ENQUETE. Centres de santé privés : un signalement pour “détournement de fonds publics” contre l’un des leaders du secteur
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Notes de frais exorbitantes, soupçons d’emplois fictifs… Le directeur du Cosem est suspecté de malversations financières par les élus du personnel. Avec ses 17 centres en France, le Cosem, organisation à but non lucratif financée par la Sécurité sociale, est un poids lourd du secteur privé de la santé.Article rédigé par

Radio France
Publié le 20/04/2023 07:00Mis à jour le 20/04/2023 09:03
Temps de lecture : 9 min.

Tout est parti d’une discussion sur le prix des tickets-restaurant en fin d’année dernière. Le comité social et économique (CSE) du Cosem veut le renégocier à la hausse : il est bloqué à sept euros depuis des années. « On ne peut même pas se payer une formule sandwich + dessert avec ça », déplore une salariée. Mais le directeur général, Daniel Dimermanas, refuse net. Le groupe, argue-t-il devant les représentants du personnel, fait face à « d’importants soucis financiers ». Impossible également d’octroyer une légère augmentation aux 1 400 salariés, pour compenser en partie l’inflation. « Cela nous a mis la puce à l’oreille, raconte une source interne, « nos centres de santé sont constamment en travaux. On dépense des sommes folles pour les embellir, poursuit-elle, mais dans le même temps, on nous dit qu’il n’y a pas d’argent pour les salariés ! »
Le CSE demande donc à consulter les comptes annuels, comme le code du travail le permet. Et là, stupeur. « Dans les comptes 2021, 95 000 euros de notes de frais sont imputés à Isabelle Dimermanas, la femme du directeur », s’étonne Muriel Saint-Omer, déléguée syndicale CGT Santé privée et membre du CSE. « Dans le détail, 328 euros ont été dépensés chez Guerlain, 625 euros pour du caviar, 995 euros au Printemps, 159 euros à la Grande Récré… » Le CSE s’interroge aussi sur une facture de « 1 397 euros au Negresco » (un palace niçois, NDLR) et sur ces « 14 638 euros de restaurant ». « Je trouve cela particulièrement choquant, s’offusque Muriel Saint-Omer. En quoi toutes ces dépenses ont un rapport avec un quelconque travail au Cosem ? »
Les représentants du CSE ont évoqué ces notes de frais dans un signalement adressé au Parquet national financier (PNF) en début de semaine. Ils y répertorient toute une liste de « malversations financières présumées » pouvant relever d’un « détournement de fonds publics », de « prise illégale d’intérêts » et « d’abus de confiance », selon l’avocat Jérôme Karsenti, qui assiste les lanceurs d’alerte du Cosem. « Les membres du CSE ont mis en évidence l’accaparement, par une famille, de fonds publics qui ne sont plus affectés à la santé des gens qui viennent consulter, mais qui servent à accroître leur richesse. Il y a une dénaturation de la mission de service public de santé », qui incombe au Cosem, estime Me Karsenti.
Suspicion d’emplois fictifs
Les notes de frais de l’épouse du directeur ne seraient que « la partie émergée » de ces « malversations ». Lors de la réunion du CSE du 20 mars 2023, les élus ont aussi découvert qu’une Jaguar avait été achetée par Daniel Dimermanas avec les fonds du Cosem. Devant les représentants du personnel interloqués, le directeur assume. « On n’est pas dans la lutte des classes. Tu veux que je roule en 2CV ? », lance-t-il à une élue. Et il enfonce le clou : « Je l’utilise quand je vais au travail, faire une course ou quand je vais chercher des centres de santé et les visiter. Essayez donc de travailler de la façon dont la direction travaille. Vous êtes à 35 heures par semaine, nous, c’est par jour. » Les salariés présents se disent soufflés par le « mépris » affiché selon eux par leur directeur.

D’après de nombreux témoins, cette Jaguar serait en fait conduite par la femme de Daniel Dimermanas. L’un d’entre eux affirme qu’elle l’utilise pour « tous ses trajets, y compris pour aller en week-end ou en vacances ». Selon nos informations, Isabelle Dimermanas occupe un poste de directrice esthétique et de la communication au Cosem. À ce titre, elle est rémunérée 12 000 euros brut par mois. Dans leur alerte au procureur de la République financier, les représentants du CSE dénoncent « un emploi présumé fictif ». « On ne la voit pas travailler. Elle n’est pas sur l’organigramme », relate un salarié parisien du Cosem. « On ne reçoit aucun mail de sa part, affirme-t-il. Sa belle-fille occupe aussi le poste de responsable communication. Et elle non plus, on ne la voit pas travailler dans nos centres. » Selon nos informations, Nava Dimermanas, de nationalité américaine, est rémunérée 3 500 euros brut mensuels. Ni Isabelle Dimermanas ni Nava Dimermanas n’ont souhaité répondre à nos questions.
