Publié le 24/04/2023
Emmanuel Macron et la santé : un certain flou artistique

Paris, le lundi 24 avril 2023
– Emmanuel Macron a annoncé vouloir sanctionner les auteurs de lapins, mais n’a avancé aucune piste pour régler la crise des urgences.
Seize mois après une séance de questions-réponses avec des lecteurs du Parisien restée dans les mémoires (le Président de la République y avait déclaré vouloir « emmerder les non-vaccinés »), Emmanuel Macron a décidé une nouvelle fois de se prêter au jeu, toujours avec les lecteurs du Parisien. Ceux qui espéraient trouver dans cette interview, publiée ce dimanche, les grandes lignes de la politique de santé du chef de l’Etat pour les quatre années à venir seront déçus : au milieu de questions sur l’immigration, les retraites ou son style de gouvernement, Emmanuel Macron a peu évoqué la santé et semble continuer d’entretenir un certain flou artistique sur la question, fait de déclarations d’intention mais de peu de propositions concrètes.
Emmanuel Macron a ainsi été interrogé par une des lectrices, pharmacienne de profession, sur sa promesse, formulée lundi dernier, de désengorger les urgences d’ici fin 2024. Une promesse qui, on le sait, a suscité plus d’interrogations que d’espoir chez les soignants hospitaliers, qui ont du mal à comprendre comment des problèmes structurels qui minent l’hôpital depuis des décennies pourraient être réglés en 18 mois. Visiblement, l’auteur de la promesse non plus ne sait pas comment la tenir. « Je suis très inquiet, l’engorgement des urgences, les déserts médicaux, c’est le même problème : on n’a plus assez de soignant dans le pays » s’est ainsi contenté de répondre le Président de la République, sans donc esquisser la moindre piste de solution.
Emmanuel Macron étrille les syndicats de médecins
Son interlocutrice ayant rebondi sur cette pénurie de soignants, le chef de l’Etat a pu développer sa pensée. « Il faut former plus de médecins, de pharmaciens, de kinés d’infirmiers, on doit aussi accélérer la délégation d’actes, on est en train de le faire » a-t-il déclaré, évoquant, sans la nommer, la proposition de loi Rist, qui a été adoptée en commission mixte paritaire le 6 avril dernier (elle sera examinée définitivement par le Parlement la semaine du 9 mai) et qui permettra l’accès direct aux infirmiers en pratique avancée (IPA), kinésithérapeutes et orthophonistes et ouvrira le droit à la primo-prescription aux IPA. Cette proposition de loi a été, on le sait, très critiquée par les syndicats de médecins libéraux, qui y voient une remise en cause du rôle du médecin traitant et qui ont notamment organisé une grande manifestation contre cette réforme le 14 février dernier. Emmanuel Macron n’a pas pu s’empêcher une petite pique à leur intention : « je me tape les corporatismes » a-t-il déclaré (au moins il ne les emmerde pas).
Pour le reste, le chef de l’Etat s’est contenté de déclarations d’intention très générales, expliquant qu’il faut « créer des incitations pour régler les déserts médicaux, investir sur l’hôpital et le réorganiser ». Il semble donc écarter tout encadrement de la liberté d’installation, au grand dam de nombreux parlementaires, y compris au sein de la majorité, qui demandent une action dans ce sens.
Le chef de l’Etat veut rouvrir la chasse aux lapins
Une annonce aura tout de même retenu l’attention des professionnels de santé libéraux : le Président de la République a réitéré sa volonté, déjà exprimée lors de ses vœux aux professionnels de santé le 6 janvier dernier, de « mieux responsabiliser les patients » et de sanctionner « ceux qui ne viennent pas au rendez-vous ». Sanctionner les patients indélicats qui n’honorent pas leurs rendez-vous médicaux sans prévenir et sans raison valable, les fameux « lapins », est en effet une revendication de longue date des syndicats de médecins, qui rappellent que ces derniers constituent une perte de revenu pour les médecins et une perte de chance pour les patients. Le 14 février dernier, le Sénat avait inséré dans la proposition de loi Rist une disposition prévoyant que la convention médicale serait chargée de déterminer les modalités de sanction des patients indélicats. Mais le Président de la République ignore sans doute que ce dispositif a été finalement retiré du texte final en commission mixte paritaire à la demande des députés de son camp !
A la lecture de cet entretien du Président de la République, on n’en sait finalement guère plus sur la politique de santé du gouvernement. Et il faudra donc se pencher sur le règlement arbitral, dont le résultat sera connu ce lundi, pour obtenir des informations concrètes sur la situation de la médecine en France.
Quentin Haroche