C’est une mission humanitaire » : dans le Tarn, l’inquiétude et la colère des médecins de campagne
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Le désert médical s’accentue dans le Tarn. Illustration DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE
Publié le 03/03/2023 à 07:01 , mis à jour à 07:30 https://www.ladepeche.fr/2023/03/03/cest-une-mission-humanitaire-dans-le-tarn-linquietude-et-la-colere-des-medecins-de-campagne-11033433.php
l’essentiel
Voilà plusieurs années qu’ils alertent sur les dérives de notre système de santé. À l’heure où le désert médical s’accentue, les médecins généralistes dénoncent une dégradation de leur métier et s’inquiètent de l’absence de relève. Rencontre avec trois d’entre eux, à la Maison de Santé de Graulhet (Tarn).
« Le gouvernement ne comprend pas le malaise des généralistes. Les effectifs sont sinistrés, la charge de travail augmente avec les départs massifs », constate Margot Bayart, médecin généraliste à Réalmont et 1ère vice-présidente de MG France, le syndicat majoritaire dans la profession.

Après 30 ans d’exercice, elle n’a pas perdu le feu sacré. Elle exprime sans langue de bois la dégradation de son activité au fil du temps : « 10 ans qu’on alerte. J’arrive à un point de rupture. À Réalmont, nous sommes 8 médecins sur deux Maisons de santé. Mon associé part à la retraite. Dans l’autre cabinet, même problème. En milieu rural, nous devons en plus nous démultiplier. En 30 ans, je n’avais jamais connu des conditions pareilles. C’est du délire! Heureusement qu’il y a les patients dans ce bordel ambiant. Ils nous réconfortent, nous encouragent », confie Margot Bayart.
En plus de Réalmont, cette médecin passionnée exerce également quelques jours par mois à Graulhet. « C’est une mission humanitaire », lance-t-elle, avec un triste sourire. «Dans notre désert médical, il est impensable de laisser des malades sans médecin ».
« Nous sommes le dernier rempart »
À ses côtés, Théo Combes, approuve. Il ausculte à Gaillac, dans un Tarn Ouest en plein boom démographique. « Je ne peux pas prendre indéfiniment plus de patients. J’assiste à un effondrement de la médecine de ville, alors que nous sommes le dernier rempart avant que la santé soit totalement sous la coupe des assurances privées. Le problème ne sera pas pour les riches, mais pour les plus précaires, les plus défavorisés, les personnes âgées ».
Théo Combes insiste sur manque d’engouement de la profession chez les jeunes. Pour étayer son propos, il sort un graphique. « La courbe des spécialistes s’envole, alors que celle des généralistes s’enfonce inexorablement ». Pour lui, la crise des vocations vient de la perte de sens et d’attractivité.
Il en veut au Président et à son ex-confrère François Braun, ministre de la santé : « Macron se prend pour un médecin chef et veut nous expliquer notre métier », dit-il, amer. « Quant à l’autre, il cherche à nous culpabiliser et à nous donner des leçons », affirme-t-il, avant de conclure : « Le départ de 40% des effectifs formés en médecine générale vers d’autres modes d’exercice que celui de médecin traitant devrait faire réfléchir les politiques sur ce qu’il en coûte de maltraiter notre métier ».
« Personne n’est intéressé pour reprendre mon cabinet »
Le dernier médecin autour de la table, à 72 ans. Il poursuit son activité, à Gaillac à mi-temps. « Je pars en vacances pendant deux semaines. Impossible de trouver un remplaçant. Il faut se débrouiller pour confier sa patientèle à un confrère. Pas facile», regrette Eric Chaumet Lagrange.
La retraite ? « Personne n’est intéressé pour reprendre mon cabinet ». Il a bien espéré qu’un de ses enfants prendrait la relève : « Aucun des quatre n’a fait médecine. Trop d’heures, une vie de famille perturbée, ils ont gardé ça en tête ».
D’ailleurs, quand on lui demande s’il conseillerait à un jeune de faire ce métier, il hésite : « Je ne sais plus… »
Richard Bornia