Une importante vente immobilière en question
En épluchant les comptes 2021, le CSE a détecté une autre « anomalie ». « On a remarqué qu’il était écrit : ‘cession d’immobilisation’ avec en face la somme de 28 millions d’euros », se souvient un élu du personnel. Interrogé sur cette mystérieuse somme lors de la réunion du CSE du 20 février dernier, Daniel Dimermanas a reconnu qu’en juin 2021, il avait racheté au Cosem la société Eden, qui détient tous les actifs immobiliers des centres de santé. Valeur des biens : 26 millions d’euros, auxquels il faut rajouter deux millions d’euros correspondant aux actions de trois filiales du Cosem, également rachetées par Daniel Dimermanas*. Sont compris dans ce « package immobilier » les deux centres les plus prestigieux situés dans des immeubles en pierre de taille face à l’église Saint-Augustin et près de la gare Saint-Lazare à Paris. Ils sont désormais la propriété de Daniel Dimermanas et de ses deux fils Samy et Haïm, qui se sont associés à leur père au sein de la société Eden.
Mais le Cosem n’a toujours pas reçu les fonds. Et pour cause : le procédé utilisé pour conclure cette vente est particulièrement avantageux pour l’acheteur. Il s’agit d’un crédit vendeur in fine à échéance de 10 ans. Ce dispositif prévoit que le capital n’est pas remboursé au fur et à mesure par mensualités, mais d’un seul coup, en l’occurrence ici en 2032. D’après nos informations, aucune garantie n’a été souscrite pour s’assurer que le paiement aura bien lieu. « À titre personnel, si vous achetez une maison ou un appartement, tous les mois, vous avez une mensualité de crédit, » explique une source interne. » Là, Daniel Dimermanas ne paie pas de mensualités, il dit qu’il va rembourser dans 10 ans mais on n’a aucune garantie, s’inquiète cette source, il faut savoir que le Cosem était propriétaire de cet immobilier. Je ne sais pas si vous vous rendez compte. On s’est fait complètement dépouiller. »
Une perte de 28 millions d’euros ?
« On ne sait pas quand notre patron va verser l’argent qu’il doit au Cosem », s’émeut une autre salariée. « Aujourd’hui, la situation est ubuesque. Le Cosem n’est plus propriétaire de ses murs et il paie un loyer au nouveau propriétaire… Daniel Dimermanas. Pour le Cosem, c’est une perte sèche de 28 millions d’euros. » Maître Karsenti, lui, s’inquiète pour l’avenir. « Comme il n’y a aucune garantie attachée à l’acquisition de ce bien, peut-être que Monsieur Dimermanas va dissiper ce patrimoine ? Ou peut-être ne sera-t-il pas solvable dans 10 ans ? Je ne sais pas si ce genre de procédé est légal, mais personnellement, je n’ai jamais vu cela. »

Plus largement, des médecins s’émeuvent que le Cosem, association à but non lucratif, dérive de sa mission originelle. « Le Cosem a été créé en 1945, dans la foulée de la Sécurité sociale, rappelle un praticien parisien. Ses initiales veulent dire Coordination des œuvres sociales et médicales. Notre objectif est de soigner les gens », avec des honoraires de secteur 1 et le tiers payant, donc une médecine « accessible à tous ». « Notre financement est en très grande partie assuré par les remboursements de la Sécurité sociale, mais aussi par des subventions dont bénéficient ce type de structures. Or là, on s’aperçoit que tout ce qui aurait pu être investi ou réinvesti l’a été dans de mauvaises mains, pour l’enrichissement d’une famille », lâche le médecin, dépité.
Par ailleurs, le Cosem a ouvert un centre de médecine esthétique, l’Institut Pasquier, près de la Gare Saint-Lazare. Le site internet de l’Institut, qui ne fait mention d’aucun lien avec le Cosem, vante « un écrin de marbre rose raffiné et novateur (…), le lieu de référence des femmes et des hommes de tout âge, soucieux de leur séduction et de leur bien-être ». Pas de tiers payant ni d’honoraires de secteur 1 puisqu’il s’agit de médecine esthétique. Mais d’après une source interne, le coûteux appareil de kératopigmentation (pour changer la couleur des yeux) et le robot Artas (pour la greffe de cheveux) auraient été « achetés avec les fonds du Cosem« . Interrogée à ce propos, l’Agence Régionale de Santé (ARS) d’Île-de-France nous indique que l’Institut Pasquier « est enregistré comme centre de santé » et que la médecine esthétique ne fait pas partie des activités déclarées. L’Agence ajoute qu’elle n’est pas « informée de l’acquisition de ces robots, ce type d’équipement ne faisant pas l’objet d’une autorisation« .
