A la recherche du bon mix énergétique: il faut optimiser l’exploitation du pétrole et du gaz

« Dans un monde où les énergies fossiles sont encore indispensables, il nous faut optimiser leur exploitation »

Tribune

Les économistes Stefan Ambec et Claude Crampes proposent, dans une tribune au « Monde », des outils permettant d’analyser l’impact carbone du pétrole et du gaz, qu’il faudra continuer à extraire pendant encore longtemps.

Publié le 31 mars 2023 à 12h00, modifié le 31 mars 2023 à 19h06 Temps de Lecture 3 min.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/03/31/dans-un-monde-ou-les-energies-fossiles-sont-encore-indispensables-il-nous-faut-optimiser-leur-exploitation_6167728_3232.html

Mille gigatonnes. C’est la quantité de CO2 que l’on peut encore émettre pour limiter le réchauffement planétaire à 2 °C, selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Elle tombe à environ 400 gigatonnes si la cible est de 1,5 °C. Ce budget carbone de l’humanité peut paraître important, mais il est faible au regard de ce qui a été émis par le passé : nous avons déjà rejeté 1 000 gigatonnes de CO2 au cours des trente dernières années.

Au rythme des émissions actuelles, notre budget carbone sera épuisé dans cinq ans pour une augmentation de température de 1,5 °C, et vingt ans pour 2 °C. Il nous reste donc peu de temps pour atteindre la neutralité carbone. D’ici là, dans un monde où les énergies fossiles sont encore indispensables, il nous faut optimiser leur exploitation pour faire un meilleur usage de notre budget carbone.

Or, charbon, pétrole ou gaz naturel, toutes les énergies fossiles ne se valent pas en quantité de CO2 émise au cours de leur cycle de vie, de l’extraction à la combustion. Il va falloir faire des choix.

La première chose à faire est de se débarrasser du charbon. C’est de loin la pire des énergies fossiles quant à ses impacts environnementaux. Elle émet deux fois plus que le gaz naturel et un tiers plus que le pétrole par unité d’énergie. Sa combustion détériore la qualité de l’air par les émissions de particules fines et d’oxyde de soufre, une des principales causes de mortalité dans le monde et de perte de biodiversité liée aux pluies acides. Le charbon est aussi moins efficace dans ses usages que les autres énergies fossiles. Pour produire de l’électricité, les centrales thermiques à gaz sont bien plus flexibles que celles qui brûlent du charbon. Et donc mieux à même de surmonter le problème de l’intermittence des énergies éolienne et solaire.

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Le pétrole est encore irremplaçable dans le transport. Seul point positif pour le charbon : il est abondant et bon marché. Et c’est là tout le problème. Il faut faire en sorte que les réserves disponibles de charbon ne soient pas exploitées même si elles sont rentables. Des compensations financières seront nécessaires pour faire en sorte que les pays émergents renoncent au charbon disponible dans leur sous-sol, par exemple sous la forme de contrats comme le Partenariat pour une transition énergétique juste signé avec l’Afrique du Sud. La mise à l’index du charbon par le mouvement Coal Exit, relayé par des ONG, peut aider en dénonçant la responsabilité des investisseurs et des entreprises.

Budget carbone

Même si l’on ne peut se passer de pétrole, du moins à court terme, on peut tout de même réduire de façon significative les émissions liées à son extraction. Le facteur d’émission d’un baril de pétrole peut varier du simple au double selon qu’il provient du sous-sol du Koweït ou bien des sables bitumineux de l’Alberta. Dix gigatonnes de CO2 auraient pu être évitées entre 1992 et 2018 si l’on avait sélectionné les gisements en fonction de l’impact climatique de l’extraction (« Bad Oil, Worse Oil and Carbon Misallocation », Renaud Coulomb, Fanny Henriet et Léo Reitzmann, document de travail nᵒ 2021-38, Ecole d’économie de Paris, 2021).

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Deux facteurs expliquent ce gaspillage de budget carbone. Le premier est l’absence de prix des émissions de dioxyde de carbone au niveau mondial, ce qui permet aux compagnies pétrolières de négliger le bilan carbone des gisements qu’elles exploitent. Le deuxième facteur est lié aux quotas de l’OPEP, qui, en augmentant artificiellement les prix, rendent rentables des gisements de pays non membres très émetteurs : c’est le cas des sables bitumineux du Canada. Selon cette étude, 7,64 gigatonnes de CO2 pourraient être évitées à l’horizon 2050 par une optimisation de l’extraction du pétrole en prenant en compte le coût climatique.

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La transition énergétique prendra beaucoup de temps. Nos économies sont encore très dépendantes des énergies fossiles, et cela va perdurer pendant au moins une décennie. Charbon, gaz fossile et pétrole sont encore disponibles en abondance. C’est la capacité de l’atmosphère à absorber leurs émissions de gaz à effet de serre qui est limitée. La contrainte de rareté ne se trouve pas sous nos pieds, mais au-dessus de nos têtes. Nous avons besoin de politiques publiques pour favoriser les énergies fossiles les plus décarbonées en attendant leur complète disparition du mix énergétique. Ne gâchons pas le maigre budget carbone encore à notre disposition.

Stefan Ambec est chercheur à l’Ecole d’économie de Toulouse et directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) ; Claude Crampes est professeur émérite et chercheur à l’Ecole d’économie de Toulouse.

A la recherche du bon mix énergétique

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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