« Direction générale de la santé : entre Christian Rabaud et les labos pharmaceutiques, 30.000 euros de rémunération et des interrogations »
Date de publication : 10 mai 2023

Rozenn Le Saint remarque en effet dans Libération que le « successeur de Jérôme Salomon à ce poste clé au sein du ministère de la Santé (…) a déclaré des liens d’intérêts avec des firmes comme Pfizer, Moderna ou Johnson & Johnson. La pratique n’a rien d’illégal mais pourrait entraîner son déport de nombreux dossiers ».
La journaliste note ainsi que « quelques jours après son entrée en fonction (…), Christian Rabaud pourrait déjà se retrouver sur le gril du fait de ses relations passées avec l’industrie pharmaceutique. Au cours de la dernière décennie, l’infectiologue de 60 ans a été rémunéré plus de 33.000 euros par une dizaine de laboratoires ».
Rozenn Le Saint explique avoir « calculé ce montant à partir de EurosForDocs : cet annuaire des liens d’intérêts entre les acteurs de la santé et l’industrie pharmaceutique reprend la base de données publique Transparence santé ».
La journaliste remarque que « si une telle proximité entre une blouse blanche et les géants pharmaceutiques peut interroger, elle est communément admise dans le milieu. Néanmoins, «pour des responsabilités importantes de ce type, c’est dommage de ne pas privilégier des médecins sans lien d’intérêts avec les firmes, car cela peut affaiblir la parole publique en créant de la suspicion devant des décisions de santé publique», commente Pierre Chirac, membre de la rédaction de la revue médicale indépendante Prescrire ».
Rozenn Le Saint observe que « s’ils sont rares, ces professionnels existent. Ils sont moins difficiles à trouver parmi les profils de médecins qui ont lâché tôt le terrain hospitalier ou celui de la recherche pour une carrière politique ».
Jean-François Kerléo, vice-président de l’Observatoire de l’éthique publique et professeur de droit public à l’université d’Aix-Marseille, déclare pour sa part que « par ces liens, en tant que DGS, Christian Rabaud se trouvera en situation de conflit d’intérêts quand il aura des décisions à prendre en relation avec ces laboratoires ».
Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, remarque de son côté que « le candidat à la DGS est un mouton à cinq pattes ». Rozenn Le Saint note ainsi qu’« il faut avoir un profil de médecin, si possible expert en santé publique ou en infectiologie pour avoir l’habitude de gérer les crises. Ces cases sont bien cochées par le Pr Rabaud, chef du service des maladies infectieuses et tropicales du CHRU de Nancy avant de devenir président de la commission de l’établissement ».
Agnès Buzyn ajoute que « le poste nécessite d’avoir des compétences en gestion administrative. Enfin, un DGS ne doit pas avoir de lien d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique pour pouvoir gérer les dossiers liés au médicament ».
Rozenn Le Saint précise que « si la situation de Christian Rabaud pose des questions d’ordre déontologique, au vu de la définition du conflit d’intérêts inscrite dans la loi du 11 octobre 2013, légalement, sa nomination reste dans les clous. En cessant toute activité pour ces firmes après sa nomination, le nouveau DGS ne peut être accusé de prise illégale d’intérêts ».
La direction générale de la santé fait ainsi savoir que « M. Rabaud est déjà inscrit dans une procédure de transparence et de publicité de ses liens d’intérêts depuis plusieurs années ».
La journaliste ajoute que la DGS « indique que le ministère de la Santé analysera ces liens d’intérêts, «déjà portés à la connaissance de [ses] services», ce qui «pourra se traduire par d’éventuelles mesures de déport le cas échéant» ».