Les faits signalés au Parquet de Paris
Aujourd’hui, l’avocat des représentants du CSE en appelle à l’État pour qu’il diligente des contrôles dans les centres de santé privés. « L’État a une sorte de vertu à bon compte. Il vient dire ‘j’ai une mission que je délègue à des services privés. Je n’exerce pas de contrôle, j’ai payé d’une certaine manière, et peu importe ce qui s’y passe.’ Or, ce n’est pas cela qu’on attend de l’État », accuse Me Karsenti. Outre le PNF, il a alerté la Caisse primaire d’Assurance maladie (CPAM). « Il ne faut pas que ce genre de centres, financés par la Sécurité sociale, deviennent des machines à cash. Quand on dirige ces structures, il faut servir l’intérêt général et non se servir soi-même », conclut l’avocat.
Interrogée en début de semaine, la CPAM de Paris nous répond qu’ « après différents échanges (…) avec l’émetteur du signalement, elle a signalé les faits au Parquet de Paris le 7 avril en application de l’article 40 du Code de Procédure Pénale** ». L’Assurance Maladie a également « averti ses partenaires (ministère de la Santé, ARS, URSSAF, administration fiscale) susceptibles d’être concernés par les faits décrits ».
De son côté, en réponse à nos questions, la direction du Cosem nous précise qu’elle « n’entend pas faire de commentaires et fournira, le cas échéant, ses réponses à la justice si celle-ci devait être saisie ».
* Les filiales en question sont Magentalab (laboratoire de prothèses dentaires), Oren (conseil informatique) et Seya (services financiers).
** Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs.
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Le patron des centres de santé Cosem soupçonné d’enrichissement personnel
Des membres du comité d’entreprise du Cosem, un réseau de centres de soins, ont adressé un signalement à la justice. Ils accusent leur dirigeant et sa famille de détourner à leur profit les bénéfices du groupe.
Par Samuel Laurent
Publié aujourd’hui à 06h55, modifié à 13h19 https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/04/20/des-salaries-denoncent-l-enrichissement-personnel-d-une-famille-a-la-tete-d-un-reseau-de-centres-de-soins_6170269_3224.html
Temps de Lecture 5 min.

« Ce qui nous sépare, vous en tant que salariés et moi en tant que patron, c’est que, moi, je prends des risques. »L’ambiance, comme souvent, est tendue, en ce 20 mars, à la réunion du comité social et économique central du Cosem. Daniel Dimermanas, chirurgien-dentiste et directeur général de ce vénérable groupe médical associatif, fondé en 1945 par un médecin résistant, tente de justifier auprès des représentants des salariés un certain nombre de décisions controversées, parmi lesquelles son usage, en guise de véhicule de fonction, d’une Jaguar. « Je n’aime pas les Mercedes », explique-t-il, avant de marquer son agacement auprès de la déléguée syndicale CGT Santé privée, Muriel Saint-Omer, qui trouve ce choix indécent, alors que les syndicats réclament en vain depuis des mois une revalorisation salariale : « On n’est pas dans la lutte des classes. Tu veux que je roule en 2 CV ? » Puis de menacer : « Si vous m’emmerdez d’un côté, je ferai ce qu’il faut de l’autre. »
Cette menace est très concrète : M. Dimermanas est à la tête d’une autre structure, Eden, filiale du Centre dentaire Magenta (CDM), qu’il dirigeait également et qui a été absorbée en 2022 par le Cosem. Eden a acquis, grâce à un prêt, les immeubles que possède le Cosem dans Paris, pour accueillir ses centres de santé. Le remboursement se fait par le versement de loyers des centres de santé. En juin 2021, Daniel Dimermanas, en tant que dirigeant, s’est vendu à lui-même et à ses deux fils, Samy et Haïm, la société Eden, pour 28 millions d’euros.
Une somme qu’il ne débourse pas, puisqu’il s’octroie, en tant que dirigeant du CDM et du Cosem, les deux structures propriétaires, un « crédit vendeur », remboursable en 2032, sans garantie. Depuis, le Cosem doit s’acquitter d’un loyer mensuel auprès d’Eden, donc auprès de son propre dirigeant et de ses enfants, pour des immeubles dont il a longtemps été propriétaire. C’est aussi le Cosem qui finance les travaux effectués dans les immeubles acquis par Eden dans plusieurs villes de France afin d’y implanter des centres de santé.
