Deux membres du groupe « les agronomes bifurquant » de l’école d’ingénieurs agronomes AgroParisTech préparent leur installation dans le Tarn

Agriculture : deux des étudiants d’AgroParisTech appelant à « déserter » des emplois « destructeurs » s’installent dans le Tarn

Publié le 09/06/2022 à 11h42 •  Mis à jour le 09/06/2022 à 12h52

Écrit par Sylvain Duchampt et Régis Guillon

https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/tarn/albi/agriculture-deux-des-etudiants-d-agroparistech-appelant-a-deserter-des-emplois-destructeurs-s-installent-dans-le-tarn-2557828.html

Théophile Duchâteau et Victor Lebeau, diplômés de la prestigieuse école AgroParisTech, s'installent dans le Tarn en tant qu'"agronome bifurquant".

Théophile Duchâteau et Victor Lebeau, diplômés de la prestigieuse école AgroParisTech, s’installent dans le Tarn en tant qu' »agronome bifurquant ». • © Régis Guillon – FTV

Deux membres du groupe « les agronomes bifurquant » de l’école d’ingénieurs agronomes AgroParisTech préparent leur installation dans le Tarn. En mai 2022, dans un discours retentissant, ils avaient fustigé leur formation et appelé leurs camarades à « déserter » des « jobs destructeurs. »

Victor Lebeau et Théophile Duchâteau, diplômés en mai 2022 de la prestigieuse école d’ingénieurs agronomes AgroParisTech avaient un avenir tout tracé : un bon salaire, des conditions confortables comme ingénieur dans une entreprise agroalimentaire ou au sein d’organismes publics. Mais avec six autres de leurs camarades, ils ont dit « non !« , le 7 mai 2022, dans un discours prononcé lors de la cérémonie de remise des diplômes. 

Remise en cause de l’enseignement et du système

Ce collectif appelé « des agros qui bifurquent » dénonce l’enseignement reçu durant leur formation qui participe, selon eux, « aux ravages écologiques et sociaux en cours ». Il clame son rejet des notions de développement durable, de croissance verte ou encore de neutralité des sciences et appelle ses camarades de promotion à rejoindre des luttes écologiques ou paysannes, à s’installer en collectif agricole ou à s’impliquer sur des zones à défendre.

« Trafiquer en labo des plantes pour des multinationales (…), inventer des labels “bonne conscience” (…), pondre des rapports RSE [responsabilité sociale des entreprises] (…), ou encore compter des grenouilles et des papillons pour que les bétonneurs puissent les faire disparaître légalement. A nos yeux, ces jobs sont destructeurs et les choisir, c’est nuire. » avaient-ils déclarer. Une prise de position ayant eu un écho retentissant dans l’opinion public.

« Le message un appel à nos camarades de classe de faire ce qu’ils avaient envie de faire, précise Victor Lebeau. C’est-à-dire pour beaucoup, s’éloigner de l’école et du métier d’ingénieur qui leur était proposé. Mais c’était aussi un message à l’attention de l’école et à l’enseignement supérieur de toujours proposer un cadre critiquant très peu le système dominant dont on connaît les limites. »

Un projet collectif dans le Tarn, près de Sivens

C’est en observant « l’état déplorable des forêts françaises et de nombreuses terres en France » que Théophile Duchâteau a eu le déclic : « la plupart des entreprises sont gérées par des intérêts financiers et économiques. C’est la base même de ce système qui crée des ravages. Ce que j’ai pu voir à travers les stages, c’est qu’un ingénieur, seul, dans une grande entreprise, dans un grand organisme d’Etat, a peu de poids. »

C’est dans le Tarn, dans le secteur de Lautrec que Victor Lebeau et Théophile Duchâteau ont décidé de mettre en application leurs revendications, à une quarantaine de kilomètres de l’ancienne ZAD de Sivens, avec une dizaine d’autres personnes.

« Le projet du Tarn est de créer un lieu où plusieurs entreprises vont travailler, dont deux auront une activité agricole. Une de maraîchage à laquelle je vais participer, et l’élevage de poules en plein air, explique Théophile Duchâteau. Le but est de travailler collectivement, d’avoir des synergies en utilisant les déchets des uns et des autres, d’attirer du monde à l’aide d’activités culturelles une fois que nous serons bien installés. » 

Une situation de crise écologique et sociale

« Il y aura aussi un agriculteur-boulanger » précise Victor Lebeau. Annoncée pour cette été, l’installation tarnaise, organisée en association avec Terres de Lien, ne se fera probablement pas avant la rentrée. La finalisation de l’achat du domaine et de la location des terres agricoles prenant plus de temps que prévu. 

Pour Victor : « on fait justement ça pour avoir une belle vie. Chaque nouveau rapport du GIEC, nous le rappelle un peu plus, nous sommes dans une situation de crise écologique mais pas seulement, on peut parler de crise sociale. » 

Leur objectif est de créer un nouveau système, faire pleinement face au réchauffement climatique et faire prendre conscience au plus grand nombre qu’un autre chemin est possible.  

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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