’être soigné par des personnes qui ont montré une telle défiance vis-à-vis de la science, avec parfois des comportements qui relèvent du charlatanisme ».
Nicolas Berrod cite en outre une « quinquagénaire greffée d’un rein, (qui) dit sa «peur» de se retrouver «face à des soignants opposés au consensus scientifique et médical à un tel point qu’ils ont préféré être suspendus et privés de salaire plutôt que de se faire vacciner» ».
Le journaliste relève en outre que « comme d’autres, (l’)association Renaloo s’inquiète aussi de la fin du masque obligatoire dans plusieurs hôpitaux ces dernières semaines. Chambéry, Saint-Brieuc, Béziers, Limoges, etc… Tout à tour, chaque direction a allégé la règle ».
Yvanie Caillé déclare que « jusque-là, on pensait que l’hôpital resterait une sorte de sanctuaire pour les personnes fragiles. Entre la réintégration des soignants non-vaccinés et l’abandon du port du masque, ça fait beaucoup ».