C’est le grief principal qui motive le signalement effectué auprès du Parquet national financier et du Défenseur des droits par des membres du comité social et économique du Cosem, et auquel Le Monde et la cellule investigation de Radio France ont eu accès. Leur conseil, Me Jérôme Karsenti, dénonce une structure dont « les salariés sont en souffrance », alors même que « l’argent public sert à enrichir les propriétaires et leur famille qui ont fait main basse sur cette institution parisienne historique ». Pour ces salariés, le Cosem (pour coordination des œuvres sociales et médicales) a dérivé loin de son but premier, l’accès à des soins de qualité pour tous, pour devenir une « machine à cash » au service d’une famille.
Rémunération « exorbitante »
L’immobilier n’est pas la seule irrégularité présumée qu’ont constatée ces salariés, lassés du « climat de terreur » que fait régner le clan Dimermanas au sein de la structure, comme le dénonce Muriel Saint-Omer, salariée dans le groupe depuis vingt-cinq ans, et outrée par le contraste entre le faste affiché par la famille et le refus systématique de toute augmentation salariale. « L’an dernier, raconte la déléguée syndicale, j’ai demandé une hausse de 1 euro du Ticket Restaurant – qui est à 7 euros –, mais même ça il ne veut pas, il dit que c’est trop. »
Le dirigeant du Cosem, qui se rémunère de façon « exorbitante », selon plusieurs sources internes, n’est pourtant pas avare lorsqu’il s’agit de sa famille, tout entière associée au Cosem ou à des structures satellites, comme ont fini par l’apprendre les salariés en obtenant, en 2022, les comptes 2021. Son épouse, Isabelle, a été bombardée en 2015 « directrice esthétique » du groupe – activité peu compatible avec l’objet initial du Cosem. Si le centre de chirurgie esthétique qu’elle dirigeait a disparu, elle continue de toucher un salaire important, de l’ordre de 12 000 euros brut par mois, pour un travail jugé inexistant, que le signalement assimile à un emploi fictif.
Outre sa confortable rémunération, Mme Dimermanas multiplie les frais : les comptes, obtenus par les salariés de la structure, montrent qu’en 2021 elle a dépensé pas moins de 95 000 euros au total pour des achats parfois baroques : 625 euros de caviar, 328 euros de produits de beauté chez Guerlain, 1 397 euros pour un séjour au prestigieux palace niçois Negresco, « avec accès plage et spa », selon un salarié ayant pu consulter les comptes.
La famille Dimermanas a trouvé une autre stratégie pour maximiser ses profits, en confiant des activités auparavant assurées en interne, comme la conception de prothèses dentaires, la formation ou la gestion du tiers payant à la Sécurité sociale, à des sociétés satellites, à la tête desquelles on retrouve les enfants du couple.
Ainsi, la société Magentalab réalise-t-elle les prothèses dentaires utilisées par les dentistes du Cosem, qui n’ont « pas le droit » de solliciter d’autres fournisseurs, selon le témoignage d’un praticien de la structure. A sa tête, on trouve Samy Dimermanas, le fils cadet de Daniel – également président et codirecteur du Cosem –, qui a acquis 100 % des parts de la société, là encore au moyen d’un crédit vendeur sur quinze ans. « La qualité des prothèses est catastrophique », dénonce le dentiste, qui évoque aussi des délais trop étendus, jusqu’à trois semaines pour obtenir une couronne. Il assure également être contraint de proposer à ses patients des modèles plus onéreux et non remboursés intégralement. Selon le signalement et plusieurs témoignages, des salariés de Magentalab sont en réalité rémunérés par le Cosem.
« Pas de commentaires »
Haïm, le fils aîné de Daniel Dimermanas, a lui aussi codirigé le CDM et le Cosem. Mais il a également été placé à la tête d’Infosanté, une société satellite chargée d’éditer les logiciels de santé utilisés au sein du Cosem. Une nomination qui s’est accompagnée d’un « licenciement économique » en 2019, qui lui a permis de toucher près de 417 000 euros d’indemnités de la part de l’association. Comme leurs parents, les enfants Dimermanas ne lésinent pas sur les frais. En 2021, leurs notes de frais, selon les comptes consultés par les élus du personnel, affichent des sommes respectives de l’ordre de 100 000 et 300 000 euros en taxis, hôtels et autres dépenses.
