Publié le 28/04/2023
Elisabeth Borne lève (un peu) le voile sur sa politique sanitaire

Paris, le vendredi 28 avril 2023 – La Première Ministre a avancé de nouvelles pistes pour la future politique sanitaire du gouvernement, même si l’ensemble manque de précisions.
Démarrer de nouveaux chantiers pour faire oublier la difficile séquence de la réforme des retraites, tel est l’objectif affiché par Emmanuel Macron et son gouvernement depuis l’allocution présidentielle du 17 avril. Outre l’éducation et l’immigration, l’exécutif entend s’attaquer aux sujets de la santé alors que les hôpitaux publics et la médecine de ville s’enfoncent de plus en plus dans la crise.
Mais pour le moment, cette nouvelle campagne de l’exécutif manque de mesures chocs. Que ce soit dans son interview au Parisien ce dimanche ou lors de son déplacement dans une maison de santé pluridisciplinaire (MSP) dans le Loir-et-Cher ce mardi, Emmanuel Macron s’est essentiellement contenté de réitérer des annonces déjà vieilles de plusieurs mois. Et lors de la présentation de la feuille de route de son gouvernement pour les cent prochains jours ce mercredi, la Première Ministre Elisabeth Borne a très peu parlé de la santé. Tout juste a-t-elle évoqué l’embauche de 6000 assistants médicaux supplémentaires d’ici 2024 et l’ouverture de 2 000 places dans les instituts de formation pour infirmières.
Borne pas prête de partir à la chasse aux lapins
Il aura finalement fallu attendre un entretien accordé par la cheffe du gouvernement à l’association des journalistes de l’information sociale (AJIS) ce jeudi pour en savoir un peu plus sur les orientations de l’exécutif sur les questions sanitaires.
Elisabeth Borne a notamment évoqué le sujet prioritaire actuellement pour les médecins libéraux, à savoir le règlement arbitral, adopté en début de semaine. La Première Ministre reconnait qu’il s’agit d’un « compromis provisoire qui ne plait à aucune des parties » et souhaite que « les discussions entre les partenaires conventionnels puissent reprendre ». Mais Elisabeth Borne est incapable de donner une date précise pour la reprise de ces négociations, notamment car elle estime que « pour qu’elles puissent reprendre, il faut que l’on identifie d’où viennent les différences de vision ». Sur ces futures négociations, la cheffe du gouvernement souffle le chaud et le froid : si des moyens supplémentaires pourront être alloués à la médecine de ville, ces fonds « ne sont pas infinis ». « On aura du mal à trouver un accord sur une consultation à 50 euros » avance-t-elle (sans surprise).
Toujours sur la médecine de ville, Elisabeth Borne continue d’entretenir le flou sur la possibilité de sanctionner les lapins, posés par des patients indélicats qui prennent des rendez-vous médicaux sans les honorer. Si Emmanuel Macron a appelé une telle sanction de ses vœux et si le ministre des Comptes Publics Gabriel Attal a amorcé un semblant de solution ce lundi, la Première Ministre est plus évasive. Elle évoque un « travail en cours » sur cette question et souligne (comme le JIM hier) les difficultés d’un tel projet. « Il faut pouvoir objectiver la défaillance du patient qui n’a pas annulé ses rendez-vous, cela ne va pas de soi ; on entend la colère des médecins, on est déterminé à s’attaquer à ce sujet de crispation, mais je n’ai pas de réponse » concède-t-elle.
Inflexible sur l’intérim
A l’occasion de cette interview, la Première Ministre a également évoqué une future proposition de loi visant à lutter contre les déserts médicaux qui sera portée par le député Horizons Frédéric Valletoux. En février dernier, l’ancien président de la Fédération Hospitalière de France (FHF) avait retiré une première proposition, qui prévoyait d’encadrer la liberté d’installation. A priori, rien de cela dans la nouvelle monture de la loi (Emmanuel Macron a de nouveau affiché son attachement à la liberté d’installation ce mardi) mais plutôt des mesures incitatives sur la permanence des soins et la généralisation des CPTS, explique la cheffe du gouvernement, sans plus de précisions.
