Publié le 26/04/2023
Un lien entre certains anticorps anti phospholipides et la survenue d’évènements cardiovasculaires

Les patients atteints de maladies inflammatoires et auto immunes ont un risque élevé de survenue d’événements cardiovasculaires. Le rôle de différents anticorps anti phospholipides (aPL) dans la physiopathologie des maladies cardiovasculaires atherosclérotiques (MCVA) reste, à ce jour, mal établi. Or, ils sont retrouvés chez, environ, 18 à 32 % des individus. Ils constituent un groupe important mais hétérogène d’auto anticorps qui activent les cellules endothéliales, les plaquettes et les neutrophiles via les phospholipides cellulaires et des protéines telles que la β2 glycoprotéine (β2GPI) et la prothrombine.
Le syndrome des anti phospholipides (APS) est une maladie inflammatoire se manifestant par des thromboses artérielles et veineuses, des accidents thrombotiques microvasculaires et des complications obstétricales. Les accidents vasculaires ischémiques cérébraux et les infarctus myocardiques en sont des manifestations cliniques fréquentes. Des études transversales ont révélé que des aPL pouvaient être présents chez 17,4 % des patients souffrant de MCV et chez 1 à 12 % chez des individus en apparence sains.
Un anticorps anti phospholipide dans près de 15 % des cas
Un travail a été mené afin de déterminer l’association entre prévalence des aPL et MCVA, au sein d’une vaste population, ethniquement diverse. Le but était également de quantifier la prévalence en fonction du genre et de l’ethnie. L’étude a inclus 2 427 membres de la Dallas Heart Study 2(DHS 2), indemnes initialement de toute MCVA et ne présentant pas, non plus, de maladie auto immune requérant un traitement immunosuppresseur. Huit aPL ont été recherchés : anticardiolipines (aCL) IgG/IgM/IgA, anti-bêta-2 glycoprotein I (αβ2GPI) IgG/IgM/IgA, et antiphosphatidyl serine/prothrombin [aPS/PT] IgG/IgM).
Sur les 2 427 participants de la DHS2, dont les échantillons sanguins avaient été collectés entre 2007 et 2009, on notait 57,6 % de femmes ; 51,3 % de Noirs, 14,0 % d’origine hispanique et 32,8 % de Blancs. L’âge moyen, lors du prélèvement, était de 50,6 (10,3) ans. Aucun, à l’inclusion, ne présentait de MCV ou d’affection auto immune nécessitant un traitement immunosuppresseur. Sur l’ensemble, 353 (14,5 %) ont été testés positifs pour, au moins, un aPL. Leur âge moyen était alors de 52,6 (10,3) ans, soit légèrement plus avancé que les sujets aPL négatif, se situant en moyenne à 50,4 (10,3) ans. Parmi les aPL testés, les anticardiolipides IgM avaient la plus forte la prévalence : 6,4 %, suivis des aPS/PI IgM (3,4 %), des αβ2GPI IgM (2,6 %) et des αβ2GPI IgA (2,5 %).
Dix-sept des participants étaient porteurs de 3 anticorps, voire plus. On a relevé une positivité des aCL IgM et des aPS/PT IgM plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. En dehors d’un taux plus élevé d’αβ2GPI IgA chez les hispaniques, on n’a pu discerner aucune différence dans les aPL entre Blancs, Noirs et sujets d’origine hispanique.
Augmentation significative du risque cardiovasculaire en cas de positivité pour certains aPL
Sur une période de 8 ans de suivi, une MCV athéromateuse a été diagnostiquée chez 125 des participants, dont 79 infarctus myocardiques non mortels, 74 AVC ischémique, 90 interventions de revascularisation par voie périphérique, 41 pontages aorto coronariens et 52 morts de cause cardiovasculaire. Après ajustement sur de nombreuses covariables, une positivité pour un aCL IgA ou un αβGPI IgA a été associée significativement à une augmentation du risque d’événements pathologiques cardiovasculaires.
Le Hazard Ratio HR pour les αβ2GP, pour un seuil de 40 unités était de 4,92 (intervalle de confiance à 95 % IC : 1,52- 15,98). Il était de 4,09 (IC : 1,45- 11,54) pour les αβ2GPI IgA et de 9,01 (IC : 2,73- 29,72) pour les aCL IgA. Par ailleurs, les αβ2GPI -IgA ont été négativement associées à la capacité de sortie du cholestérol et positivement au LDL circulant oxydé. La présence d’αβ2GPI IgA dans le plasma a été, également, associée à un phénotype de cellules endothéliales activées, avec augmentation de l’expression de surface de la molécule 1 E selectine d ’ adhésion cellulaire et de celle d’adhésion vasculaire.
Il ressort de cette étude qu’au moins un type d’aPL est détecté chez 14,5 % des individus, au moins lors d’un prélèvement, en règle avec un titre modéré. Dans la majorité des cas il s’agit de aCL IgM, aPS /PT IgM, αβ2 GPI IgM et αβ2 GPI IgA, sans variation notable selon l’origine ethnique. Certains aPL, dont notamment les isotypes IgA de l’aCL et de l’αβ2GPI, sont associés à un risque accru d’évènements pathologiques cardiovasculaires. Il est connu que le lupus systémique est 10 fois plus fréquent chez la femme que chez l’homme et qu’il existe une association entre cette maladie et la présence d’aPL. Or, sur le plan vasculaire, ces derniers activent les cellules endothéliales et sont cause de dysfonctionnement avec un effet pro adhésif et pro inflammatoire.
Au total, la détection, en phase solide, de certains aPL, même lors d’une seule recherche est, de façon indépendante, associée à un risque accru d’événements pathologiques cardiovasculaires. Des confirmations ultérieures restent indispensables, qui pourront aider à mettre au point des stratégies thérapeutiques préventives pour limiter le risque lié à la présence d’aPL.
Dr Pierre Margent
RÉFÉRENCE
Zuo Y et coll. : Prevalence of Anti phospholipid Antibodies and Association with Incident Cardiovascular Events. JAMA Netw Open.2023 ; 6 (4) ; e : 236 530. DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2023.6530
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