Outre ses enfants, Daniel Dimermanas a pris soin de leurs compagnes, qui ont également été employées dans la structure, l’une comme directrice de la communication, l’autre comme agente administrative. Là encore, il s’agit, selon le signalement, de fonctions fictives.
Les enfants issus d’un premier mariage d’Isabelle Dimermanas n’ont pas été oubliés. L’un de ses deux fils a été employé comme « responsable formation » par le Cosem, un poste là encore qualifié de « fictif » dans le signalement. L’autre a été rémunéré en tant que « directeur du pôle esthétique » – le même poste, donc, que sa mère.
Une situation que ce signalement pourrait enfin faire basculer, espère Mme Saint-Omer, qui assure que « la révolte gronde » depuis quelques jours. Contactée à propos de l’ensemble des points soulevés par le signalement, la famille Dimermanas se dit « surprise d’être questionnée par voie de presse sur des sujets qu’elle n’entend aborder que dans le cadre d’échanges utiles et constructifs avec les institutions représentatives du personnel ». Elle préfère donc ne « pas faire de commentaires », et assure réserver « ses réponses à la justice si celle-ci devait être saisie ».
Selon un enregistrement auquel Le Monde a eu accès, M. Dimermanas faisait, mercredi 19 avril, la tournée des centres Cosem pour prévenir que « la presse [allait] sortir des choses fausses », tout en accusant la déléguée syndicale, Muriel Saint-Omer, d’être « le seul emploi fictif » au sein de la structure, et en prévenant les salariés : « Attention à pour qui vous allez voter » aux prochaines élections syndicales.
Communiqué FNCS et l’USMCS : Détournement de fonds publics au COSEM ? Stop à la financiarisation des centres de santé
Publié le jeudi 27 avril 2023 https://syndicat-smg.fr/communique-fncs-et-l-usmcs-detournement-de-fonds-publics-au-cosem-stop-a-la
Le SMG partage et soutient l’alerte de l’USMCS et de la FNCS contre la financiarisation des centres de santé.
Selon la cellule investigation de Radio France, le directeur du Cosem, une chaîne comptant 17 centres de santé en France, serait visé par un signalement pour détournement de fonds publics. Si les faits étaient avérés, il s’agirait d’une nouvelle illustration des dérives accompagnant la financiarisation de la médecine de ville et du médico-social, après les affaires Dentexia et Orpéa et les plaintes de la Sécurité sociale envers des centres de santé « voyous », ophtalmologiques, et dentaires.
La Sécurité sociale est le bien commun de tous les Français. Sa branche maladie est aujourd’hui attaquée par de nouveaux acteurs, dont le but lucratif est à peine déguisé, alors que le code de la santé publique l’interdit. Ces nouveaux acteurs prospèrent à la faveur du désordre de la médecine de ville. Ce désordre est bien connu de nos concitoyens : déserts médicaux, impossibilité pour certains de trouver un médecin traitant, obligation subie d’aller submerger les urgences des hôpitaux pour des soins qui devraient relever de la seule médecine de ville Ces nouveaux acteurs financiers prospèrent à la manière d’une infection opportuniste chez un malade, ce malade bien affaibli qu’est notre système de santé et de protection sociale. Ces nouveaux acteurs sont déjà un problème et le seront encore plus demain !
Ne pas agir c’est laisser la marchandisation prendre le pas sur la qualité des soins, l’intérêt des patients et de la société. Nous appelons à la création d’un service public de santé de proximité maillant l’ensemble des territoires français de centres de santé portant des missions de service public. Nous en appelons à l’État pour qu’il organise ce nécessaire accès de toutes et tous aux soins et à la prévention. En cinq ans (2017-2022), le nombre de centres de santé médicaux et polyvalents a augmenté de 120 % [1] passant de 500 à 1100 et attirant toujours plus de professionnels là où les volontés de politiques locales se sont manifestées. Cette augmentation, même si elle est encourageante, est très largement insuffisante en regard des besoins des populations de tous les territoires.
La FNCS et l’USMCS demandent à être reçues par le Ministre de la santé et de la prévention afin d’exposer leur proposition pour construire les soins de proximité de demain, capables de répondre aux défis des déserts médicaux, des maladies chroniques, du grand âge, des inégalités de santé.
Contacts :
Dr Hélène Colombani, Présidente de la FNCS – Tél. : 06 68 05 94 20 – president@fncs.org
Dr Frédéric Villebrun, Président de l’USMCS – Tél. : 06 85 20 83 67 – president@usmcs.fr
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