Enfin, la Première Ministre a évoqué le « bras de fer » en cours à l’hôpital depuis l’entrée en vigueur, le 3 avril dernier, de la loi Rist plafonnant la rémunération des intérimaires. Son soutien au ministre de la Santé François Braun est ici total. « Est-ce que c’est facile ? Non clairement » commente Elisabeth Borne, reconnaissant les grandes difficultés rencontrées par les hôpitaux depuis la réforme « mais reculer serait catastrophique pour l’hôpital public ».
On le voit, la Première Ministre s’est, comme le chef de l’Etat avant elle, principalement contenter de déclarations d’intention et de réitérer des annonces déjà faites et le brouillard s’est donc à peine levé sur sa politique sanitaire.
Grégoire Griffard
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BILLET DE BLOG 1 MAI 2023
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Santé : perversité du gouvernement
Que ce soit E. Macron ou F. Braun, tous deux, se répandent en promesses d’amélioration d’accès à notre système de santé, mais sur le terrain, la politique dictée et mise en œuvre par les ARS détruit à petit feu nos hôpitaux et déroule un tapis rouge au secteur privé lucratif.
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Perversité : goût pour le mal, recherche du mal. Petite explication. Que ce soit E. Macron ou F. Braun, tous deux, se répandent en promesses d’amélioration d’accès à notre système de santé mais sur le terrain la politique dictée et mise en œuvre par les ARS détruit à petit feu nos hôpitaux et déroule un tapis rouge au secteur privé lucratif.
Regardons tout d’abord la médecine de ville. La fin du numerus clausus est un leurre et le nombre d’étudiants en médecine n’a pas augmenté à hauteur des besoins, faute de moyens suffisants accordés aux universités. Malgré de multiples demandes, rien n’est fait pour réguler l’installation des médecins et les déserts médicaux augmentent. La « régulation » des dépassements d’honoraires aboutit en fait à leur généralisation chez les spécialistes. Les pseudo-centres de santé obtiennent très facilement des autorisations d’installation sans contrôle et les scandales se multiplient.
Après les centres dentaires qui ont « massacrés » des patients, ce sont maintenant les centres de consultation sans rendez-vous du COSEM qui montrent en fait que ces activités ne sont que des pompes à fric pour siphonner l’argent de la Sécu. Du côté du médicosocial, le scandale d’ORPEA continue avec un sauvetage des actionnaires grâce à de l’argent public, via la Caisse des dépôts, et nous apprenons que cette opération de restructuration va faire appel aux fameux cabinets de consultants pour un montant de 87 millions d’euros. Le plus grave est la stratégie très élaborée pour fermer massivement des hôpitaux afin de laisser la place aux grands groupes de cliniques privées à but lucratif.
Le premier étage de la fusée est la loi santé d’A. Buzyn qui définit sous la fausse appellation d’hôpitaux de proximité des établissements qui n’auront plus de service d’urgence ouverts 24h sur 24, plus de maternité et plus d’activité en chirurgie. Bref, ce seront des structures limitées à la prise en charge des personnes âgées, sans plateau technique. Le deuxième étage est l’application brutale de la loi sur la limitation de l’intérim, sans mesure de compensation pour les hôpitaux, ce qui se traduit actuellement par la fermeture ou le fonctionnement dégradé de centaines de services, justement dans les hôpitaux promis au label « hôpital de proximité ». Le troisième étage est la facilitation des restructurations des cliniques privées en difficulté.
Alors que la meilleure solution serait leur intégration dans le secteur public dans le cadre de pôles hospitaliers publics, elles reçoivent des subventions alors que les hôpitaux eux doivent emprunter auprès des banques quand ils réalisent des travaux. Une opération est en particulier scandaleuse, celle de la clinique de Grenoble reprise par le groupe AVEC dont le dirigeant est accusé de détournements de fonds publics.
Autre exemple, la clinique de Ganges dirigée par le président de la Fédération de l’hospitalisation privée qui va bénéficier d’une subvention de 13 millions d’euros de l’ARS pour reconstruire son établissement. Encore plus scandaleux dans la période, alors que les services d’urgence des hôpitaux publics peinent à assurer l’accueil d’un nombre croissant de patients, les ARS autorisent la fermeture de cette activité dans des cliniques, comme à Montluçon ou à Alès. A Alès où dans le même temps la clinique construit un centre d’ophtalmologie, activité très lucrative ! Conclusion : ils veulent bien du mal à notre système public de santé.
Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.Recommandé (7)